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29 MAI 1814: MORT DE L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE

Portrait
Impératrice Joséphine

Il y a 210 ans, le 29 mai 1814, dans son château de la Malmaison, disparaissait la célèbre impératrice Joséphine, ou plutôt ex-impératrice des Français, puisqu’après avoir régné aux côtés de Napoléon 1er, elle sera contrainte d’en divorcer en 1809, redevenant, pour la postérité, Joséphine de Beauharnais.

 

DE ROSE DE BEAUHARNAIS À L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE

 

Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie est née aux Trois-Îlets en Martinique le 23 juin 1763 -quoi qu’en disent les almanachs impériaux qui, à sa demande, la rajeuniront et lui donneront pour date de naissance le 24 juin 1768.

 

Promise au vicomte Alexandre de Beauharnais, elle embarque à 16 ans pour Paris en août 1779, où elle l’épouse le 13 décembre suivant. Ensembles, ils auront deux enfants, Eugène (1781-1824) et Hortense (1783-1837). Marie Josèphe, appelée aussi Rose, vie une vie aisée et mondaine, mais son mariage n’est pas heureux. Alexandre est souvent absent, parfois violent, et, doutant de sa paternité pour Hortense, il va demander la séparation. Après de multiples rebondissements, Rose obtient gain de cause : elle a la garde des enfants et perçoit une jolie pension.



Après un passage au Couvent de l'abbaye de Penthemont, où elle réside à la suite de sa séparation, elle s’installe à Fontainebleau où, dit-on, elle aurait été invitée plusieurs fois au château pour suivre les chasses de Louis XVI.



Quoi qu’il en soit, elle finit par retourner en Martinique, qu’elle quittera de nouveau lorsque la Révolution s’y propage pour revenir à Paris en 1790. Alors que son ex-époux est très actifs dans la vie politique révolutionnaire, et qu’elle réussit à se faire des amis dans les deux camps, comme le marquis de La Fayette, tous deux sont arrêtés et incarcérés à la prison des Carmes pendant la Terreur, en 1793 (À des moments cependant différents).

 

Alexandre de Beauharnais est guillotiné le 23 juillet 1794. Rose échappe de peu à l’échafaud, sauvée par la chute de Robespierre qui met fin à la Terreur. Libérée le 6 août 1794, elle n’a qu’une idée en tête : retrouver son rang et sa situation financière. Grâce à son habileté, ses relations et son aplomb, elle réussit à récupérer une partie des biens de son défunt mari -ils avaient été nationalisés comme la majorité des biens aristocratiques. Sa position sociale et sa fortune rétablis, elle offre à ses enfants une éducation digne de leur rang -Hortense sera ainsi élevée par l’ex-gouvernante des enfants de France et femme de chambre de Marie-Antoinette, Madame Campan.

 

En parallèle, Rose apprend aussi à se faire une place dans la société mondaine parisienne, et avec grâce et force de personnalité, elle devient vite une femme d’influence, courant les salons les plus prisés du Directoire. Déjà reconnue pour son élégance, son sens de la mode et de la répartie, elle devient alors l’une des Merveilleuses les plus courues de la capitale.

 

Point anecdote : qui sont les Incroyables et les Merveilleuses ?

 

Après l’instabilité révolutionnaires et l’austérité imposée par la Convention nationale, et après la Terreur portée par Robespierre, la France entre sous le régime politique du Directoire le 26 octobre 1795 (et jusqu’au 9 novembre 1799).

 

Désormais, cinq Directeurs se répartissent le pouvoir exécutif pour éviter toute déviance tyrannique. Apparaissent alors des groupes de Parisiens et de Parisiennes extravagants qui, en réponse à la rudesse des troubles passés, vont faire de la légèreté et de l’élégance un mode de vie à part entière. On les appelle les Incroyables et les Merveilleuses.

 

En effet, dans cette période de calme retrouvé, les Français, qu’ils soient sortis de prison, de retour d’exil ou simplement soulagés d’un retour à la liberté, ont l’envie frénétique de profiter de la vie. Mais au-delà du peuple qui souhaite surtout oublier les troubles et les instabilités traversés, une frange de la population -souvent des anciens aristocrates ou riches bourgeois- va éprouver une certaine nostalgie du luxe d’ancien régime, et désirer recréer une société plus élitiste.

 

Car dans cette France du renouveau, si les idées égalitaires portées par la Révolution restent fortes, elles vont aussi se voir fragilisées par l’émergence de courants réactionnaires qui n’hésitent pas à railler le jusqu’au-boutisme égalitaire de la Révolution, ou encore les principes même de la République.

 

On assiste ainsi peu à peu à un retour des classes, avec des maîtres et des domestiques, et la reconstitution d’une haute société dont les salons ressemblent de plus en plus aux cercles aristocratiques d’ancien régime.

 

Et c’est donc au sein de cette nouvelle société mondaine que des groupes d’hommes et de femmes vont pousser l’extravagance à son maximum, en privilégiant les amusements et les plaisirs à toute autre forme d’activité, comme pour signifier leur supérieure indifférence face aux changements politiques, sociétaux et culturels qu’a connu la France pendant cette dernière décennie.

 

Dans ces hautes sphères de la société, les fêtes sont alors nombreuses, et tout n’y est que légèreté. On rit de tout, même de la Terreur. Ainsi, par exemple, sont organisés ce qu’on appelle les bals des victimes, en principe réservés à celles et ceux qui affirment avoir perdu un proche sur l’échafaud – mais personne n’est là pour vérifier. On y vient et danse vêtu en habits de deuil, puis on se salue en secouant la tête de telle manière à donner l’impression qu’elle vient d’être percutée par le couperet de la guillotine. Une façon assez cynique de s’amuser qui est peut-être, aussi, un moyen d’exorciser la peur et les angoisses du passé.

 

Quoi qu’il en soit, la jeunesse dorée qui évolue dans cette nouvelle société va s’inventer de nouveaux codes pour marquer sa différence et son désir frénétique de plaisir.

 

Les hommes, d’abord, se définissent avant tout par leur costume et leur excès d’élégance, mais aussi leur sens de l’ironie : redingotes très courtes et bombées sur le dos comme s’ils étaient bossus ; col, cravate et chapeau haut de forme surdimensionnés ; culottes de velours mal ajustée et bas retombant pour laisser apparaître les genoux cagneux et faire disparaître les mollets ; souliers pointus inspirés du Moyen-Âge ; lunettes immenses portées sur le bout du nez pour imiter une profonde myopie ; ou encore cheveux tressés ou relevés à l’arrière comme s’ils avaient été préparés pour la guillotine... Ici, tout est étudié pour faire au maximum dans la caricature de l’élégant maigre et contrefait, victime des affres de la Révolution.



Mais au-delà de l’apparence, c’est aussi le langage qui est également réinventé. Tout d’abord, surjouant l’étonnement à chacune des répliques de leurs interlocuteurs, ces jeunes gens vont s’écrier, avec excès, des « Incroyable ! », ou « Merveilleux ! » qui leur donneront leurs surnoms. Sachez qu’on les appelle aussi des muscadins, en référence aux effluves de leurs parfums à haute teneur en musc.

 

Mais ce n’est pas tout ! Ils vont aussi décider de ne plus prononcer les « R » qui, souvent roulés, sont ici jugés trop « provinciaux », tout comme les « L » et les « G » qui vont être adoucis. A la manière des Anglais, on dira alors « Inc’oyab’e ! » ou « Me’veilleux », sans craindre, a priori, le ridicule.

 

D’ailleurs, comme nous l’évoquions, derrière ces airs légers et superficiels, se cachent en réalité un vrai message politique. Les Merveilleux mèneront, pour certain, ce qu’on appellera une « Terreur blanche ». Par opposition à la Terreur révolutionnaire qui persécutera surtout la noblesse, celle-ci doit terroriser les anciens Jacobins qui sont alors roués de coups à la moindre occasion.

 

Pour rappel, le Club des Jacobins, fondé en 1789, prônait l'égalité sociale et la souveraineté populaire. Porté par Robespierre, Marat et Danton, il s’est peu à peu radicalisé. Les Jacobins sont ainsi à l’initiative du Comité de Salut Public qui dirige la Révolution entre 1793 et 1794, et impose des politiques drastiques pour éliminer les ennemis de la Révolution. Cette Terreur, qui disparaîtra après la mort de Robespierre le 27 juillet 1794, va peu à peu laisser place à une nouvelle ère plus réactionnaire qu’on appellera « la réaction thermidorienne » (en référence à Thermidor, mois d’été du calendrier révolutionnaire). C’est au cœur de cette période que vont naître les Incroyables et les Merveilleux, qui sont donc bien moins naïfs qu’ils en ont l’air.

 

Quoi qu’il en soit, cette jeunesse réactionnaire se réunit dans les nouveaux salons parisiens, comme celui, très prisé, de Paul Barras (noble devenu député, puis général de la Révolution, il est l’un des cinq Directeurs, et sera bientôt général d’Empire) ; ou celui de Madame Tallien, de son vrai nom Thérèsa Cabarrus, une amie des Lumières néanmoins contrainte à l’exil pendant la Révolution qui sera au cœur des cercles de Merveilleux et Merveilleuses.



Pour ce qui est des femmes, justement, les Merveilleuses et les Incroyables vont également imposer un style, et lancer une nouvelle mode qui donnera bientôt naissance à la mode à l’Empire. Inspirées de l’Antiquité et de la mythologie, les Merveilleuses portent des robes fluides, légères et près du corps, ainsi que des manteaux et tuniques à la grecque.



Elles entendent ainsi s’habiller à la grecque ou à la romaine, ou même, disent-elles, se déshabiller à l’Antique, tant leurs tenues sont légères en comparaison à tout ce que la décence imposait de porter jusqu’alors. Les pieds sont chaussés de sandales nouées par des rubans, et pour les plus extravagantes, comme Madame Tallien, des bagues peuvent agrémenter les orteils, et des bracelets d’or les chevilles. Pour parfaire la silhouette, d’immenses chapeaux coiffent les perruques blondes ou les cheveux naturels coupés courts et frisés.


 

Ainsi, parmi les Merveilleuses les plus célèbres, on compte Madame Tallien, surnommée « Notre-Dame de Thermidor », ou encore Juliette Récamier (dont on peut voir le riche mobilier au Louvre), la romancière et épistolière Madame de Staël, ou encore et bien sûr, Joséphine de Beauharnais, que tout le monde appelle encore Rose.

 

C’est d’ailleurs chez Madame Tallien qu’elle aurait rencontré, en août 1795 un jeune général qui fait parler de lui, Napoléon Bonaparte. Deux versions de leur rencontre coexistent cependant, l’une rapportée par Joséphine, l’autre par Napoléon lui-même dans ses Mémoires.

 

Joséphine raconte ainsi avoir rencontré pour la première fois l’officier Bonaparte dans le salon parisien de l’influente Madame Tallien. Elle dit cependant qu’elle ne l’aurait vraiment remarqué que lors de leur deuxième rencontre, le 15 octobre suivant, dans un dîner chez Paul Barras, l’un des 5 Directeurs, et l’un des amis (ou amant ?) de Rose. Napoléon vient alors de réprimer avec force et victoire l’insurrection royaliste du 5 octobre précédent (13 Vendémiaire, an IV), à Paris près de l’église Saint-Roch, et son nom ne laisse en effet plus indifférent la haute société.



La seconde version provient des mémoires de Napoléon lui-même. Après le succès de la répression du 5 octobre 1795, les armes des Parisiens ont été confisquées. Parmi elles, le sabre d’Alexandre de Beauharnais. Son fils, Eugène, aurait alors écrit à Napoléon dans l’espoir qu’il le lui restitue. Ce dernier, touché par cette demande, aurait ainsi reçu Eugène et se serait exécuté. Reconnaissante de cette attention envers son fils, Rose (Joséphine) serait venue le lendemain remercier le Général chez lui. Leurs échanges, de plus en plus fréquents, auraient commencés ainsi.

 

A vous de choisir entre les deux histoires. Quoi qu’il en soit, Bonaparte a été envoûté par la jolie brune. Elle a du caractère, elle est influente et introduite dans cette haute société qui échappe à Napoléon, et, de surcroît, c’est l’une des femmes les plus élégantes et les plus belles de son temps -malgré un sourire qu’elle cachera toute sa vie, son enfance en Martinique à mâcher la canne à sucre ayant gâté toutes ses dents.

 

Il va alors la courtiser passionnément, à coup de lettres enflammées, où il l’appelle pour la première fois de son deuxième prénom, Joséphine, jusqu’à ce que ses sentiments grandissent et qu’elle s’éprenne de ce général qui, elle le sent, est promu à un grand destin (est-ce cela, aussi, qui l’intéresse ?).

 

Désormais amants, il est de plus en plus question de mariage. Alors qu’il vient d’être nommé Général en Chef de l’armée d’Italie, Napoléon décide de précipiter les choses et d’épouser Joséphine avant de partir en campagne.

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Mariage civil Napoléon & Joséphine

Les amants se marient ainsi en petit comité le 9 mars 1796 à 20h à l’Hôtel de Mondragon (2e arrondissement - aujourd'hui le siège de la banque BNP Paribas). Napoléon arrive avec 2 heures de retard mais, fidèle à sa réputation d’homme pragmatique, il s’exclame simplement : « mariez-nous vite ! ». En 30 minutes c’est fait ! Pas de fête, pas de dîner. Un mariage uniquement civil et expéditif… et quelque peu extravagant.

 

En effet, comme je vous le disais, Joséphine mentira toute sa vie sur sa date de naissance. Elle ne déroge pas à la règle pour son mariage. Les deux jeunes époux vont ainsi prendre des libertés dans la rédaction de leur acte de mariage :

  • Joséphine, plus âgée (32 ans), se rajeunit de 4 ans et Napoléon (27 ans) se vieillit d’un an, histoire que la différence d’âge ne soit pas trop importante.

  • Bonaparte se fait nommer « Général en chef de l’Armée de l’intérieur » quand il n’est que « Général en chef de l’Armée d’Italie ».

  • Alexandre de Beauharnais est cité comme présent alors qu’il est décédé 2 ans plus tôt.

 

Finalement, Napoléon et Joséphine ne se marieront religieusement que huit ans plus tard dans la chapelle des Tuileries, deux jours avant le sacre impérial du 2 décembre 1804. Ce mariage était en effet indispensable pour que le couple soit sacré par le Pape, et devienne alors, pour la postérité, l’empereur Napoléon 1er et l’impératrice Joséphine.



LA DERNIÈRE VIE DE L’EX-IMPÉRATRICE JOSÉPHINE

 

Impératrice, Joséphine le restera jusqu’à son divorce prononcé le 15 décembre 1809, conséquence de son incapacité apparente à donner des héritiers à la dynastie Bonaparte. Elle vit alors retirée dans son château de la Malmaison où elle reste entretenue par son ex-époux, toujours amoureux malgré son remariage avec l’archiduchesse d’Autriche Marie-Louise en 1810. Preuve de son amour, il organisera une présentation secrète de son fils à Joséphine au château de Bagatelle, et cela en dépit de l’interdiction qu’il avait reçu de sa seconde épouse.



Le 14 mai 1814, malgré une santé qui se fragilise, elle accepte de recevoir le tsar Alexandre 1er au château de Saint-Leu. De retour à la Malmaison, elle contracte une pneumonie qui aura raison d’elle le 29 mai 1814. Joséphine est inhumée le 2 juin suivant en l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Rueil-Malmaison.

 

Lorsqu’il apprend la mort de l’amour de sa vie, Napoléon, en exil sur l’île d’Elbe, est dévasté et reste enfermé plusieurs heures dans une pièce. Lorsqu’il reprendra le pouvoir en France en mars 1815 pour la période des Cent Jours, il passera une journée entière au château de Malmaison avec Hortense, et se recueillera dans la chambre de Joséphine. Exilé à Sainte-Hélène, elle continue à hanter ses pensées et il aura souvent des mots pour elle.

 

Pour finir, sachez qu’elle ne l’aura jamais su, mais Joséphine sera la grand-mère d’un autre empereur des Français. En effet, sa fille Hortense de Beauharnais aura un fils avec Louis Bonaparte, son époux, qui n’est autre que le petit frère de Napoléon. De leur union naîtra ainsi Louis-Napoléon Bonaparte, le futur empereur Napoléon III.


SOURCES

 

 

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