EXPOSITION : « CROIRE ET GUÉRIR. ET DÉLIVREZ-NOUS DU MAL » : UNE FASCINANTE PLONGÉE DANS L'HISTOIRE DES CROYANCES ET DE LA MÉDECINE À SAINT-DENIS
- Igor Robinet-Slansky

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Présentée au musée d'Art et d'Histoire Paul Éluard de Saint-Denis, l'exposition « Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal » explore l'histoire des liens entre médecine, croyances et guérison du Moyen Âge à nos jours.

Quand on habite Paris, on oublie parfois que certaines des plus belles découvertes patrimoniales se trouvent à quelques stations de métro seulement. Il suffit de franchir le périphérique pour changer complètement de décor.
C'est précisément le cas de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Si beaucoup connaissent la basilique-cathédrale, nécropole des rois et reines de France et berceau de l'art gothique, ou encore la Maison d'Éducation de la Légion d'Honneur fondée par Napoléon Ier dans les bâtiments de l'ancienne abbaye royale, Saint-Denis recèle pourtant un autre lieu remarquable : le musée d'Art et d'Histoire Paul Éluard.
Bien plus qu'un simple musée, il est installé dans un remarquable ancien carmel du XVIIᵉ siècle et invite à découvrir près de quatre siècles d'histoire. Cloître, chapelle, jardins et anciennes salles conventuelles composent aujourd'hui un écrin patrimonial unique, où les collections permanentes dialoguent avec une programmation d'expositions temporaires ambitieuse.
C'est dans ce cadre chargé d'histoire qu'est présentée, du 27 mai au 15 novembre 2026, l'exposition « Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal ». À travers près de 285 œuvres et objets, provenant notamment de l'ancien Hôtel-Dieu et de son exceptionnelle apothicairerie, mais aussi grâce à de nombreux prêts et à des créations d'artistes contemporains, elle propose une fascinante plongée dans l'histoire des pratiques de guérison, du Moyen Âge jusqu'à nos jours.
Entre médecine, religion, magie, croyances populaires et découvertes scientifiques, le parcours montre comment les sociétés ont, au fil des siècles, tenté de comprendre, de combattre... et parfois de conjurer la maladie. Une exposition passionnante, qui trouve dans les murs séculaires de l'ancien Carmel un écrin particulièrement évocateur et offre une belle occasion de découvrir l'un des sites patrimoniaux les plus singuliers de Saint-Denis.
J'ai eu la chance de découvrir cette exposition lors d'une visite menée par Valérie Perlès, directrice du musée, que je remercie chaleureusement, ainsi que l'ensemble des équipes du musée d'Art et d'Histoire Paul Éluard, pour leur accueil et leurs précieux éclairages tout au long du parcours.
UNE EXPOSITION QUI INTERROGE NOTRE RAPPORT À LA MALADIE ET À LA GUÉRISON
Comment expliquer la maladie ? À qui ou à quoi confier sa guérison ? Depuis toujours, ces questions accompagnent l'humanité. Longtemps, les hommes ont cherché des réponses auprès des dieux, des saints, des guérisseurs, des plantes ou de la magie, bien avant que les progrès de la médecine ne bouleversent notre compréhension du corps et des maladies.
Avec « Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal », le musée d'Art et d'Histoire Paul Éluard propose une approche aussi originale que passionnante. Plutôt que de retracer une simple histoire de la médecine, l'exposition explore les multiples façons dont les sociétés ont tenté, au fil des siècles, de comprendre le mal, de le prévenir ou de le soigner. Elle met ainsi en dialogue croyances religieuses, découvertes scientifiques, traditions populaires, pratiques médicales et création contemporaine.
Déployée dans les différentes salles de l'ancien Carmel et jusque dans sa chapelle, l'exposition profite pleinement du caractère historique et spirituel des lieux. Ici, les collections dialoguent naturellement avec l'architecture du XVIIᵉ siècle, tandis que les œuvres d'art contemporain apportent un regard sensible sur des interrogations qui demeurent, aujourd'hui encore, d'une étonnante actualité.
Organisée en trois grands chapitres, la visite invite à parcourir plusieurs siècles d'histoire et montre combien les frontières entre science, religion et croyances populaires ont longtemps été plus poreuses qu'on ne l'imagine.
LE THÉÂTRE DE LA SCIENCE
Comment les hommes ont-ils tenté de comprendre la maladie avant les grandes découvertes scientifiques ? Pendant des siècles, médecins, apothicaires et savants cherchent des réponses avec les connaissances dont ils disposent. Entre observations, expérimentations et croyances héritées de l'Antiquité, cette première partie retrace la lente construction de la médecine occidentale jusqu'à l'avènement de la médecine moderne.
L'APOTHICAIRERIE DE L'HÔTEL-DIEU DE SAINT-DENIS
Le parcours s'ouvre autour des exceptionnelles collections de l'ancienne apothicairerie de l'Hôtel-Dieu de Saint-Denis, l'un des ensembles pharmaceutiques les plus remarquables conservés en France. Pots de pharmacie richement décorés, mortiers, balances, flacons et ustensiles témoignent du travail quotidien des apothicaires, qui préparaient eux-mêmes poudres, sirops, onguents ou électuaires à partir des prescriptions des médecins. Ces collections constituent le point de départ idéal pour retracer plusieurs siècles d'histoire des pratiques médicales.
COMPRENDRE LE CORPS MALADE
Pendant près de deux millénaires, la médecine occidentale repose sur la célèbre théorie des quatre humeurs. Le corps humain est alors perçu comme un microcosme, en harmonie avec l'univers, les saisons et les éléments. La santé dépend de l'équilibre entre le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire. Lorsqu'une de ces humeurs domine, la maladie apparaît. Le rôle du médecin consiste alors à rétablir cet équilibre grâce au régime alimentaire, aux plantes médicinales, mais aussi aux purges ou aux saignées.
Une anecdote rappelle d'ailleurs que ces pratiques ont perduré très longtemps. Les saignées, largement utilisées jusqu'à l'époque moderne, furent notamment administrées à Louis XIV à de nombreuses reprises. Une médecine que Molière tournera en dérision dans Le Malade imaginaire, en caricaturant les traitements alors les plus courants.
EXPLORER L'INFINIMENT PETIT
À partir de la Renaissance, l'observation du corps humain progresse considérablement. Les dissections, les planches anatomiques et les premiers modèles médicaux permettent de mieux comprendre l'organisation du corps. L'exposition présente plusieurs mannequins anatomiques, instruments scientifiques et objets de laboratoire qui illustrent cette révolution des connaissances.
Mais le véritable bouleversement intervient au XIXᵉ siècle avec la découverte de l'infiniment petit. Grâce aux progrès du microscope, les chercheurs mettent en évidence l'existence des micro-organismes, ouvrant un champ d'exploration totalement inédit. Les recherches de Louis Pasteur sur les microbes et les maladies infectieuses marquent une étape décisive : la maladie n'est plus seulement interprétée comme un déséquilibre du corps, mais peut désormais être expliquée par des causes biologiques observables. Cette révolution scientifique ouvre la voie à la médecine moderne, à l'asepsie, à la vaccination et à une nouvelle compréhension du vivant. Les vitrines réunissant microscopes, instruments de laboratoire, modèles anatomiques et matériel scientifique illustrent concrètement cette formidable révolution des connaissances.
LES PLANTES, PREMIÈRES ALLIÉES DES MÉDECINS
Bien avant les médicaments de synthèse, les plantes constituent la principale pharmacie de l'humanité. L'exposition rappelle que l'Europe médiévale puise largement dans les savoirs hérités de l'Antiquité, mais aussi dans ceux du monde arabe, avant que ces connaissances ne circulent jusqu'en Asie et ne s'enrichissent mutuellement.
Parmi les ouvrages présentés figure le Bencao Gangmu, monument de la pharmacopée chinoise rédigé au XVIᵉ siècle par Li Shizhen, qui recense près de deux mille substances naturelles utilisées à des fins thérapeutiques. Un témoignage fascinant de la richesse des médecines traditionnelles.
REMÈDES MIRACLES ET PREMIERS ARGUMENTS PUBLICITAIRES
Cette première partie montre enfin que les promesses de guérison ne datent pas d'aujourd'hui. Certains remèdes acquièrent une réputation extraordinaire, comme la célèbre poudre de corne de licorne, que Madame de Sévigné recommande à sa fille en 1676 en la présentant comme « un véritable remède pour toutes sortes de maux ».
L'exposition évoque également les remèdes secrets, parmi lesquels l'eau de Bézoard de la veuve Perrin, vendue au XIXᵉ siècle comme une panacée malgré l'absence de reconnaissance officielle. Enfin, les vitrines consacrées aux « médicaments bons à manger » rappellent que l'industrie pharmaceutique développe très tôt une communication efficace autour de ses produits. Les célèbres Pilules Pink, le phospho-cacao ou d'autres spécialités illustrent déjà les débuts du marketing de la santé.
En quelques salles, cette première partie montre combien notre compréhension de la maladie s'est profondément transformée au fil des siècles. D'une médecine fondée sur l'équilibre des humeurs aux découvertes de Pasteur, elle rappelle que les progrès scientifiques se sont construits lentement, sans faire totalement disparaître les croyances et les remèdes populaires. Une transition idéale avant d'aborder la place de la religion et de la spiritualité dans les pratiques de guérison.
GUÉRIR PAR LA GRÂCE DIVINE
Si les progrès de la médecine permettent peu à peu de mieux comprendre le fonctionnement du corps humain, ils ne font pas disparaître les interrogations face à la maladie. Pendant des siècles, celle-ci est aussi perçue comme une épreuve spirituelle, une punition divine ou l'œuvre de forces invisibles. Face à l'incertitude, les hommes cherchent alors secours auprès de Dieu, des saints, des reliques ou de pratiques populaires, dans l'espoir d'obtenir une guérison que la médecine ne peut garantir.
QUAND LA FOI DEVIENT UN REMÈDE
Dans la tradition chrétienne, le soin du corps est longtemps indissociable du soin de l'âme. Les malades prient, accomplissent des pèlerinages ou sollicitent l'intercession des saints, chacun étant invoqué pour une affection particulière. Saint Roch protège de la peste, saint Blaise est prié pour les maux de gorge, tandis que sainte Apolline est devenue la patronne des personnes souffrant des dents. L'exposition rappelle ainsi combien la guérison relève autant de la médecine que de la foi, les deux approches coexistant durant des siècles.
Reliques, statues, images pieuses et objets de dévotion occupent alors une place essentielle dans le quotidien des fidèles. L'exposition présente également de nombreux ex-voto, ces objets offerts en remerciement d'une guérison ou pour solliciter une protection divine. Certains reproduisent avec précision un bras, une jambe, un cœur ou un œil, matérialisant la partie du corps confiée à l'intercession d'un saint.
Le parcours évoque également les grands lieux de pèlerinage, comme Lourdes, qui accueillent encore aujourd'hui des millions de visiteurs venus chercher un soulagement, une guérison ou un réconfort spirituel. Un rappel que ces pratiques demeurent bien vivantes, même à l'époque contemporaine.
EXORCISER LE MAL
Lorsque la maladie échappe à toute explication, elle peut aussi être interprétée comme la manifestation d'une force maléfique ou d'une possession. Dans de nombreuses traditions, la guérison ne consiste alors plus seulement à soigner le corps, mais à délivrer la personne du mal qui l'habite. Prières, bénédictions, gestes symboliques ou véritables cérémonies d'exorcisme deviennent autant de moyens de retrouver la santé.
Parmi les exemples les plus étonnants présentés dans l'exposition figure celui du tarentisme, très répandu dans le sud de l'Italie entre le Moyen Âge et le XVIIIᵉ siècle. Selon cette croyance, la morsure d'une tarentule plongeait la victime dans un état de profonde agitation. Pour la délivrer, musiciens et proches l'invitaient à danser frénétiquement, parfois pendant des heures, jusqu'à l'épuisement. C'est de ce rituel qu'est née la célèbre tarentelle, aujourd'hui devenue une danse traditionnelle italienne.
À travers cet exemple aussi surprenant que fascinant, l'exposition rappelle que la musique, le mouvement et les rituels pouvaient eux aussi être considérés comme des moyens de guérison. Une manière de montrer combien les frontières entre médecine, religion et croyances populaires demeurèrent longtemps particulièrement perméables.
UNE NOUVELLE FORME DE « PENSÉE MAGIQUE » ?
Le parcours nous mène sous la coupole de l'ancienne chapelle du Carmel, dans un espace qui invite à prolonger la réflexion. Si les progrès de la médecine ont permis des avancées considérables, ils n'ont peut-être pas totalement fait disparaître le besoin de croire.
L'exposition interroge ainsi la place qu'occupe aujourd'hui l'industrie pharmaceutique dans nos sociétés. Forte de ses succès scientifiques et thérapeutiques, elle suscite parfois une confiance presque absolue, nourrissant l'espoir que chaque maladie puisse un jour trouver son traitement. Sans remettre en cause les immenses progrès de la médecine moderne, cette installation questionne notre rapport au soin et à la promesse de guérison.
Cette conclusion, présentée dans le cadre solennel de l'ancienne chapelle, fait écho à l'ensemble du parcours. Des reliques aux médicaments, des saints guérisseurs aux laboratoires, des amulettes aux innovations pharmaceutiques, l'exposition montre que les formes de la croyance évoluent au fil des siècles, sans jamais faire disparaître le besoin profondément humain de donner du sens à la maladie et d'espérer la guérison.
Une manière particulièrement intelligente d'élever la réflexion que porte cette exposition, qui ne cherche jamais à opposer science et croyances, mais invite au contraire chacun à réfléchir à la façon dont elles continuent, aujourd'hui encore, de cohabiter dans notre rapport à la santé.
METTRE TOUTES LES CHANCES DE SON CÔTÉ
Si les progrès de la médecine ont profondément transformé notre rapport à la maladie, ils n'ont pas fait disparaître le besoin de chercher d'autres formes de soin ou d'accompagnement. Cette dernière partie de l'exposition montre qu'aujourd'hui encore, beaucoup associent médecine conventionnelle, médecines complémentaires, traditions culturelles ou croyances spirituelles dans l'espoir d'améliorer leur santé. Une manière, finalement, de «mettre toutes les chances de leur côté».
UNE PLURALITÉ DE CHEMINS VERS LA GUÉRISON
À partir du XIXᵉ siècle, de nouvelles approches thérapeutiques se développent en parallèle de la médecine académique. Certaines rencontrent un succès durable, d'autres suscitent encore aujourd'hui de vifs débats, mais toutes témoignent d'une même volonté : proposer une autre manière de comprendre ou de soulager la maladie.
L'exposition évoque ainsi les travaux de Franz Anton Mesmer, qui élabore au XVIIIᵉ siècle la théorie du «magnétisme animal», selon laquelle un fluide invisible parcourrait le corps humain. Si cette théorie est rapidement contestée par les milieux scientifiques, elle ouvre néanmoins la voie à l'hypnose moderne, réhabilitée à la fin du XIXᵉ siècle par Jean-Martin Charcot à l'hôpital de la Salpêtrière.
Le parcours revient également sur la naissance de l'homéopathie avec Samuel Hahnemann, sur l'essor du thermalisme au XIXᵉ siècle ou encore sur les débuts de l'électrothérapie, dont les applications connaissent un véritable engouement avant d'être progressivement encadrées. Autant d'exemples qui illustrent la diversité des itinéraires thérapeutiques empruntés au fil du temps.
Aujourd'hui encore, ces approches continuent de séduire de nombreux patients, souvent en complément de la médecine conventionnelle, dans une recherche de soins plus personnalisés et d'une prise en charge globale de la personne.
QUAND MÉDECINE ET TRADITIONS SE RENCONTRENT
L'exposition rappelle également que notre manière de soigner dépend largement de notre culture. Dans de nombreuses sociétés, les pratiques thérapeutiques associent étroitement connaissances médicales, pharmacopées traditionnelles, croyances religieuses et recours au monde invisible.
À travers plusieurs exemples venus d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud, le parcours montre que guérisseurs, devins ou tradipraticiens occupent encore une place importante dans certaines communautés. Dépositaires de savoirs transmis de génération en génération, ils mobilisent aussi bien les plantes médicinales que les rituels, les prières ou les objets protecteurs pour accompagner les malades.
Parmi les objets présentés figurent notamment les nkisi de l'ancien royaume Kongo. Investis d'une force spirituelle par le nganga, à la fois prêtre et guérisseur, ils sont censés permettre d'identifier les causes invisibles des maladies et de neutraliser les forces néfastes. L'exposition présente également des rouleaux prophylactiques éthiopiens, mêlant prières, images et astrologie, ou encore des objets médico-magiques de Guyane française, où une prescription médicale peut être associée à une tisane traditionnelle, un bain de plantes protectrices ou une prière destinée à «enlever le mal». Ces exemples rappellent que, dans de nombreuses cultures, médecine et spiritualité demeurent intimement liées.
LES MOTS QUI SOIGNENT
Cette diversité thérapeutique passe aussi par la transmission des savoirs. Depuis des siècles, les guérisseurs s'appuient sur des ouvrages consacrés aux plantes médicinales et aux pharmacopées traditionnelles, tandis que les médecins eux-mêmes publient progressivement des livres de vulgarisation destinés à diffuser les connaissances médicales auprès du plus grand nombre. L'exposition rappelle ainsi que les livres participent eux aussi à l'histoire de la guérison.
Mais les mots peuvent également revêtir une dimension symbolique ou spirituelle. Prières, invocations, formules protectrices ou écrits magiques accompagnent depuis longtemps les pratiques de soin dans de nombreuses traditions. Les rouleaux thérapeutiques d'Éthiopie, les recettes protectrices ou les recherches photographiques de Btihal Remli consacrées aux djinns au Maroc montrent combien médecine, botanique, croyances et rituels continuent parfois de coexister dans les pratiques populaires contemporaines.
En refermant le parcours, « Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal » laisse une impression durable. Loin d'opposer systématiquement science et croyances, l'exposition montre qu'au fil des siècles, les sociétés ont souvent cherché à conjuguer plusieurs formes de savoirs pour répondre à une même préoccupation : comprendre la maladie, soulager la souffrance et espérer la guérison.
Mais cette réflexion prend une résonance toute particulière dans le lieu qui l'accueille. Car ces questions sur la maladie, la foi et le soin trouvent un écho naturel dans l'histoire de l'ancien Carmel de Saint-Denis. Avant de quitter le musée, il faut donc prendre le temps de découvrir ce remarquable monument, dont près de quatre siècles d'histoire constituent, à eux seuls, une autre fascinante visite.
UN ANCIEN CARMEL DEVENU MUSÉE : PRÈS DE QUATRE SIÈCLES D'HISTOIRE
Avant même d'abriter les collections du musée d'Art et d'Histoire Paul Éluard, ces bâtiments ont connu une histoire particulièrement riche. Fondé au XVIIᵉ siècle pour accueillir une communauté de Carmélites déchaussées, le couvent traverse les grands bouleversements de l'histoire de France avant de devenir, au XXᵉ siècle, l'un des principaux musées de Seine-Saint-Denis. Aujourd'hui encore, la visite de l'exposition est indissociable de celle de ce remarquable ensemble patrimonial, dont cloître, chapelle et bâtiments conventuels conservent la mémoire de plusieurs siècles de vie religieuse.
UN CARMEL FONDÉ AU XVIIᵉ SIÈCLE
L'histoire du Carmel de Saint-Denis débute en 1625, lorsque des religieuses de l'Ordre des Carmélites déchaussées s'installent dans la ville. Né en Espagne au XVIᵉ siècle sous l'impulsion de sainte Thérèse d'Avila et de saint Jean de la Croix, cet ordre prône un retour à une vie religieuse austère, fondée sur la prière, le silence et la pauvreté. Le terme «déchaussées» ne signifie pas que les religieuses marchaient pieds nus, mais qu'elles portaient de simples sandales, symbole du renoncement aux biens matériels.
Rapidement devenue trop exiguë, la première implantation est remplacée par un nouveau monastère construit à partir de 1628, grâce au soutien de plusieurs familles proches de la cour royale de Louis XIII (règne : 1610-1643). Les bâtiments conventuels s'organisent autour d'un cloître, tandis qu'une chapelle est édifiée afin d'accueillir les offices de la communauté.
Aujourd'hui encore, une grande partie de ces espaces historiques est conservée. En parcourant le musée, le visiteur traverse ainsi les anciennes salles du couvent, le cloître ou encore la chapelle, qui servent désormais d'écrin aux collections et aux expositions temporaires.
LOUISE DE FRANCE, UNE PRINCESSE DEVENUE CARMÉLITE
Le destin du Carmel prend une dimension toute particulière en 1770 avec l'arrivée de Louise de France (1737-1787), dernière fille de Louis XV et de Marie Leszczyńska.
Élevée à Versailles, la princesse nourrit depuis longtemps une profonde vocation religieuse. Le 10 octobre 1770, elle entre au Carmel de Saint-Denis sous le nom de Sœur Thérèse de Saint-Augustin.
Son choix surprend la cour. Elle résume elle-même sa démarche par une phrase restée célèbre : «Moi carmélite, et le roi tout à Dieu.» Par cette vocation, elle espère également obtenir le salut de l'âme de son père – aux mœurs trop libertines pour elle - et expier ses péchés, témoignant d'une foi particulièrement profonde.
Son arrivée transforme pourtant aussi le destin matériel du monastère. Grâce à la protection de la famille royale, le Carmel bénéficie d'importants travaux, notamment la reconstruction de sa chapelle confiée à Richard Mique, futur architecte du Hameau de la Reine à Versailles.
Élue prieure à deux reprises, Louise de France dirige la communauté jusqu'à sa mort, en 1787, deux ans seulement avant la Révolution française.
DE LA RÉVOLUTION AU MUSÉE
Comme de nombreux établissements religieux, le Carmel est profondément bouleversé par la Révolution. Les religieuses sont expulsées en 1792, tandis que les bâtiments sont vendus comme biens nationaux. Au fil du XIXᵉ siècle, ils connaissent des usages variés avant d'être progressivement acquis par la Ville de Saint-Denis.
En 1981, après plusieurs campagnes de restauration, les lieux deviennent le musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis. Ils prennent ensuite le nom de musée d'Art et d'Histoire Paul Éluard, en hommage au poète surréaliste, installé à Saint-Denis durant une partie de sa vie.
UN MUSÉE AU CŒUR DE L'HISTOIRE DE SAINT-DENIS
Au-delà de ses expositions temporaires, le musée permet de parcourir près de deux mille ans d'histoire locale grâce à un riche parcours permanent.
Celui-ci débute naturellement par l'histoire du Carmel et de ses bâtiments, avant d'évoquer l'ancien Hôtel-Dieu et sa remarquable apothicairerie, les découvertes archéologiques liées à la basilique et à la ville médiévale, l'essor industriel de Saint-Denis au XIXᵉ siècle ou encore les événements marquants du Siège de Paris et de la Commune.
Le parcours présente également les collections de Francis Jourdain, les œuvres d'Albert André, un important fonds consacré à Paul Éluard, les réserves visibles du musée ainsi qu'un agréable jardin des cinq sens, aménagé dans l'ancien jardin du couvent.
Même sans visiter l'exposition temporaire, le musée mérite largement le détour. À lui seul, il raconte l'histoire de Saint-Denis, de ses habitants et de ses grandes transformations, tout en offrant un cadre patrimonial d'une remarquable authenticité.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'exposition Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal est présentée ici. Ancien lieu de prière, de recueillement et de vie religieuse, le Carmel constitue un écrin particulièrement évocateur pour explorer les liens que les sociétés ont entretenus, au fil des siècles, entre foi, maladie et guérison. Avant de quitter les lieux, il est donc indispensable de s'intéresser à leur propre histoire, presque aussi fascinante que celle racontée par l'exposition.
MON AVIS
Je ne m'attendais pas à découvrir une exposition aussi riche et aussi dense. À travers près de 300 œuvres et objets, documents anciens, pièces issues des collections du musée, créations contemporaines et œuvres venues du monde entier, Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal propose une réflexion passionnante sur notre rapport à la maladie, à la guérison et aux croyances.
Loin de se limiter à une simple histoire de la médecine, elle multiplie les regards et les approches, faisant dialoguer sciences, religions, traditions populaires, anthropologie et art contemporain. Malgré la diversité des sujets abordés, le parcours reste cohérent et invite le visiteur à s'interroger sur des questions finalement très actuelles.
J'ai également beaucoup apprécié la mise en scène, qui tire pleinement parti de l'architecture de l'ancien Carmel. Ce lieu chargé d'histoire constitue un écrin particulièrement inspirant pour une exposition consacrée aux liens entre foi, soin et guérison.
Cette visite m'a surtout donné envie de revenir. Si l'exposition temporaire mérite à elle seule le déplacement, je n'ai fait qu'entrevoir les richesses du parcours permanent du musée, que j'ai désormais hâte de découvrir plus en profondeur.
Une très belle découverte, à deux pas de Paris, qui prouve une fois de plus qu'il suffit parfois de franchir le périphérique pour partir à la rencontre d'un patrimoine remarquable et d'un musée aussi original que passionnant.
INFORMATIONS PRATIQUES
Quoi ? « Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal »
Où ? Musée d'Art et d'Histoire Paul Éluard
22 bis, rue Gabriel-Péri - 93200 Saint-Denis
Accès
Métro : ligne 13, station Saint-Denis – Porte de Paris (environ 3 minutes à pied).
Tramway : T8, arrêt Saint-Denis – Porte de Paris.
Quand ? Du 27 mai au 15 novembre 2026.
Mardi au vendredi : 10 h – 17 h 30
Samedi : 11 h – 18 h 30
Dimanche : 14 h – 18 h 30
Fermé le lundi et les jours fériés.
Nocturne le dernier jeudi de chaque mois jusqu'à 20 h.
Combien ?
Plein tarif : 5 €
Tarif réduit : 3 €
Gratuit pour les moins de 26 ans et plusieurs catégories de visiteurs (étudiants, demandeurs d'emploi, personnes en situation de handicap, etc.).
Plus d'informations sur le site du Musée d'Art et d'Histoire Paul Eluard de Saint-Denis.
































































































































































































































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