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« SIMONE VEIL. MES SŒURS ET MOI » AU MÉMORIAL DE LA SHOAH : L’HISTOIRE D’UNE FRATRIE FACE À LA NUIT

Simone Veil. Mes soeurs et moi
Simone Veil - Auschwitz

Du 10 février au 15 octobre 2026, le Mémorial de la Shoah à Paris consacre une exposition d’une grande force émotionnelle à Simone Veil, intitulée Simone Veil. Mes sœurs et moi. Loin d’une rétrospective politique ou institutionnelle, cette exposition propose un regard intime, familial et profondément humain sur une figure que l’on croit connaître.


 

Ici, Simone Veil n’est pas seulement l’ancienne ministre, la grande voix de la mémoire de la Shoah ou l’icône républicaine. Elle apparaît d’abord comme une adolescente, une sœur, une fille, au sein d’une famille juive française frappée de plein fouet par la persécution nazie. À travers le destin de la fratrie Jacob - Simone, Madeleine, Denise, Jean, leurs parents Yvonne et André - l’exposition raconte une histoire collective, celle d’une famille brisée, mais aussi celle de parcours de survie, de résistance et de transmission.

 

Conçue par le réalisateur et photographe David Teboul, l’exposition s’appuie sur des archives familiales souvent inédites : correspondances, journaux intimes, photographies, témoignages. Elle invite à découvrir Simone Veil autrement, à hauteur d’individu et de famille, dans une approche sensible et pédagogique, fidèle à la mission mémorielle du lieu.

 

LA FAMILLE JACOB-VEIL

 

Avant d’entrer dans le parcours de l’exposition, il est essentiel de comprendre qui sont les membres de cette famille, leurs trajectoires individuelles, et la manière dont l’Histoire les a séparés, marqués ou emportés. Chaque destin éclaire autrement celui de Simone Veil.

 

SIMONE VEIL (1927–2017) : LA SURVIVANTE DEVENUE TÉMOIN ET ACTRICE DE L’HISTOIRE

 

Benjamine de la fratrie, Simone Jacob naît à Nice le 13 juillet 1927. Elle grandit dans une famille unie, cultivée, où la mère occupe une place centrale. Adolescente sous l’Occupation, elle poursuit sa scolarité malgré les lois antisémites et passe son baccalauréat en mars 1944, quelques jours avant son arrestation.



Déportée à Auschwitz par le convoi du 13 avril 1944 avec sa mère Yvonne et sa sœur Madeleine, elle connaît les camps, le travail forcé, les transferts, puis la marche de la mort et Bergen-Belsen. Elle survit, mais perd son père et son frère, assassinés en déportation. De retour en France, elle choisit le droit, devient magistrate, puis ministre, et s’impose comme l’une des grandes figures politiques et morales de la France contemporaine. Son engagement est indissociable de l’expérience des camps, qu’elle portera toute sa vie.

 

MADELEINE « MILOU » JAMPOLSKY (1923–1952) : LA SŒUR AÎNÉE, ENTRE PROTECTION ET DRAME

 

Aînée de la fratrie, Madeleine, dite « Milou », joue très tôt un rôle de soutien au sein de la famille. Pendant l’Occupation, elle travaille pour subvenir aux besoins des siens. Arrêtée en mars 1944 avec sa mère et sa sœur Simone, elle est déportée à Auschwitz dans le même convoi.


 

Elle partage ensuite les transferts et la marche de la mort. À Bergen-Belsen, elle reste auprès de leur mère Yvonne jusqu’à la mort de celle-ci, en mars 1945. Milou survit et veille sur Simone après la libération. Mais l’après-guerre se révèle tragique : mariée, mère d’un enfant, elle meurt brutalement dans un accident de voiture en 1952, quelques jours avant son fils qui ne survivra pas à la tragédie. Sa disparition constitue une blessure majeure pour Simone, qui perd alors la seule sœur ayant partagé l’intégralité de l’expérience concentrationnaire.

 

DENISE VERNAY (1924–2013) : LA RÉSISTANTE, DÉPORTÉE POUR SES ENGAGEMENTS

 

Denise est la troisième enfant de la famille Jacob. Très jeune, elle s’engage dans la Résistance: elle diffuse des tracts, écoute Radio Londres, puis devient agente de liaison sous le pseudonyme de Miarka. Après l’arrestation de sa famille, elle poursuit son engagement clandestin en Haute-Savoie.

 


Arrêtée, torturée, elle est déportée à Ravensbrück, puis transférée à Mauthausen dans un convoi dit «Nuit et Brouillard». Elle survit et est libérée en avril 1945. Toute sa vie, Denise Vernay témoignera de la Résistance et de la déportation, incarnant une autre mémoire de la guerre, parfois difficile à faire dialoguer avec celle de la Shoah vécue par Simone et Madeleine.

 

JEAN JACOB (1925–1944) : LE FRÈRE DISPARU, PHOTOGRAPHE EN DEVENIR

 

Seul garçon de la fratrie, Jean Jacob nourrit une passion pour la photographie. Il travaille dans un laboratoire photo jusqu’à ce que les lois antisémites mettent fin à son activité. Arrêté en mars 1944, interné à Drancy, il voit partir sa mère et ses sœurs vers Auschwitz.

 


Il est rejoint par son père André, puis déporté avec lui en mai 1944 par un convoi dirigé vers les pays baltes - un cas unique dans l’histoire de la déportation depuis la France. Jean est assassiné en déportation. L’exposition rend un hommage particulier à ce jeune homme à travers la présentation, pour la première fois, de ses photographies conservées par la famille.

 

YVONNE JACOB (1900–1945) : LA MÈRE, PILIER DU FOYER

 

Yvonne Jacob, née Steinmetz, est une femme instruite, bachelière, étudiante en chimie avant son mariage. À Nice, elle crée un foyer où l’art, la culture et l’éducation tiennent une place importante. Pendant l’Occupation, elle tente de maintenir une vie familiale malgré les persécutions.

 


Arrêtée avec ses enfants en mars 1944, elle est déportée à Auschwitz, puis transférée à Bergen-Belsen. Elle y meurt du typhus en mars 1945, dans les bras de sa fille Madeleine. Sa figure maternelle traverse toute l’exposition comme une présence aimante et protectrice, brutalement arrachée.

 

ANDRÉ JACOB (1891–1944) : LE PÈRE, ARCHITECTE ET VICTIME DES PERSÉCUTIONS

 

André Jacob est architecte de formation. Marqué par la Première Guerre mondiale, durant laquelle il est fait prisonnier, il s’installe à Nice après 1919. La crise économique, puis les lois antisémites, le privent progressivement de son métier.



Interné à Drancy en avril 1944, il y retrouve son fils Jean. Tous deux sont déportés ensemble vers la Lituanie en mai 1944. André Jacob meurt en déportation à l’âge de 53 ans.

 

L’EXPOSITION : UN RÉCIT INTIME POUR COMPRENDRE L’HISTOIRE

 

Après avoir retracé le destin des membres de la famille Jacob, l’exposition propose un parcours qui mêle archives personnelles et récit historique. Elle se distingue par son approche résolument intime, loin de toute monumentalisation.

 

CE QUE RACONTE « SIMONE VEIL. MES SŒURS ET MOI »

 

L’exposition suit la famille depuis l’insouciance de l’entre-deux-guerres jusqu’à l’effondrement provoqué par la Shoah, puis vers l’après-guerre et ses silences. Elle donne à voir Simone Veil sous un jour nouveau, plus personnel, parfois même souriant, loin de l’image figée de la figure publique.



Le choix de raconter une fratrie permet d’élargir le regard: il ne s’agit plus seulement d’un destin exceptionnel, mais d’une histoire familiale représentative de milliers d’autres, anéanties ou brisées par la politique nazie.

 

CE QUE L’ON VOIT DANS LE PARCOURS

 

L’exposition présente des lettres, journaux intimes, photographies, documents familiaux, souvent inédits. Ces archives donnent une matérialité bouleversante à des vies interrompues ou transformées à jamais. Des extraits sont également lus par des comédiennes – Marina Foïs, Isabelle Huppert - donnant voix à ces écrits sans jamais tomber dans l’effet spectaculaire.

 


La présence des photographies de Jean Jacob, présentées comme une exposition en soi, constitue l’un des moments forts de la visite: elles rappellent ce qu’aurait pu être son avenir, et incarnent l’absence au cœur même de l’exposition.

 

MON AVIS

 

Cette exposition touche par sa justesse. Elle ne cherche pas à redire ce que l’on sait déjà de Simone Veil, mais à déplacer le regard. Elle rappelle que derrière la grande figure politique se trouve une sœur, une fille, une survivante parmi d’autres, et surtout une famille décimée.

 

On connaît Simone Veil comme témoin essentielle de la Shoah ; on découvre ici plus largement le destin de sa fratrie et de ses parents, et à travers eux celui de tant de familles juives françaises. L’émotion naît précisément de cette mise en perspective collective, qui montre que la Shoah n’est pas seulement une histoire individuelle, mais une tragédie familiale, générationnelle et durable.

 

Une exposition indispensable, tout comme, plus généralement, la visite du Mémorial de la Shoah.

 

INFORMATIONS PRATIQUES

 

  • Quoi ? Simone Veil. Mes sœurs et moi.

  • Où ? Mémorial de la Shoah

    17 rue Geoffroy-l’Asnier, 75004 Paris

  • Quand ? Du 10 février au 15 octobre 2026

    10h–18h, tous les jours sauf le samedi ; nocturne le jeudi jusqu’à 22h.

  • Combien ? Entrée gratuite

 

Plus d’informations sur le site du Mémorial de la Shoah.

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