14 JANVIER 1858 : L’ATTENTAT À L’ORIGINE DE L’OPÉRA GARNIER

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Vous connaissez l’Opéra Garnier, à Paris? Mais saviez-vous qu’à l’origine de cet édifice monumental, et emblématique du Paris haussmannien, il y avait un événement déclencheur tragique: l’attentat du 14 janvier 1858?


Tout se passe dans la première moitié du Second Empire (1852-1870), régime fastueux et autoritaire instauré le 2 décembre 1852 par le neveu de Napoléon 1er, Louis-Napoléon Bonaparte, désormais connu comme l’empereur Napoléon III. C’est lui qui, en effet, aura l’idée de construire un nouvel Opéra à Paris.


Mais pourquoi commande-t-il un nouvel opéra dans la capitale, alors qu’il en existe déjà un, construit récemment en 1821, rue Le Peltier près de l’Hôtel Drouot (actuel 9e arr.)?

Pour le comprendre, retour sur la journée, ou plutôt la soirée, du 14 janvier 1858, il y a 164 ans.


Nous sommes donc au milieu du Second Empire et, ce soir-là, Napoléon III et l’impératrice Eugénie se rendent à l’Opéra de Paris, au numéro 12 de la rue Le Peletier. Tout Paris est au courant, comme c’est le cas pour tous les déplacements impériaux: l’empereur et l’impératrice doivent se montrer et être vu. Alors qu’ils arrivent au niveau de l’entrée de l’établissement, 3 bombes explosent, dont une sous le carrosse impérial. Le couple ressort miraculeusement indemne de cet attentat, sauvé par le blindage de sa voiture, contrairement aux malheureux chevaux et au général Roguet gravement blessé alors qu’il se trouvait assis à l’avant du carrosse. 156 personnes seront blessées et on comptera 8 morts. L’empereur et l’impératrice tiennent cependant à assister à la représentation pour rassurer le peuple sur leur santé et montrer qu’ils ont la situation en main.

Les coupables sont rapidement arrêtés. Il s’agit de Pieri, déjà recherché, d’un dénommé Gomez, et d’un certain Da-Silva, alias Charles De Rudio. Ces 3 terroristes dénoncent vite le cerveau de la bande, un anglais appelé Allsop, qui, en réalité, n’est autre que Felice Orsini, un comte Italien. Partisan de l’unification républicaine de l’Italie et soutien de Giuseppe Mazzini, figure révolutionnaire italienne républicaine, Orsini accuse Napoléon III d’avoir trahi la cause qu’il défendait étant plus jeune.


En effet, depuis qu’il a vécu à Rome dans sa jeunesse, Napoléon III est un fervent soutien de l’unification de l’Italie, encore morcelée en de nombreux royaumes: les États pontificaux, les royaumes des Deux-Siciles et de Piémont-Sardaigne, plusieurs duchés (Parme, Modène et le grand-duché de Toscane) ainsi que l'Empire d’Autriche qui contrôle directement la Lombardie-Vénétie, et par princes interposés, Modène et la Toscane.

Si au départ, le futur empereur prône une unification républicaine de l’Italie, une fois au pouvoir comme Président de la République française (1848-52), d’abord, il va soutenir, en 1849, le Pape Pie IX et les Etats Pontificaux face à la jeune République Romaine. C’est donc ce revirement idéologique qui pousse Orsini à préparer un attentat contre l’empereur. Finalement, Pieri et Orsini seront exécutés le 13 mars 1858; Gomez et Rudio condamnés aux travaux forcés à perpétuité.


Cet attentat n’est pas le premier aux abords d’un théâtre ou d’un opéra parisien: l’opéra de la rue Le Peltier avait été construit sous le règne de Louis XVIII en réponse à l’assassinat de son neveu, le du duc de Berry, fils du futur Charles X, le 13 février 1820, devant la salle Montansier située rue Richelieu.



Aussi, à la suite de cet événement, Napoléon III va-t-il ordonner la construction d’un nouvel opéra plus sécurisé à Paris. La capitale et les grandes villes de France sont en plein changements à cette époque. L’empereur a missionné le Baron Haussmann, Préfet de la Seine, de transformer et moderniser Paris, et d’en faire «la Capitale des Capitales». On choisit donc de bâtir ce nouveau monument plus sûr, et qui doit assoir la grandeur de la France, en plein cœur du Paris moderne haussmannien, et à l’extrémité d’une nouvelle grande avenue qui deviendra l’avenue de l’Opéra.


Un concours est alors organisé c’est un jeune architecte qui sera choisi le 30 mai 1861: Jean-Louis-Charles Garnier, plus connu sous le simple nom de Charles Garnier. La première pierre est posée le 21 juillet 1862. L’opéra sera inauguré le 6 janvier 1875, sous la 3e République, après la chute du Second Empire (4 sept. 1870).

Au-delà de son style grandiose et éclectique, l’Opéra Garnier a, comme je vous le disais, aussi été conçu pour sécuriser l’arrivée du couple impérial les soirs de représentation. Pour s’en apercevoir, il faut se rendre à l’actuelle entrée dédiée aux visiteurs, sur la gauche de l’édifice. En réalité, elle n’a pas été conçue comme l’entrée officielle des spectateurs. Elle était au contraire prévue pour l’Empereur et l’Impératrice. Cette entrée par le Pavillon dit du Chef de l’Etat était conçue pour permettre à Napoléon III et Eugénie de se rendre à l’Opéra en toute sécurité grâce à une rampe qui permettait à la voiture impériale de pénétrer directement à l’intérieur du palais et d’arriver en sécurité dans un vestibule d’où le couple impérial pouvait gagner sa loge en toute tranquillité avec sa suite.


Mais le pavillon n’a pas pu être finalisé en ce sens, et il a été transformé en bibliothèque et en musée. Il reste cependant ici les traces de sa fonction première, avec notamment les deux colonnes de granit ornées de l’aigle impérial qui encadrent l’entrée, ou encore la couronne entourée de huit aigles qui couvrent le dôme de ce côté-ci. L’entrée opposée, au niveau du Pavillon dit ‘des abonnés’, était réservée aux habitués de l’opéra. Pour ces deux pavillons, l’entrée et la sortie se faisait à couvert, en voiture. Les spectateurs arrivaient ainsi directement dans le vestibule en forme de rotonde: la Rotonde des abonnés.


Pour en savoir plus sur l’Opéra Garnier, rendez-vous sur ce blog dans l’article et le podcast dédiés à la visite que j’en ai faite l’an dernier. N’hésitez pas à me suivre aussi sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook et YouTube) pour retrouver toutes les anecdotes et visites de mes lieux historiques et culturels favoris.

Sources

  • Visite personnelle de l’Opéra Garnier

  • Le site Napoleon.org

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