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AMOURS PARISIENS LÉGENDAIRES: LE PUITS D’AMOUR & LES COLOMBES AMOUREUSES



La réputation de Paris, ville de l’amour, n’est plus à faire. Son histoire, ses monuments, ses ruelles, ses restaurants ou ses lumières attirent chaque jour son lot d'amoureux et d'amants. Nombreux sont ainsi les couples qui choisissent la capitale française pour leur lune de miel, comme ceux qui font leur demande en mariage perchés en haut de la Tour Eiffel, dans les rues romantiques de Montmartre, ou sur l’un des magnifiques ponts qui enjambent la Seine.

 

Mais Paris est aussi riches d’histoires d’amour insolites qui oscillent parfois entre légende et réalité. À l’occasion de la Saint-Valentin, je vous propose deux anecdotes d’amours parisiennes: l’une autour d’un puits d’amour quasi magique, l’autre mettant en scène un couple de colombes éperdument amoureux.

 

LES SECRETS DU PUITS D’AMOUR


La première anecdote, intitulée ‘les secrets du puits d’amour’, se situe dans le quartier des Halles. Ici, au croisement de l’actuelle rue Pierre Lescot et des rues de la Grande et de la petite Truanderie, autrefois appelé le carrefour d’Ariane, s’est répétée une histoire peu banale, à la fois romantique et tragique. Ce croisement était aussi connu comme le carrefour de la Tour, en référence au pilori du Roi qui s’élevait ici, une tour qui, jusqu’en 1789, pouvait accueillir jusqu’à six prisonniers simultanément -essentiellement des commerçants malhonnêtes, des proxénètes, ou des faux-témoins. Des trous étaient alors prévus dans la paroi du premier étage de cette tour afin que les hors-la-loi y passent la tête et les mains, s’exposant ainsi à la vue des nombreux passants de ce quartier très fréquenté.



Notre histoire se situe au Moyen-Âge, et plus exactement au 13e siècle. À l’époque, se trouve ici, au carrefour de la Tour, le puits dit ‘d’Ariane’ où les Parisiens du quartier viennent se fournir en eau. Mais un jour, alors qu’elle se désespère que celui qu’elle aime, un certain Romuald, ne lui porte aucune attention, une jeune femme dénommée Agnès Hellebic se jette de tristesse dans le puits où elle meurt noyée. Agnès est la fille d’un courtisan du roi Philippe Auguste (règne 1180-1223). Aussi, la nouvelle du drame s’est-elle répandue rapidement dans tout Paris et l’on décida de renommer le lieu de sa mort, le ‘puits d’amour’.

 

La légende raconte qu’en apprenant la nouvelle, Romuald, dont les sentiments avaient été mal-compris et qui aimait en réalité follement Agnès, fût anéanti. Chaque nuit, il décida de revenir aux abords du puits pour y pleurer sa belle disparue… jusqu’au soir où un fantôme lui apparût. Pour lui, aucun doute, il s’agit d’Agnès, et chacune des nuits qui suivirent furent l’occasion pour les deux amants de se retrouver. Malheureusement, après quelques jours, l’esprit de se présenta plus. Romuald, malgré ses prières au puits, ne revît jamais Agnès. Avait-il été pris d’hallucinations? ou quelques brigands de ces ruelles sombres lui avaient-ils joué un sale tour? On ne le saura pas, mais on dit ensuite que, quelques semaines plus tard, Romuald trouva sur la margelle du puits deux bébés, une fille et un garçon. Étaient-ils le fruit de ses nuits passées avec l’esprit de sa belle, ou de simples orphelins abandonnés? Quoi qu’il en soit, la rumeur s’est vite répandue que le puits d’amour pouvait ranimer les amours perdus et exaucer les vœux. Au Moyen-Âge, de nombreux ‘pèlerins d’Amour’ comme on les appelait alors, ont ainsi pris l’habitude de se retrouver autour du puits pour pleurer leurs amours déçus ou invoquer leurs amours futurs.

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Au 16e siècle, en 1525 exactement, soit quelques trois siècles plus tard, un jeune homme va lui aussi choisir de se jeter de désespoir dans le puits d’amour, alors qu’il vient d’essuyer un refus de la femme qu’il aime. Cependant, la fin ne sera pas aussi tragique que pour Agnès. Prise de remords, la dulcinée du jeune homme va le suivre, lui lancer une corde pour qu’il remonte, et par ce geste le sauver. Une fois sain et sauf, et comblé de l’amour de sa belle, l’homme aurait gravé sur le puits: «L’amour m’a refait, en 1525 tout à fait». Dès lors, le puits d’amour va devenir le point de retrouvailles de tous les amoureux parisiens. Et si l’on s’y rend encore parfois pour pleurer son amour perdu, nombreux sont désormais ceux qui viennent aussi y déclarer leur flamme, y chanter leur passion, et y danser le cœur plein d’ardeur.

Cependant, dans ce quartier mal famé -que l’on surnomme la Cour des Miracles-, ces manifestations festives ne sont pas toujours les bienvenues. Aussi, en 1650, pour arrêter ces rassemblements païens et renforcer la sécurité des lieux, Louis XIV décide-t-il de combler le puits d’amour et de mettre un terme à ce point de rencontres légendaire. Quant au carrefour, il sera détruit au 19e siècle par les grands travaux d’Haussmann. Et laissera place à la rue Pierre Lescot qui rejoint les rues de la Grande et de la Petite Truanderie. Quoi qu’il en soit, rien ne vous empêche de passer par l’ancien carrefour de la Tour. Peut-être y sentirez-vous un peu de la passion amoureuse des jeunes amants du passé.

  

LES COLOMBES INSÉPARABLES


Notre deuxième anecdote d’amour parisienne, que l’on nommera ‘Les colombes inséparables’, se déroule également au Moyen-Âge, à la fin du 13e siècle, dans le quartier de la cathédrale Notre-Dame de Paris en pleine construction. Afin de finaliser la façade et les tours de l’édifice, qui, lui, ne sera achevé qu’en 1345, ont fait appel à de nombreux ouvriers originaires des quatre coins du royaume. Des hommes logés dans le quartier du Marais ou sur l’île de la Cité, à proximité du chantier, rue d’Enfer (actuelle rue des Ursins).



Faits de bois, les hébergements proposés sont souvent fragiles et insalubres, et il n’est pas rare que certaines baraques s’effondrent de temps à autre. C’est ce qui se passera en ce jour de 1296, non loin de la rue d’Enfer. À la suite d’une crue de la Seine, la maison d’un travailleur de Notre-Dame va ainsi s’écrouler. Or l’ouvrier, qui était, fort heureusement, absent lors de l’accident, ne vivait pas seul. Il gardait en effet près de lui un couple de colombes qui, lui, se retrouva coincé sous les décombres. Si les habitants du quartier réussirent à libérer le mâle, la femelle, elle, ne pût sortir et resta prisonnière.


On raconte alors que, nuit et jour, on pouvait voir la colombe mâle posée près des ruines afin de veiller sur sa moitié, lui apportant régulièrement des graines pour la nourrir, et de l’eau de la Seine qu’il récupérait à l’aide d’un brin de paille, pour assouvir sa soif. Devant tant de persévérance, les passants décidèrent d’agir et, ensemble, rendirent sa liberté à la femelle colombe. Les oiseaux amoureux, heureux de se retrouver, auraient alors offerts chants et pirouettes aux habitants qui les avaient aidés. Vérité ou légende populaire, je vous laisse juges, mais on a bien envie d’y croire, à cette histoire d’amour habillée de plumes.


Par la suite, en mémoire des deux amoureux, la rue perpendiculaire à la rue d’Enfer (ou des Ursins) où se trouvait la maison du pauvre ouvrier, prit le nom de rue de la Colombe.



La maison, quant à elle, fût reconstruite, puis surélevée au 16e siècle et au 18e, avant d’être transformée en taverne en 1826, et en cabaret -le Cabaret de la Colombe- en 1954. Un établissement qui accueillera de nombreux artistes, comme Guy Béart, Jean Ferrat ou Georges Moustaki, avant de devenir en 1964 un restaurant gastronomique et, depuis les années 1990, un bistrot à vin nommé logiquement «les Deux Colombes». Aujourd’hui encore, à l’angle des rues de la Colombe et des Ursins, on peut observer une sculpture représentant le couple de colombes amoureuses.

  

Un puits exauçant les vœux des pèlerins de l’Amour, deux colombes passionnément amoureuses: laquelle de ces deux anecdotes préférez-vous? Pour ma part, j’ai un faible pour nos deux amants à plumes.

 

SOURCES

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