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MADAME DE POMPADOUR, À L’ORIGINE DE L’EXPRESSION « APRÈS NOUS LE DÉLUGE ! » ?


La Pompadour
Madame de Pompadour

« Après nous le déluge ! » Une formule que l’on utilise encore aujourd’hui pour parler de quelqu’un qui profite du présent sans se soucier des conséquences futures. Une manière élégante - ou cynique - de dire : « Peu importe ce qui arrivera après moi. »

 

Mais derrière cette expression passée dans le langage courant se cache une histoire bien réelle, née au cœur de la cour de Louis XV, dans une France marquée par la guerre, les défaites militaires et les critiques politiques.


 

Et surtout, derrière cette petite phrase devenue légendaire, apparaît une figure incontournable du XVIIIᵉ siècle : Madame de Pompadour. Favorite royale, mécène des arts, femme d’influence, amie des philosophes des Lumières… mais aussi personnalité détestée par une partie de l’opinion publique, Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour (1721-1764), est restée dans l’Histoire autant pour son raffinement que pour le pouvoir considérable qu’on lui prêtait.

 

C’est dans un contexte de crise militaire et politique que serait née cette célèbre formule. Mais alors, que signifie réellement ce « déluge » ? Et Madame de Pompadour a-t-elle vraiment prononcé ces mots ?

 

MADAME DE POMPADOUR, BIEN PLUS QU’UNE FAVORITE

 

Lorsque Jeanne-Antoinette Poisson devient la favorite officielle de Louis XV en 1745, elle n’est pas seulement une maîtresse royale parmi d’autres.

 

Très vite, celle qui se fait titrée Marquise de Pompadour s’impose comme une figure centrale de la cour de Versailles. Intelligente, cultivée et ambitieuse, elle protège les arts et les lettres, soutient Voltaire et les encyclopédistes, encourage les manufactures royales et influence durablement le goût du XVIIIᵉ siècle - au point que l’on parle encore aujourd’hui du « style Pompadour ».



Mais cette proximité avec le roi lui attire aussi de nombreuses critiques. Dans une monarchie où les décisions politiques et militaires sont scrutées, beaucoup l’accusent d’exercer une influence excessive sur Louis XV, notamment pendant la guerre de Sept Ans.

 

Et c’est précisément dans ce contexte explosif que naît l’expression « Après nous, le déluge ! ».

 

À L’ORIGINE : LA GUERRE DE SEPT ANS, LE PREMIER CONFLIT « MONDIAL »

 

Du 17 mai 1756 au 15 février 1763, la guerre de Sept Ans embrase une grande partie du monde. D’un côté, la France de Louis XV et l’Empire d’Autriche de Marie-Thérèse. De l’autre, l’Angleterre de Georges II puis Georges III, et la Prusse de Frédéric II.



À l’origine du conflit: la volonté de l’Autriche de récupérer la Silésie, un territoire qu’elle avait dû céder à Frédéric II en 1748 après la guerre de Succession d’Autriche (16 décembre 1740-18 octobre 1748). Mais très vite, la guerre dépasse largement les frontières européennes.

 

En Amérique du Nord, dans les Caraïbes, en Inde ou sur les mers, Français et Britanniques s’affrontent jusque dans leurs empires coloniaux. Beaucoup d’historiens considèrent aujourd’hui la guerre de Sept Ans comme le premier véritable conflit mondial de l’Histoire.

 

Pour la France, les conséquences sont désastreuses. Le royaume perd une grande partie de ses possessions coloniales, cédant à l’Angleterre, entre autres, le Canada, la vallée du Mississippi, la Dominique, la Grenade et d’autres possessions en Inde.

 

Ces pertes contribueront à ternir l’image de Louis XV et à affaiblir la puissance et l’influence européenne de la France. En Europe, la Prusse de Frédéric II qui, après quelques défaites (Kunesdorf en 1759) mais surtout plusieurs victoires (Rossbach en 1757), sort vainqueure de la guerre et reprend des terres à l’Autriche, dont la Silésie qu’elle garde. Le royaume de Prusse est désormais une grande puissance européenne avec laquelle la France, et surtout l’Autriche, vont devoir composer.

 

ROSSBACH : LE DÉSASTRE QUI FAIT TREMBLER VERSAILLES

 

Mais avant même la fin du conflit, un événement traumatise la cour de Versailles : la bataille de Rossbach. Le 5 novembre 1757, près de Leipzig, les armées françaises et autrichiennes affrontent Frédéric II de Prusse. Malgré leur supériorité numérique, elles subissent une défaite écrasante.



Le maréchal de Soubise, commandant français réputé proche de Madame de Pompadour, est accusé d’incompétence. La débâcle est humiliante. Toute la France en parle.

 

À Versailles, les critiques explosent. On reproche à Madame de Pompadour d’avoir favorisé la nomination de Soubise grâce à son influence auprès du roi. Les pamphlets se multiplient. L’opinion publique se déchaîne contre la favorite royale.

 

« APRÈS NOUS LE DÉLUGE ! » LA PHRASE QUI ENTRE DANS L’HISTOIRE

 

C’est à ce moment qu’aurait été prononcée la célèbre formule. Selon la tradition la plus répandue, Louis XV, profondément affecté par la défaite de Rossbach, se rend auprès de Madame de Pompadour. La favorite royale, alors occupée à poser pour le peintre Maurice Quentin de La Tour, tente de calmer un roi accablé par la catastrophe militaire et les critiques qui secouent la cour.


Elle lui aurait alors déclaré : «Il ne faut point s’affliger: vous tomberiez malade. Après nous le déluge !». Autrement dit : « À quoi bon se tourmenter pour ce qui arrivera après nous ? ».

 

Avec le temps, la formule passe dans le langage courant et devient simplement « Après moi le déluge » ou « Après nous le déluge ». Il est toutefois difficile de savoir si Madame de Pompadour a réellement prononcé ces mots. Comme beaucoup de phrases historiques célèbres, l’authenticité de l’expression reste discutée. Mais son succès a été immense, notamment parce qu’elle semblait résumer à merveille l’image d’une monarchie accusée d’insouciance à la veille des grandes crises qui conduiront, quelques décennies plus tard, à la Révolution française.

 

MAIS AU FAIT… QUEL « DÉLUGE » ?

 

Dans l’expression « Après nous, el déluge ! », le « déluge » ne désigne pas une simple catastrophe abstraite. Il fait très probablement référence au Déluge biblique, celui raconté dans la Genèse. Dans la Bible, face à la corruption et aux fautes des hommes, Dieu déclenche un gigantesque déluge destiné à purifier le monde, épargnant seulement Noé, sa famille et les animaux embarqués dans l’arche.



Employer cette image au XVIIIᵉ siècle n’a donc rien d’anodin. Le mot « déluge » évoque un cataclysme total, un effondrement généralisé, presque une punition divine.

 

Avec le recul de l’Histoire, la phrase prend une dimension presque prophétique. Quelques décennies après Madame de Pompadour et Louis XV, la monarchie française s’effondre dans la Révolution de 1789.



Bien sûr, Madame de Pompadour ne pouvait pas prévoir un tel bouleversement. Mais l’expression a traversé les siècles précisément parce qu’elle semble annoncer, symboliquement, la tempête à venir.

 

UNE PETITE PHRASE… ET TOUT UN MONDE QUI S’EFFONDRE

 

Aujourd’hui encore, « Après nous le déluge » reste l’une des expressions historiques les plus célèbres de la langue française. En quelques mots, elle concentre tout un imaginaire : celui d’une cour brillante mais fragilisée, d’un pouvoir contesté, d’une monarchie à bout de souffle… et d’une époque qui ignore encore qu’elle approche de sa fin.

 

C’est aussi ce qui rend cette anecdote si fascinante : derrière une simple formule du quotidien se cache toute une partie de l’histoire du XVIIIᵉ siècle français, entre Versailles, guerre mondiale, intrigues de cour et prémices de la Révolution.

 

SOURCES

 

  • « Petit dictionnaire des expressions qui sont nées de l’Histoire » par Gilles Henry, collection Texto aux éditions Tallandier

  • Wikipedia

  • Courriermessin.fr 

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