EXPOSITION : ROBERT DOISNEAU. INSTANTS DONNÉS… ET SUSPENDUS AU MUSÉE MAILLOL
- Igor Robinet-Slansky

- 15 mai 2025
- 5 min de lecture

On connaît ses amoureux de l’Hôtel de Ville, ses écoliers blagueurs et ses ouvriers saisis à la pause déjeuner… mais cela faisait longtemps que Paris ne lui avait pas rendu hommage : poète de l’instant et humaniste de l’image, Robert Doisneau (1912-1994) fait aujourd’hui l’objet d’une rétrospective sensible et lumineuse au musée Maillol à travers l’exposition Robert Doisneau. Instants donnés, jusqu’au 15 septembre 2025.
Une plongée dans les coulisses d’un regard libre, qui a su capter la tendresse comme la gravité du Paris populaire d’après-guerre et de sa banlieue ; mais aussi dans les amitiés artistiques du photographe, les archives du publicitaire moins connu, ou encore ses années mode pour Vogue.
Le vélo du printemps, 1948 Exposition Robert Doisneau - Musée Maillol Devant "un envol dans la zone", 1944 Brigitte Bardot mode jeune fille de Jacques Fath, 1950, Vogue Publicité automobile années 1950-60 1er vote des femmes 29 avril 1945
Conçue en étroite collaboration avec l’Atelier Robert Doisneau, l’exposition dévoile plus de 350 tirages originaux sélectionnés parmi les 450 000 existants, et issus des collections conservées par ses filles, Annette Doisneau et Francine Deroudille. Un parcours riche, émouvant, ponctué d’archives inédites, qui nous invite à rencontrer l’homme derrière l’objectif.
ROBERT DOISNEAU : UN REGARD PROFONDÉMENT HUMAIN
Né en 1912 à Gentilly, Robert Doisneau entre dans la légende comme l’un des grands photographes humanistes du 20e siècle. Il appartient à cette génération qui, comme Willy Ronis ou Édouard Boubat, a fait de la rue un théâtre d’humanité. Loin du sensationnel ou de l’actualité brûlante, Doisneau cherche ce qu’il appelait des « instants donnés »: des instants suspendus, des scènes fugaces, souvent banales, mais révélatrices d’une vérité plus profonde. Ses clichés racontent le Paris d’après-guerre, les petits métiers, les bistrots de banlieue, la jeunesse exaltée, les écoliers farceurs, mais aussi la créativité d’un Paris « capitale de la mode », ou encore ses rencontres avec Picasso, Prévert, Braque ou Giacometti.
Robert Doisneau en prise de vue, septembre 1960
EXPOSITION ROBERT DOISNEAU: UN PARCOURS THÉMATIQUE RICHE ET INÉDIT
L’exposition se déploie sur deux niveaux. Dès l’entrée, on est accueilli par un grand portrait de Doisneau, appareil en main – appareil qui est également exposé -, et par une citation qui donne le ton : « Ce que j’essayais de montrer, c’était un monde où je me serais senti bien, où les gens seraient gentils… » Tout est dit. L'exposition s'articule autour de dix sections thématiques, offrant un panorama complet de l'œuvre mais aussi de la personnalité du photographe.
Exposition Robert Doisneau - Musée Maillol appareil photo de Robert Doisneau - Musée Maillol
1. ENFANCE
Doisneau a souvent photographié les enfants, capturant leur espièglerie et leur innocence. On se surprend à sourire, nous aussi, amusés par ses clichés - que vous reconnaîtrez sûrement, pour certains – qui révèlent une tendresse particulière pour ces moments de jeu et de liberté, témoins d'une époque révolue.
Les jardins du Champs de Mars, 1944 La sonnette, 1934 En rang, Gentilly, 1935 La Libellule, école de la rue de Verneuil, 25 mai 1956 La voiture fondue, Paris, 1944 L'Heure du conte, Paris, mai 1956 Le clos la Garenne, Fresnes, 1960 L'enfant papillon, Saint-Denis, 1945 Les coeurs à la craie, Ménilmontant, 1968 Le pigeon discret, Gentilly, 1964 Les Frères, rue du Docteur Lecène, Paris, 1934
2. ATELIERS D'ARTISTES
Ici, le photographe pénètre l'intimité des ateliers de grands artistes du 20e siècle : Picasso, Giacometti, Buffet, Utrillo ou encore Hockney et Niki de Saint-Phalle. Ses images dévoilent la complicité entre Doisneau et ces créateurs, offrant un regard unique, parfois empreint d’humour, sur leur processus artistique.
Fernand Léger dans ses oeuvres, Gif sur Yvette, juillet 1954 Marcel Duchamp et Jacques Villon, octobre 1950 Picasso à Mougins Les Pains de Picasso, 1952 Bernard Buffet, novembre 1953 Giacometti dans son atelier, déc. 1957 David Hockney et Henry Geldzahler, 1975 Vasarely, 1964 Jean Dubuffet, 1951 Niki de Saint-Phalle, 1971 Sempé, 1963
3. TIRAGES, COLLAGES ET BRICOLAGES
Dans les années 1960, face à la généralisation de la photographie couleur et aux nouvelles techniques, Robert Doisneau décide d’expérimenter de nouveaux procédés pour renouveler son art et innover. C’est ce que l’on découvre ici : montages, collages, « bricolages photographiques », comme ils les nomment… il va jusqu’à trafiquer ses appareils photos pour obtenir des clichés déformés, et propose un univers original qui, comme souvent, n’est pas dénué d’humour.
Les Cadres, 1958 Distorsion optique, 1965 Montage-collage: façades d'immeubles parisiens, 1973 Les seins de glace, 1968
4. PUBLICITÉ ET PUBLICATIONS
On explore ici un aspect moins connu de la photographie de Doisneau : la production publicitaire qui témoigne de sa capacité à conjuguer créativité et contraintes commerciales, tout en conservant son style inimitable. On découvre aussi plusieurs commandes pour des publications : couvertures de livres, photographies de magazines… mais aussi une belle collection de documents personnels.
Couverture de livres Michèle Morgan en couverture de Point de Vue Pub Groupe Astra Pub automobile années 1950-60 Pub Orangina Pub Renault années 1930 Documents personnels maquette du livre pour enfant sur la transhumance jamais publié, 1959 Maquette du livre pour enfant sur la transhumance non publié, 1959
5. LES ANNÉES VOGUE
Durant sa collaboration avec le magazine Vogue, Doisneau explorera l'univers de la mode et les mondanités parisiennes, apportant son regard singulier et poétique sur des sujets souvent perçus comme superficiels.
Vogue, juin 1951 Cours d'adage à l'opéra de Paris, Claude Bessy au 1er plan, 1950 atelier de plumes chez Février rue du Mail, 1954 Mademoiselle d'Origny devient vicomtesse d'Harcourt, 1952 La comtesse de Bourbon Busset en robe Lanvin Castillo, 1957 Bal Besteigui, Venise, 1951 Picasso revisite Vogue, 20 septembre 1952 Drapé de Grès, Paris, 1955 Le Vélo de Tati, Paris 1949
6. ÉCRIVAINS
Doisneau a également immortalisé des figures majeures de la littérature française, comme Jacques Prévert, avec qui il partageait une profonde amitié, ou encore Simone de Beauvoir, Marguerite Yourcenar, Colette, André Malraux et Françoise Sagan. A travers l’œil du photographe, ces portraits révèlent la dimension humaine de ces écrivaines et écrivains, loin des clichés officiels.
Sacha Guitry, 1943 Simone de Beauvoir aux Deux Magots, 1944 Marguerite Duras, 1955 André Malraux répète la Condition Humaine, 1954 Colette aux sulfures, Paris, 1950 Françoise Sagan, Paris, 15 mai 1955
7. BISTROTS
Les cafés et bistrots, lieux de convivialité et de rencontres, occupent une place centrale dans l'œuvre de Doisneau. Ses clichés saisissent l'ambiance chaleureuse et les interactions humaines propres à ces établissements. On s’y croirait, et en même temps, on a parfois envie d’y être dans ces bars ou restaurants populaires, et de se mêler aux jeux et conversations.
Chez Fraysse, avec Maximilien Vox, Paris, 1954 Monsieur Gabrillargues, rue Coulmiers, Paris, 1971 Jeux de société rue Lacépède 2, Paris, 1954 Le Lapin du Bougnat, Paris, 1971 Les Coiffeuses au soleil, Paris, 1966 Au diable vert, "Café Curieux", rue saint-Merri, 1953
8. GRAVITÉ
Cette section aborde les aspects plus sombres de la société, mettant en lumière la dureté de la vie quotidienne, la pauvreté et l'exclusion. Doisneau y adopte un regard lucide, sans jamais sombrer dans le misérabilisme.
On y découvre les gens des rues, les travailleurs des mines, les ouvriers de chez Renault – où Doisneau travaillera comme photographe de 1934 à 1939 -, mais aussi les mouvements sociaux : les manifestations du 1er mai, les événements de mai 1968, ou le premier vote des femmes en 1945.
Maurice Duval, aquarelliste et chiffonnier, Paris 1948 La roulotte amarrée, Villejuif, 1946 Le couple de la Rapée, 1951 Le baron William et son laquais, Paris, 1955 Les glaneurs des Halles, Paris 1967 Monsieur et Madame Cosseroy chez eux, Saint-Denis, 1986 Les glaneurs de charbon, canal Saint-Denis, 1945 les égoutiers de Paris, 1955 Ouvrière à l'orfèvrerie Christofle, 1943 Les mains de la sidérurgie, vallée de la Fensch, 1973 Meeting à Anderny, 22 avril 1966 La Bastille, 1er mai 1949 Les presses de Renault, Boulogne-Billancourt, 1936 cantine installée pour le service, Renault, 1950 Pistoleuse, Renault, 1945
9. BANLIEUES
De 1943 à 1984, Doisneau documentera l'évolution des banlieues parisiennes, capturant les transformations urbaines et sociales de ces territoires en marge de la capitale, qui connaîtront un développement fulgurant et des évolutions impressionnantes dans les années 1950-1980.
Mission DATAR 1984, Gennevilliers Mission DATAR 1984, Palaiseau Au Bon Coin, Saint-Denis, 1945 Entrée de la zone, Gentilly, 1945 Mission DATAR 1984, Cité Champagne, Argenteuil Mission DATAR 1984, Montreuil-sous-Bois Mission DATAR 1984, Saint-Denis depuis al Tour Pleyel, juin 1984 Carrefour de la Vache Noire, Montrouge, 1946
10. RENCONTRES
« Photographier, c’est arrêter un moment qui m’enchante », dira Doisneau. Dans cette section, on est confrontés à une diversité de personnages, toutes et tous rencontrés par le photographe au gré de ses déambulations, notamment parisiennes.
La concierge aux lunettes, Paris, 1945 Jardin des Tuileries 2, 1951 Jardin des Tuileries 1, 1951 L'Enfer, Paris, 1952 Bibliothèque nationale, 16 oct. 1968 Le lapin de Monsieur Barabé, Montrouge, 1945 Boulevard Saint-Michel, mai 1968
La visite se termine d’ailleurs par son cliché le plus célèbre : « Le Baiser de l’Hôtel de Ville » réalisé en 1950. Mais ici, la rencontre est provoquée : il ne s’agit pas d’un couple pris au hasard, mais de comédiens. Pourquoi ? La photographie fait en réalité partie d’une commande pour le magazine américain LIFE. Pour des questions de droits à l’image, Doisneau ne pouvait capturer le baiser volé de deux inconnus.
Devant le "Baiser de l'Hôtel de Ville", 1950 Le Baiser de l'Hôtel de Ville, 1950
EXPOSITION ROBERT DOISNEAU : UN RENDEZ-VOUS À NE PAS MANQUER
Loin du simple hommage nostalgique, Instants donnés redonne toute sa place à la modernité et à la liberté de Robert Doisneau. Son art du cadrage, son sens du récit en une image, sa manière de suspendre le temps continuent de parler à notre époque. Et l’on ressort de l’exposition avec le sentiment d’avoir partagé une part de sa vision du monde, un monde dont il savait capturer la beauté et la poésie mieux que quiconque.
INFORMATIONS PRATIQUES
Quoi ? « Robert Doisneau, Instants donnés »
Où ? Musée Maillol
59-61 rue de Grenelle - 75007, Paris
Quand ? tous les jours de 10h30 à 18h30
Nocturne le mercredi jusqu’à 22h.
Combien ? 16,50€ / Jeune (6 – 25 ans) : 12,50€
Enfant (< 6 ans) : gratuit
Tarif réduit : 12,50€
Toutes les informations et réservations sur le site du Musée Maillol.




À travers une sélection de photographies emblématiques et de clichés plus confidentiels, l'exposition met en lumière le regard unique d'un Space Waves artiste qui a su immortaliser les petits instants de la vie avec une sensibilité intemporelle.
A beautiful tribute to Robert Doisneau’s talent for capturing everyday life. His photographs are full of emotion and timeless charm. Exploring this exhibition feels a bit like playing agario—discovering countless small stories that come together to create something much bigger and memorable.