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LE HAMEAU DE LA REINE A VERSAILLES

Dernière mise à jour : 11 avr. 2023


Une fois n’est pas coutume, je vous partage aujourd’hui une de mes nombreuses visites à Versailles, un de mes lieux historiques favoris. De Versailles, vous connaissez bien sûr le château, voulu par Louis XIV pour éloigner la cour de Paris -et mieux la contrôler, notamment grâce à l'Etiquette, cet un ensemble strict de règles qu’il impose à Versailles autour de sa personne. Symbole de la puissance de la France au 17ème et 18ème siècle, le château de Versailles est une véritable vitrine des meilleurs savoir-faire du pays, de la culture et des arts français.


Pour rappel, la construction du palais commence en 1661, sur les bases du relais de chasse de Louis XIII, le père Louis XIV, avant d’accueillir la cour dès 1668, puis, les successeurs du Roi Soleil jusqu’à la Révolution de 1789 : Louis XV, Louis XVI et Marie-Antoinette.

Je vous invite donc fortement à le visiter, si ce n’est déjà fait, et même à y retourner car chaque visite offre son lot de surprises.

Mais vous auriez tort de vous en contenter. Le domaine de Versailles s’explore au-delà du château avec :

  • Les jardins à la françaises et les 14 bosquets imaginés par André Le Nôtre.

  • Le Grand Trianon, ce Palais de marbre à l’italienne, lieu de vie plus intime et familial de Louis XIV.

  • Le Petit Trianon, ce petit palais situé au cœur du domaine de Versailles est construit entre 1763 à 1768 par l’architecte Gabriel. Louis XV le fait bâtir à la demande de sa favorite et confidente, Madame de Pompadour, qui n'en profitera malheureusement pas (elle décède en 1764). Le Petit Trianon est ensuite occupé par la dernière maîtresse de Louis XV, la Comtesse du Barry, avant d’être offert à Marie-Antoinette en 1774, qui put y mener une vie loin de l’étiquette, entourée de ses proches ami.e.s.

  • Le Hameau de la Reine, ce village artificiel inspiré des villages normands du 18ème siècle, où Marie-Antoinette aimait venir pour s’éloigner des contraintes de la vie de cour.

C’est ce dernier lieu, le Hameau de la Reine, que je souhaite vous faire découvrir aujourd’hui.

Il y a quelques jours, j’ai pu le visiter de façon plus privée avec une guide. Bien sûr, le domaine du hameau est ouvert à tous et on peut s’y promener librement tout au long de l’année. Mais en souscrivant à la visite guidée, vous pourrez explorer les bâtiments qui le composent et découvrir des espaces habituellement fermés au public.

Point Pratique : Vous le savez certainement, en plus de la visite plus traditionnelle du château et du domaine de Versailles, vous pouvez vous inscrire à tout un panel de visites guidées, plus privées. Prévue pour un groupe de 20 personnes maximum, chacune de ces visites vous propose un parcours thématique afin de découvrir plus en détails la vie de Versailles et ses coulisses. N’hésitez pas à vous inscrire à l’une ou plusieurs de ces visites lors de votre prochain passage à Versailles. Pour ce faire, il vous suffit de vous rendre sur la billetterie en ligne du Château (cf. informations pratiques en fin d'article).


Marie-Antoinette à Versailles : Le Hameau de la Reine

Un peu d’histoire

Avant de commencer la visite, j’aimerais vous faire un point sur l’histoire du Hameau de la Reine et vous en rappeler les principales caractéristiques.

C’est en 1783 que Marie-Antoinette commande son hameau, à quelques minutes de marche du Petit Trianon où elle aime séjourner loin de la cour, sans protocole, et entourée de ses ami.e.s.

Ce village qui comprend à l’époque une douzaine de bâtiments et maisonnettes au toit de chaume est inspiré des fermes normandes du 18ème siècle. Cette inspiration est insufflée par le peintre Hubert Robert, mais aussi certainement par le souvenir de Marie-Antoinette elle-même. En effet, en arrivant d’Autriche pour épouser le Dauphin de France, elle traverse des villages aux inspirations normandes qui la marquent et alimentent son imaginaire. La reine fait appel à son architecte favori, Richard Mique, qui achève le domaine en 1786.

L’idée de prôner un retour à la nature et d’aménager des espaces rustiques est courant en cette fin de 18ème siècle. Marie-Antoinette a vu de tels bâtiments inspirés de la vie de campagne chez ses beaux-frères notamment. C’est aussi une adepte de Jean-Jacques Rousseau, qui loue ce retour à la nature, et le hameau a été en partie imaginé pour éduquer les enfants royaux. C’est un peu une ferme pédagogique et écologique avant l’heure.

Le Hameau de la Reine se compose donc d’une douzaine de maisons qui gravitent autour d’un lac artificiel dédié à la pêche. Pour la petite histoire, lors de la mise en eau de ce lac, on y introduisit des milliers de carpes et des centaines de brochets afin de garantir une production suffisante de poissons à consommer.

Car le hameau est une véritable exploitation agricole, qui alimente en partie le château. On y trouve une ferme exploitée par des fermiers de Touraine, avec des champs, un potager, des élevages de porcs, de moutons, de poules, de vaches… on y trouve également une laiterie de préparation et une laiterie de propreté, une grange, un moulin, un colombier, ou encore une pêcherie située au bord du lac et surmontée d’une tour dite « Tour de Malborough », en référence à la célèbre chanson populaire que chantait la nourrice du Dauphin. Une tour d’où l’on dominait le Hameau et où l’on pouvait voir jusqu’au château lui-même.

L’apparence rustique de tous les bâtiments donne à cet ensemble un réalisme remarquable.

Et pourtant, au-delà des constructions plus fonctionnelles que je viens de citer, l’ensemble du Hameau est conçu comme un château « éclaté », avec des bâtiments qui, s’ils sont simples dans leur aspect extérieur, n’en sont pas moins richement meublés et décorés : la Maison de la Reine, lieu central du Hameau, avec sa salle à manger, sa salle de bal, sa salle de billard, et une chambre ; une maisonnette qui sert de boudoir ; une autre qui sert de réchauffoir pour permettre aux cuisiniers de la Reine de proposer les mets les plus exquis ; une maison de garde…

Il ne maque ici qu’une chapelle, mais la perspective aménagée par Richard Mique permet d’apercevoir le clocher du Village voisin de Saint-Antoine.

A la Révolution, le Hameau sera abandonné et en partie détruit. C’est Napoléon 1er qui en lance la première restauration en 1810. En effet, après son divorce d’avec Joséphine, et au moment de son remariage avec l’Impératrice Marie-Louise –qui n’est autre que la nièce de Marie-Antoinette-, il choisit d’offrir à sa jeune épouse le hameau de la Reine. Si certains bâtiments comme la laiterie de préparation ou la grange qui servait de salle de bal n’ont pu être rénovés et ont été détruits, Napoléon réussit à donner une seconde vie à ce village si cher à Marie-Antoinette. Malheureusement, Marie-Louise y sera bien moins attachée et ne s’y rendra que très peu de fois.

Maintenant que vous en savez plus sur l’histoire du Hameau de la Reine, je vous invite à me suivre dans la visite de ses principaux espaces.

Point anecdote ! Savez-vous que Walt Disney était venu visiter le Hameau de la Reine ? on raconte que c’est ici qu’il aurait trouvé l’inspiration pour la maison au toit de chaume des sept nains qui accueillent Blanche-neige.

La visite guidée

Le point de rendez-vous de la visite se fait devant le Petit Trianon et nous en traversons les jardins anglo-chinois du domaine avec notre guide pour rejoindre le Hameau de la Reine.


Qu’est-ce qu’un jardin anglo-chinois ? par opposition au jardin à la française, très construit, très régulier et symétrique, le jardin à l’anglaise donne l’impression que la nature reprend ses droits, que la maîtrise n’est plus la règle. Bien entendu, tout est calculé, et les arbres et végétaux sont plantés de telle manière à apporter une sensation de liberté tout en proposant des jeux de couleurs et de textures dignes des plus belles peintures.

Point anecdote ! saviez-vous que dans les jardins anglais, et notamment autour du Petit Trianon, les arbres étaient choisis pour leur couleur et pour leur période de floraison ou d’effeuillage ? ainsi, les tonalités du jardin s’échelonnaient du vert plus clair en avant, jusqu’au plus foncé à l’arrière. Une véritable construction picturale.

Ici, nous parlons de jardin anglo-chinois car il est agrémenté de petites constructions qui ponctuent la promenade des visiteurs. On y trouve par exemple le Temple de l’Amour, ce kiosque romantique avant l’heure, conçu par Richard Mique pour Marie-Antoinette.


Point anecdote ! avant d’être transformés en jardin anglo-chinois, les abords du Petit Trianon étaient aménagés de serres qui permettaient de produire toute sorte de fruits et plantes exotiques, comme des ananas que l’on servait à la table du Roi sous Louis XV. Marie-Antoinette a fait déplacer les serres au jardin des plantes, à Paris, ce qui n’a pas été du goût de Jussieu, le botaniste du Roi.

Reprenons la visite.

Nous voilà maintenant aux portes du Hameau de la Reine. Personnellement, je suis venu plusieurs fois mais c’était ma première en automne. C’est magnifique. Les couleurs des arbres, l’ensemble du paysage qui se mue, les odeurs de mousse et d’humus… bref, je recommande !

Nous allons visiter 4 bâtiments ou maisonnettes : le réchauffoir, la Maison de la reine, la salle de billard, et la laiterie de propreté.

J’avoue être assez excité à l’idée de découvrir ces pièces peu visitées. J’ai un peu l’impression d’être un des invités privilégiés de Marie-Antoinette et de faire partie de son cercle proche qu’elle recevait ici en toute intimité.

Et je dois dire que la rénovation récente, il y a un peu plus de deux ans je crois, réalisée grâce au mécénat de Dior, y est pour beaucoup, car elle permet de retrouver avec fidélité l’atmosphère unique de ces lieux.

Nous commençons donc notre visite par le réchauffoir. Cette pièce servait pour réchauffer les plats qu’on faisait venir des cuisines du Petit Trianon. Mais elle pouvait aussi directement servir à cuisiner. En entrant, on découvre donc une vaste cuisine, avec un four à pain et un potager -le potager est un genre de piano de cuisine qui servait à faire cuire les… potages. J’ai plaisir à y imaginer les plats de poissons fraîchement pêchés dans le lac ou de légumes issus du jardin proche, dont Marie-Antoinette raffolait.

On y trouve également une cheminée sur laquelle est fixée un système très ingénieux pour faire rôtir les viandes : la broche est fixée à un jeu de poulies au bout duquel des poids permettent, selon les réglages choisis, de faire tourner la pièce de viande ou de poisson à une vitesse donnée, pour un temps donné. Pour mieux visualiser l’ensemble, le tout ressemble au fonctionnement des horloges et pendules anciennes, dont la mécanique dépend d’un système de lestes et de poids.


Nous quittons le réchauffoir pour nous rendre à la célèbre Maison de la Reine. J’avais vraiment hâte de cette partie de la visite car à chaque fois que je suis venu au Hameau de la Reine, j’ai été intrigué par ce bâtiment, et déçu de ne pouvoir y pénétrer.

Cet édifice est le plus grand du hameau. Il se compose de deux bâtiments distincts, reliés par une galerie en bois décorée de pots de fleurs en faïence bleue et blanche sur lesquels on retrouve le chiffre de Marie-Antoinette : un M et un A entrelacés.


Nous commençons par le bâtiment de droite, la Maison de la Reine en elle-même. Au rez-de chaussée, nous découvrons la salle à manger.

Avant toute chose, il faut savoir que cette maison a été réhabilitée dans sa configuration la plus récente : celle réalisée par Napoléon pour Marie-Louise. En effet, seulement 4 chaises du mobilier de Marie-Antoinette ont été retrouvées, alors que celui de Marie-Louise était facile à rassembler puisqu’il était réparti entre le mobilier national, le château de Versailles et même le Palais de l’Elysée.


Cela étant dit, seulement 15 années séparent Marie-Antoinette de Marie-Louise. Et là où la peinture des murs, dans les tons de marron clair ou de mastic, est typique du 1er Empire, le mobilier en acajou, lui, est très similaire à ce que Marie-Antoinette aurait pu avoir.


Au sol, le carrelage blanc et noir est d’origine. Les rideaux en coton blanc, typiques également des goûts de Napoléon, entourent des fenêtres dont les voilages évitent les regards indiscrets.

A propos des fenêtres, c’est intéressant de voir que d’extérieurs, ce sont des vitraux à petits carreaux, alors qu’à l’intérieur, les doubles fenêtres sont dignes des grands châteaux royaux. On retrouve toujours cette ambivalence entre le rustique externe et la richesse intérieure.

De la salle à manger, on aperçoit le cabinet de jeux, inaccessible aux visiteurs.

Nous montons ensuite à l’étage et découvrons le grand salon. Je dois avouer que la sensation d’évoluer dans ce lieu d’intimité est très particulière. On se sentirait presque chez soi, prêt à recevoir la Reine ! La couleur dominante de ce salon, c’est le jaune. Aussi bien pour les toiles murales de soie peintes à la main de paysages et de motifs antiques que pour le velours de soie du mobilier au style très 1er Empire. Il faut savoir qu’au 18ème siècle la redécouverte des lieux de Pompéi et Herculanum en Italie a lancé la mode d’un retour à l’Antique ; d’où ces décors si particuliers.

C’est aussi dans ce salon qu’étaient souvent organisés des concerts pour Marie-Antoinette et ses invités.

Point anecdote ! Saviez-vous que cette pièce ne comptait pas d’instrument fixe ? Par conséquent, quand un concert était prévu, il fallait transporter les clavecins et autres harpes depuis le Petit Trianon jusqu’à la Maison de la Reine. Et cela, parfois plusieurs fois par semaine ! Ce qui n’était pas toujours chose facile à travers les jardins de Versailles.


Nous sortons du grand salon et empruntons la galerie de bois extérieure. De là, la vue sur le lac et la Tour de Malborough est très belle. Nous observons ensuite la chambre par les fenêtres car nous ne pouvons malheureusement pas y entrer. Marie-Antoinette ne dormait jamais au Hameau. Mais elle y avait une chambre avec un très beau lit en citronnier recouvert de soierie vert d’eau afin de pouvoir s’y reposer.

Nous descendons ensuite par les escaliers extérieurs et gagnons la partie gauche de la Maison de la Reine où se trouve la salle de billard. Nous y découvrons un billard impressionnant par sa taille. Il s’agit en réalité d’un des billards de Louis XVI, mais celui du hameau devait être similaire.

Point anecdote ! Saviez-vous que la taille d’un billard dépendait de la taille de sa pièce de destination ? c’est pourquoi dans de grandes pièces, on pouvait trouver des billards surdimensionnés.

Nous quittons maintenant la Maison de la Reine pour nous rendre à la laiterie de propreté. On ne sait pas bien expliquer ce nom, mais c’est la que Marie-Antoinette venait déguster le lait et les crèmes faites à partir de la traite de ses vaches.

Cette pièce est l’une des plus belles du Hameau je trouve. Toute en marbre, elle évoque les décors romains, avec un plafond en trompe-l’œil qui rappelle celui de Panthéon à Rome. Un système d’écoulement d’eau et de fontaines permettait de garder la salle fraîche en toute saison. Les quatre fontaines, justement, sont magnifiques. En forme de coquilles Saint-Jacques, elles sont surmontées de robinet à tête de mouton dorée, et leur pied représente des dauphins entrelacés. La grande table de marbre qui se trouve ici date de 1810 et reprend le chiffre de Marie-Louise : un seul L, car Napoléon l’appelait Louise.


Au fond de la laiterie, nous accédons à la pêcherie qui donne directement sur le lac et ouvre sur l’embarcadère, sous la Tour de Malborough.

Ainsi s’achève la visite guidée du Hameau de la Reine.

Libre à vous ensuite de vous y balader et d’aller sympathiser avec les animaux de la ferme qui sont encore présents.


En effet, la ferme du Hameau est aujourd’hui gérée par une association : la Fondation Assistance aux Animaux. Tous les pensionnaires de la ferme sont issus de sauvetages.

Ouverte aux classes et centre aérés depuis 1993, cette ferme permet d’apprendre aux enfants le respect des animaux.

Mon point de vue sur cette visite

J'ai globalement adoré cette visite. Notamment pour les raisons suivantes:

  • La possibilité d’accéder à des espaces fermés habituellement au public : la sensation de découvrir ces lieux pour la première fois est exaltante.

  • Les pièces ont été rénovées de manière remarquable. Le mobilier est parfaitement reconstitué, ce qui rend la visite très vivante et qui permet de se plonger immédiatement dans l’histoire.

  • Notre guide était vraiment très bien, et je n’ai pas vu le temps passer.

Mon seul regret : J’aurais aimé visiter plus de lieux : le boudoir est en rénovation, donc j’ai hâte de revenir. Mais le Moulin par exemple mériterait certainement une visite, comme la Tour de Malborough en haut de laquelle j’aurais aimé monter.

Merci de m’avoir lu. Je vous donne rendez-vous prochainement pour un prochain numéro des Carnets d’Igor.

Informations pratiques


Voici les informations que vous pouvez retrouver sur le site du Château de Versailles :

« Au fond du Domaine, le long des rives du lac, se dressent les chaumières du hameau construites par Richard Mique pour Marie-Antoinette. Survivantes d’une époque brillante et mouvementées, elles illustrent le goût de la Reine pour le charme de la vie champêtre. Leur intérieur révèle un décor raffiné qui contraste avec leur aspect rustique. À redécouvrir grâce aux travaux de restauration. »


Durée : environ 1h30

Rendez-vous le jour de votre visite à l'entrée du Petit Trianon.

La visite se déroule en partie en extérieur. Prévoir un vêtement adapté.

Pour réserver, c’est ici, sur le site du château de Versailles.





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