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LE CHÂTEAU DE THÉZAN À SAINT-DIDIER (VAUCLUSE) : RENAISSANCE DU 'DIAMANT DE PROVENCE'

Dernière mise à jour : 25 oct.


château de Thézan
Salle de Bal du château de Thézan

En traversant Saint-Didier, charmant village du Vaucluse situé au pied des Monts de Vaucluse, rien ne laisse présager qu’au détour d’une ruelle se dresse l’un des châteaux les plus singuliers de la région : le château de Thézan. Ce monument, dont les premières traces remontent à l’Antiquité, a connu toutes les métamorphoses possibles : villa gallo-romaine, forteresse médiévale, château Renaissance, demeure aristocratique classique, établissement thermal, clinique, puis… l’abandon, pendant plus de trente ans !



Son histoire épouse celle du Comtat Venaissin et de la Provence, avec ses familles puissantes (les marquis de Venasque, les comtes de Toulouse, les Thézan), ses grands bouleversements politiques (la croisade contre les Albigeois, l’intégration du Comtat à la France en 1791), ses modes sociales (les cures thermales et les rendez-vous mondains du 19ᵉ siècle)… jusqu’à son déclin à la fin du 20ᵉ siècle.

 

Aujourd’hui, le château de Thézan vit une nouvelle jeunesse grâce à deux passionnés, Pierre de Beytia et Emmanuel Renoux. En 2019, ils rachètent ce château en ruine, envahi par les ronces et oublié de tous, et se lancent dans une aventure patrimoniale hors du commun. Leur projet est clair : faire revivre le château de Thézan en l’ouvrant largement au public et en partageant son histoire.

 

Avec le soutien de la Fondation du Patrimoine et de la Mission Stéphane Bern, ils vont restaurer le bâti, redécorer et remeubler les chambres et les salons, valoriser les jardins, et redonner au château toute sa beauté et sa place dans l’histoire de la région. Une renaissance qui se poursuit avec, en perspective et à termes, l’ouverture de 18 salles à la visite, et la restauration de l’Orangerie du 19ᵉ siècle au cœur du parc.

 

Visiter Thézan aujourd’hui, c’est donc à la fois parcourir plus de mille ans d’histoire et soutenir une aventure contemporaine de sauvegarde de notre patrimoine.

 

LE CHÂTEAU DE THÉZAN : UNE HISTOIRE MILLÉNAIRE

 

Si la silhouette du château de Thézan, tel qu’on le connaît aujourd’hui, s’est dessinée à partir de la Renaissance, les origines du domaine remontent, elles, à bien plus loin, à l’époque gallo-romaine.


DES ORIGINES ANTIQUES AU MOYEN ÂGE : THÉZAN, DE LA VILLA AU CASTRUM

 

Le site où s’élève le village de Saint-Didier, riche en sources d’eau, est occupé dès l’époque gallo-romaine par une villa agricole, la Villa Sancti Desiderii (un nom certainement attribué lors de la christianisation de la région). Comme beaucoup de villas, elle regroupait exploitation, habitat et espaces de vie luxueux. Si la villa, qui servira de fondation au futur château, a disparu, elle subsiste à travers le nom du village : Sancti Desiderii est devenu, au fil du temps, Saint-Didier.

 

Au Moyen Âge, le contexte d’insécurité transforme ce domaine en forteresse ou castrum. Les hautes murailles, les douves profondes (aujourd’hui remblayées), et les portes fortifiées faisaient de Thézan un castrum stratégique. La porte méridionale conserve les armoiries des marquis de Venasque qui dominaient la région.

 

EMMA DE VENASQUE ET L’ALLIANCE AVEC LES COMTES DE TOULOUSE

 

En 990, une union matrimoniale décisive change le destin de Thézan : Emma de Venasque (980-1062-ou 1063), dite aussi Emma de Provence, apporte en dot le marquisat de Provence à son époux, Guillaume Taillefer (975-1037), comte de Toulouse. Il est alors l’un des plus puissants seigneurs du Midi, à la tête d’un comté qui rayonne jusqu’à Narbonne et qui englobe, désormais, la Provence.



CROIX DE TOULOUSE OU CROIX DE VENASQUE ?

 

L’emblème des Venasque est une croix à quatre branches de dimensions égales, surmontées de 12 boules : les trois boules de chaque branche représenteraient la Trinité, et au total, les 12 boules seraient le symbole des 12 Apôtres, des 12 mois, des 12 portes et les 12 marches qui conduisent à la Connaissance suprême, ou bien encore les 12 signes du zodiaque. Quoi qu’il en soit, cette croix ressemble étrangement à celle des comtes de Toulouse. Et pour cause !

 

La croix dite « de Toulouse » que l’on connaît, emblème de la maison comtale, a en réalité été empruntée aux Venasque à la suite de l’union d’Emma et Guillaume. Ce détail héraldique, souvent ignoré, montre la prééminence de la lignée des Venasque.

 

LES VENASQUE SOUS L’AUTORITÉ DU PAPE

 

Après la croisade de l’Église contre les Albigeois ou Cathares (XIIIᵉ siècle), soutenus par les comtes de Toulouse, le pouvoir de ces derniers s’effondre. En 1274, le roi de France Philippe III le Hardi (1245-1285) cède une partie des terres provençales au pape Grégoire X : c’est ce qu’on appellera le Comtat Venaissin qui restera possession papale jusqu’à la Révolution. Les marquis de Venasque, bien que toujours puissants, seront dès lors soumis à l’autorité des papes - qui éliront bientôt domicile, et pour 70 ans, à Avignon entre 1309 et 1417.


LES VENASQUE, UNE FAMILLE PUISSANTE DU COMTAT VENAISSIN

 

Les marquis de Venasque tiennent leur nom d’un village, Venasque, situé à quelques kilomètres du château de Thézan. Aujourd’hui classé parmi les Plus Beaux Villages de France et riche d’un patrimoine exceptionnel – notamment religieux -, Venasque fut surtout, autrefois, la capitale du Comtat Venaissin, ce territoire singulier qui, de 1274 à 1791, dépendra de l’autorité papale.



D’ailleurs, le Comtat tire son nom de Vindasca ou Venasca qui aurait donné Venasque et Venaissin. D’origine pré-latine, cette dénomination désignait un relief rocheux ou escarpé, en lien avec la situation géographique particulière du village, bâti sur un éperon calcaire dominant la vallée.

 

Quoi qu’il en soit, Venasque sera la première capitale du Comtat Venaissin, où les papes établirent leur autorité avant de choisir Carpentras au 14ᵉ siècle. Mais même après le départ des papes, Venasque conservera une identité forte, marquée par la présence d’institutions religieuses importantes. La famille de Venasque, installée dans la haute vallée du Comtat, déjà puissante, continuera à jouer un rôle majeur dans l’organisation du territoire et dans les réseaux féodaux provençaux.

 

Preuve de leur influence, pendant cette période, la forteresse des Venasque, futur château de Thézan, accueillera des visiteurs prestigieux : des papes Jean XXII (1316-1334) et Benoît XIII (1378-1423) au poète humaniste Pétrarque (1304-1374).

 

LE CHÂTEAU DE THÉZAN À LA RENAISSANCE : UNION DES VENASQUE ET DES THÉZAN

 

Le 3 février 1483, Siffreine de Venasque, héritière de la lignée, épouse Elzéar de Thézan, noble occitan originaire du Languedoc. Ce mariage unit deux familles et ancre définitivement le nom de Thézan à Saint-Didier.


Sous leur impulsion, la forteresse médiévale est transformée en un château résidentiel élégant. Les principes de la Renaissance, venus d’Italie, inspirent l’architecture : ouvertures régulières, fenêtres à meneaux, symétrie, cour d’honneur proportionnée. Thézan devient une demeure noble, symbole d’une culture raffinée et du haut rang social de ses propriétaires, les marquis de Thézan-Venasque, qui en font définitivement leur résidence principale à partir de 1545.



À cette époque, Saint-Didier, et certainement le château, reçoivent des personnalités aussi illustres que l’astrologue Nostradamus (1503-1566) et l’écrivain François Rabelais (1483 ou 1494-1553).

 

LES 17ᵉ ET 18ᵉ SIÈCLES : FASTE, AGRANDISSEMENTS ET PRESTIGE

 

Les descendants des Thézan-Venasque poursuivent ces embellissements. Au 17ᵉ siècle, la famille entreprend de profonds travaux qui vont donner au domaine une nouvelle dimension. Louis de Thézan, élu de la noblesse contadine en 1660, et son fils Paul-Aldonce-François sont à l’origine de cette transformation. Leur ambition : moderniser l’ancienne demeure Renaissance et l’adapter au goût du temps.

 

L’édifice est alors considérablement agrandi pour prendre des allures de palais classique, inspiré des codes architecturaux du 17ᵉ siècle : symétrie rigoureuse, façades ordonnées par des travées régulières, recherche de monumentalité et d’harmonie, pièces en enfilade, vastes salons d’apparat destinés à recevoir… Une architecture de représentation par excellence, qui s’inspire à la fois des modèles royaux (comme Versailles) et des hôtels particuliers urbains.



Sur les vestiges des anciens remparts sont ainsi élevées deux ailes en retour reliées par une vaste terrasse, et plusieurs salons de réceptions sont créées et richement décorées, pour refléter la modernité et le rang de la famille.

 

Parallèlement, une autre transformation marque profondément le domaine : l’entrée principale, jadis tournée vers le sud (côté de l’actuel jardin) est réorientée vers la tour fortifiée de l’église de Saint-Didier. Ce choix traduit le désir d’ouvrir le château sur son village, mais aussi d’affirmer son rôle central dans le paysage local.

 

Dans le même temps, au midi, un jardin clos à la française est aménagé. Sa disposition régulière et sa composition géométrique rappellent le style d’André Le Nôtre, alors actif dans la région, qui aurait dessiné le parc en 1665. Même si l’attribution n’est pas certaine, elle témoigne de la volonté des Thézan de hisser leur domaine au niveau des résidences les plus prestigieuses de Provence.

 

De la même façon, plusieurs récits, réels ou non, vont appuyer la renommée du château. On dit ainsi qu’après son parrain et premier ministre Mazarin, Louis XIV (1738-1715) aurait fait halte à Thézan en 1660, alors qu’il se rendait à Saint-Jean-de-Luz pour épouser l’infante d’Espagne, Marie-Thérèse. L’épisode reste incertain mais alimente le prestige de la demeure.


 

Au 18ᵉ siècle, on raconte qu’un autre visiteur illustre aurait également marqué les lieux : Beaumarchais. Le célèbre auteur à l’esprit frondeur et inventif, ami des Thézan-Venasque, aurait séjourné au château en 1784 et y aurait rédigé le cinquième acte de son Mariage de Figaro. Qu’elle soit véridique ou non, cette anecdote montre la réputation de Thézan comme lieu et de culture à l’époque.

 

Les héritiers des Thézan-Venasque restent propriétaires jusqu’en 1779, date à laquelle le domaine passe, par mariage, aux Thézan-Pujols. La Révolution française, qui rattache le Comtat Venaissin à la France en 1791, n’épargne pas la noblesse, mais le château survit aux bouleversements. Mais en 1809, alors que la dernière marquise de Thézan meurt sans descendance, le Château échoue à sa nièce, la baronne Olympe de la Baume-Suze.

 

THÉZAN AU 19E SIÈCLE : DU CHÂTEAU À LA STATION THERMALE

 

Le 6 janvier 1814, le château est vendu au marquis Louis Pelletier de Gigondas de La Garde, amateur d’histoire et d’art, qui entreprend des travaux et maintient le prestige du domaine. Après sa mort en 1849, son fils, Henri Pelletier de Gigondas de La Garde, poursuit l’entretient du château, transforme les jardins à la Française en parc à l’anglaise, et crée une magnifique Orangerie. Mais ses moyens s’amenuisent et il doit se résoudre à vendre le 22 août 1862.

 

C’est un certain Adolphe Masson (1831-1882), médecin à Carpentras, qui rachète la demeure. Il y développe un projet novateur : transformer le château en station hydrothérapeutique alimentée par les sources de Saint-Didier. Le 19ᵉ siècle est en effet l’âge d’or des cures thermales. Dans toute la France, de Vichy à Aix-les-Bains, les élites du Second Empire (1852-1870) se pressent dans des établissements de soins médicaux, véritables rendez-vous mondains. Thézan s’inscrit dans cette vogue.



Sous l’impulsion du docteur Masson, le parc devient jardin de repos, les salles accueillent une cinquantaine de chambres, des espaces de soins et des salons de réception. Le château attire une clientèle de notables, séduits par le cadre et les eaux réputées de Saint-Didier. Aujourd’hui, l’audioguide de la visite rend hommage à cette époque en nous plaçant dans la peau d’un curiste guidé par le docteur lui-même.

 

À sa mort en 1882, son gendre, le docteur André Masquin (1873-1957), lui succède à la tête de l’établissement qu’il modernise et continue à développer.

 

LE 20ᵉ SIÈCLE : DE LA CLINIQUE À L’ABANDON

 

Si le centre de cure thermale de Saint-Didier reste très prisé au cours du 20e siècle, il devient progressivement une clinique de repos et de soins pour les maladies nerveuses. Comme dans d’autres lieux en France, les vastes salles et le parc clos se prêtent bien à cette nouvelle vocation médicale.



La clinique connaît plusieurs décennies de fonctionnement, mais ferme à la fin des années 1980 pour déménager dans des bâtiments plus modernes et adaptés. Commence alors une longue période d’abandon : plus de trente ans d’oubli, pendant lesquels le château, livré aux affres du temps et au vandalisme, se dégrade inexorablement.

 

LE 21e SIÈCLE : LA RENAISSANCE DU CHÂTEAU DE THÉZAN

 

En avril 2019, après de nombreuses étapes administratives, deux amoureux du patrimoine et de la région, Pierre de Beytia et Emmanuel Renoux, rachètent le château. L’ampleur du défi est immense : restaurer un monument vide, ravagé par le temps. Mais leur énergie, mêlant passion et une pointe de folie assumée, redonne un avenir à Thézan.

 

Leur projet est à la fois patrimonial et culturel : rouvrir progressivement les pièces (jusqu’à 18 salles à terme), restaurer les bâtiments annexes comme l’orangerie du XIXᵉ siècle (aujourd’hui au cœur d’une campagne de dons avec la Fondation du Patrimoine : participer ici), et faire du château un lieu de transmission vivant.

 


Cette renaissance contemporaine s’inscrit dans la longue chaîne de transformations qui ont façonné le château de Thézan. Chaque époque y a laissé sa marque, et celle de Pierre de Beytia et Emmanuel Renoux écrit un nouveau chapitre de son histoire.

 

MA VISITE DU CHÂTEAU DE THÉZAN

 

Pour mieux comprendre l’histoire du château de Thézan, ses évolutions et l’ampleur de sa restauration récente, je vous invite à me suivre dans la visite des lieux, et à pousser les portes des espaces déjà ouverts au public.

 

Pour mieux apprécier la visite, et bien que les panneaux explicatifs soient clairs, je vous recommande de télécharger l’audioguide proposé à l’entrée. Une expérience immersive où l’on joue le rôle d’un curiste accueilli par le docteur Masson, au 19e siècle. Ce dernier nous emmène, de manière vivante et ludique, à la découverte de l’histoire et des différents espaces du domaine (architecture extérieure, pièces et salons, anciennes salles des bains, jardins…). Notez que bientôt, de nouvelles salles ouvriront leurs portes, ainsi que l’orangerie du 19ᵉ siècle en cours de restauration.

 

LA COUR D’HONNEUR

 

La visite débute par la cour d’Honneur végétalisée, au centre de laquelle une fontaine à la douceur toute provençale. On peut y admirer les façades Renaissance et classiques, des putti sculptés, mais aussi les vestiges d’une table de cuisson gallo-romaine qui rappelle l’histoire millénaire des lieux.



LA SALLE DES GARDES

 

Première pièce accessible, la salle des gardes témoigne d’une ancienne fonction défensive – bien que le château n’ait plus été en guerre à partir de la Renaissance. Son décor sobre et son mobilier simple rappellent la fonction première de cette pièce : contrôler l’accès et assurer la sécurité du château. Elle contraste avec le faste qui nous attend plus loin.

 

C’est ici que l’on attendant d’être conduit au premier étage, l’étage noble, pour rencontrer les hôtes du château – s’ils acceptaient de vous recevoir. Les porteurs et leurs chaises à porteurs patientaient également dans cette pièce en attendant leurs maîtres – on peut d’ailleurs observer ici une très belle chaise à porteur du 18e siècle. Ces chaises permettaient aux nobles de ne pas marcher dans les rues boueuses et souvent insalubres des villages, ou encore de les protéger de la pluie, mais aussi et surtout ici, en Provence, du soleil – la noblesse ne saurait apparaître bronzée comme les travailleurs des champs !



Au 19e siècle, cette salle accueillait les curistes avant de les diriger vers leur chambre.

 

L’ESCALIER EN VIS (15e – 16e SIÈCLE)

 

L’accès aux intérieurs se fait par un monumental escalier en vis. Avec son diamètre exceptionnel de quatre mètres, il impressionne encore aujourd’hui. C’est par ce même escalier, construit au 16ᵉ siècle, que nobles et invités gagnaient les salons lors des réceptions. Prouesse architecturale, il marque le passage de l’austérité médiévale à l’élégance Renaissance.


 

LE SALON DE MUSIQUE

 

On gagne ensuite directement le deuxième étage pour accéder au Salon de Musique. Il est utilisé comme tel au 19e siècle pour le repos des curistes, mais à la Renaissance, c’est ici que les marquis de Thézan-Venasque tenaient audience. Une pièce qui, avec ses larges fenêtres et ses décors, ne pouvait qu’impressionner les visiteurs plus habitués à des intérieurs médiévaux sombres et sobres.



Son plafond à la française et surtout sa frise peinte, attribuée à Nicolas Mignard et à son neveu Pierre, frappent par leur raffinement. Nicolas Mignard (1606-1668), peintre avignonnais formé en Italie, ami de Molière et peintre du cardinal Mazarin, réalisa des décors prestigieux pour le Palais des Tuileries. Ici, son art est conservé dans un état remarquable : un témoignage rare du prestige artistique que s’offraient les Thézan.

 

LE SALON DES JEUX

 

Vient ensuite le Salon des Jeux, qui servait sous le Second Empire de lieu de divertissement et de salle de lecture. Les marquis de Thézan s’en servaient de salon d’apparat pour y recevoir des intimes. Les fresques murales, datées entre les 16ᵉ et 18ᵉ siècles, ont été redécouvertes lors de récentes études patrimoniales – et attendent d’être restaurées. Elles mettent en valeur les armoiries des Venasque, surmontées d’un heaume, ainsi que des rinceaux raffinés en grisaille.



L’élément le plus remarquable reste la cheminée sculptée par Jacques Bernus (1650-1728), grand maître provençal de l’art baroque. Ornée d’angelots et d’un bas-relief représentant Jupiter et Junon, elle illustre le goût mythologique et la délicatesse décorative du 17ᵉ siècle.

 

UNE CHAMBRE DE PATIENT

 

Pour la suite de la visite, on s’éloigne un peu du château Renaissance pour explorer l’exemple d’une chambre de curiste. Elle est présentée dans son état du milieu du 20e siècle, avec sa salle de bain privative (avec eau courante !) et son mobilier confortable et moderne.



LA SALLE DE BAL

 

Après avoir gagné le premier étage, toujours en empruntant l’escalier en vis, on remonte de nouveau le temps pour pénétrer dans la salle de bal. C’est le joyau du château. Établie dans l’une des deux nouvelles ailes classiques construites par Louis de Thézan, elle devient dès le 17e siècle le centre de la vie mondaine et festive de Thézan.

 

Son plafond d’inspiration italienne, et ses décors - dont la frise - ornés de multiples peintures signées Pierre Mignard le Jeune, plongent le visiteur dans une atmosphère théâtrale, où s’alternent scènes mythologiques et figures antiques.


 

La cheminée monumentale, en partie réalisée par Jacques Bernus, porte les armes des Thézan-Venasque encadrées d’aigles majestueux, leurs emblèmes. La toile centrale qui s’y trouve, représentant Vénus et Adonis, peinte par Nicolas Mignard, est aujourd’hui conservée au musée de Minneapolis (USA). Jugée trop audacieuse, elle fut remplacée par le marquis Pelletier de Gigondas de La Garde au 19ᵉ siècle par une œuvre d’Auguste Bigand, retrouvée en 2018 et restaurée à sa place d’origine.

 

LE GRAND SALON

 

Situé au centre de l’enfilade de l’aile classique, le Grand Salon s’ouvre sur une terrasse offrant une vue spectaculaire jusqu’au Mont Ventoux. Pièce la plus luxueuse du château, elle servait de salon familial pour les marquis de Théan-Venasque, mais aussi de pièce de réception. Le Grand Salon a cependant été très transformée au 19ᵉ siècle pour correspondre aux goûts éclectiques du Second Empire avec ici, un mélange de styles Louis XIV, Régence et Louis XV. Elle sera notamment alors utilisée comme salle à manger.



Son plafond, jadis décoré, est aujourd’hui recouvert d’un blanc uniforme (on peut apercevoir dans un coin le plafond peint d’origine qui est en attente de restauration). Les murs, autrefois tendus de tapisseries, portent désormais des papiers peints imitant les cuirs gaufrés. Le parquet a laissé place à un dallage en grès, plus pratique pour un usage quotidien.

 

Une fantaisie notable subsiste : le jeu de pose des carreaux entre le Grand Salon et la Salle de Bal recrée la croix de Venasque, symbole héraldique de la famille fondatrice du château.


 

LE SALON LOUIS XIII OU ANTICHAMBRE

 

Le Salon Louis XIII, devait impressionner les visiteurs des marquis de Thézan-Venasque avec son plafond à la française richement orné de caissons et de motifs végétaux, ses murs recouverts de cuirs gaufrés (ou cuir de Cordoue) réalisés à Avignon au 17ᵉ siècle, ou encore son mobilier d’époque.



Cette pièce adjacente à la chambre avait une double fonction : cabinet de travail du marquis, elle servait aussi d’antichambre où les visiteurs patientaient avant d’être reçus soit dans le Grand Salon, soit dans la chambre – sous l’Ancien Régime, on reçoit beaucoup dans sa chambre.

 

Ici, prenez le temps de bien tout observer, des meubles – comme l’exceptionnel cabinet d’ébène - aux remarquables peintures.

 

ANECDOTE : D’OÙ VIENT LE MOT SECRÉTAIRE ?

 

Parmi les meubles visibles au château de Thézan, on peut admirer de magnifiques cabinets en bois sculpté des 16e et 17e siècles. Aujourd’hui, le mot «secrétaire» a remplacé celui de «cabinet» pour désigner un meuble ou un bureau où l’on range ses papiers et objets importants. Pourtant, les deux sont intimement liés.



Dans les riches demeures des 16e, 17e et 18e siècles, les cabinets cachaient de petits tiroirs ingénieusement dissimulés derrière des panneaux coulissants ou des compartiments invisibles. On y conservait papiers importants, correspondances confidentielles, et parfois même bijoux ou argent. Ces tiroirs portaient un nom évocateur : des secrets.

 

C’est donc de là que vient le terme de « secrétaire », ce meuble qui garde littéralement les secrets. Et par extension, il désigne aussi celui qui tient la plume au service d’un prince, d’un roi ou d’un ministre – puisqu’il avait accès aux confidences, aux affaires privées, et qu’il devait les protéger avec discrétion.

 

Un mot du quotidien, qui nous paraît aujourd’hui banal, mais qui garde dans son étymologie l’écho d’une époque où l’art des ébénistes se mêlait aux intrigues et aux confidences…

 

LA CHAMBRE DU ROY ET SA CHAPELLE PRIVÉE

 

La Chambre du Roy ou chambre de la Marquise, témoigne de l’importance du château. Conçue pour accueillir d’éventuels hôtes de marque – au premier rang duquel, le roi lui-même -, elle était surtout utilisée par la marquise de Thézan-Venasque.



La chambre arbore un décor de boiseries raffinées et de soieries tendues. Le plafond de plus de 5 mètres de haut déploie un médaillon représentant la Chute de Phaéton, d’après Michel-Ange. Le mobilier, dont un lit à la polonaise, recrée l’ambiance des grands appartements princiers du 18e.

 

Attenante, la chapelle privée fut édifiée au 17ᵉ siècle, après que la chapelle originelle fut transformée en église paroissiale. Sobre et délicate, elle conserve des tableaux religieux et un exceptionnel Christ en buis sculpté du 17ᵉ siècle, mais aussi une rare représentation de la Vierge Marie enfant en bois sculpté et peint réalisée au 19e.



LES BAINS ET L’ÉPOQUE DES CURES THERMALES

 

Le parcours nous invite à redescendre l’escalier en vis pour regagner la cour d’Honneur. La visite se termine alors par un clin d’œil au 19ᵉ siècle, lorsque le docteur Masson transforma le château en station thermale. Chambres, salons de lecture, salle de billard et vastes salles de soins accueillirent jusqu’à 150 curistes et leurs domestiques.

 

Ici, on visite les anciennes salles d’hydrothérapie d’époque Napoléon III. Les bains, alimentés par les sources de Saint-Didier, sont restés particulièrement bien préservés : espaces pour se changer, piscine à eau courante, douches et jets massant, zones de bains de siège, cabines de photothérapies (alimentées grâce à la toute nouvelle électricité).



Ces espaces, bien que dans leur jus, rappellent la mode des cures sous le Second Empire, quand la bonne société venait allier santé et sociabilité dans un cadre prestigieux.

 

LE JARDIN ET LE PARC

 

Dès le 17ᵉ siècle, le château de Thézan s’entoure d’un vaste jardin à la française, dessiné selon la tradition par André Le Nôtre. Allées régulières, parterres ordonnés et fontaines en faisaient un ensemble remarquable.

 

Au 19ᵉ, le parc évolue vers un style paysager à l’anglaise, avec l’introduction d’essences exotiques et la création de l’Orangerie, sans pour autant effacer la trame originelle encore visible. Son système hydraulique gravitaire, alimenté par une source, reste un atout unique : il permit le développement de l’établissement thermal voulu par le docteur Masson.

 


Après des décennies d’abandon, le parc renaît depuis 2019. Les allées retrouvent leurs lignes, les buis leur feuillage, et les fontaines jaillissent à nouveau, offrant aux visiteurs un cadre de promenade mêlant rigueur classique et charme romantique.

 

L’ORANGERIE

 

L’Orangerie est construite quelques années avant l’ouverture de l’établissement hydrothérapique. Elle vient enrichir le parc boisé et structurer un nouvel espace. Son architecture, typique du milieu du 19ᵉ siècle, associe un volume rectangulaire symétrique en moellons et pierre de taille à de grandes baies vitrées en acier de 3,70 m de haut. À l’intérieur, le sol en béton imite un dallage, les murs sont décorés de motifs géométriques, et une étonnante fontaine en rocaille anime le mur nord.

 


Lieu d’agrément, l’Orangerie accueillait autrefois les curistes pour le thé et des moments de détente. Devenue sanatorium après la Seconde Guerre mondiale, elle fut modifiée par une extension utilitaire, moins harmonieuse. Mais dans l’ensemble, le bâtiment a conservé une grande authenticité malgré d’importantes dégradations.

 

Aujourd’hui, l’Orangerie fait l’objet d’une campagne de restauration soutenue par la Fondation du Patrimoine, afin de lui rendre son éclat et de l’intégrer pleinement au parcours de visite.

 

MON AVIS

 

La visite du château de Thézan a vraiment été l’un de mes coups de cœur dans le Vaucluse. J’ai été surpris par la qualité de l’accueil et la fluidité du parcours, mais aussi des restaurations. Les panneaux explicatifs sont à la fois clairs et complets, et l’audioguide, incarné par le docteur Masson, nous plonge directement dans la peau d’un curiste du 19ᵉ siècle pour une visite aussi ludique et pédagogique que passionnante.

 

Ce qui m’a marqué, c’est aussi la diversité des espaces : des pièces Renaissance et classiques richement décorées aux salles d’hydrothérapie du Second Empire, en passant par les jardins. On passe d’une époque à l’autre sans jamais perdre le fil de l’histoire.

 

J’ai aussi beaucoup apprécié la dimension humaine du projet : savoir que deux passionnés, épaulés par la Fondation du Patrimoine et la Mission Bern, redonnent vie à ce château oublié depuis trente ans rend la visite encore plus émouvante. On a vraiment le sentiment de participer à une aventure patrimoniale en train de s’écrire (je rêve de pouvoir un jour faire pareil !).

 

En résumé, si vous aimez l’histoire, l’architecture et les belles découvertes, je vous recommande vivement de visiter le château de Thézan. C’est une expérience originale, immersive et enrichissante, qui mérite le détour.

 

INFORMATIONS PRATIQUES

 

  • Quoi ? Le Château de Thézan

  • Où ? Saint-Didier (Vaucluse)

  • Quand ? Du 1er mai au 2 novembre

    Mai, juin, septembre, octobre : Tous les jours sauf mardis et mercredis, 10h-13h & 15h-18h

    Juillet et août : Tous les jours sauf mardis, 10h-18h

  • Visites ? Visite autonome : 1 à 2h, avec audioguide offert en 9 langues.

    Visite guidée des intérieurs : samedi & dimanche à 15h30, +4 € en sus, par l’un des propriétaires, avec accès exclusif au Cabinet d’ébène.

    Parcours ludique pour enfants avec quiz dans le parc.

  • Combien ? Tarif normal : 10 € / Réduit : 8 € (8-25 ans, étudiants, demandeurs d’emploi, handicapés hors fauteuil roulant, journalistes, groupes)

    Tarif Famille : 25 € (2 adultes + 1 ou 2 enfants 8-17 ans)

    Gratuit : – de 7 ans, personnes en fauteuil roulant

    Carte annuelle : 30 €

 

Toutes les informations pratiques sur le site du château de Thézan.

 

SOURCES

 

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