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VISITE & INTERVIEW AU COLLÈGE ROYAL ET MILITAIRE DE THIRON-GARDAIS (28)

Dernière mise à jour : 26 mai

Collège royal et militaire de Thiron-Gardais par Thomas Biotteau
Collège de Thiron-Gardais par Thomas Biotteau

Entre la Normandie et le Centre-Val-de-Loire, au cœur de paysages verdoyants, où les champs et les bocages voisinent avec de vastes forêts, le Perche a tout pour plaire aux amoureux de la nature… comme aux amateurs de patrimoine historique et culturel. Manoirs et châteaux médiévaux ou Renaissance, églises romanes et gothiques, maisons à colombages et bourgs au charme discret… cette région pittoresque est en effet riche d’un patrimoine chargé d’histoire et de traditions qui sauront séduire les passionné.e.s comme les curieux.ses.

 

Là, au gré des routes vallonées du Perche, se trouve le village de Thiron-Gardais, en Eure-et-Loir (28). Situé à 15 kilomètres de Nogent-le-Rotrou et 40 kilomètres de Chartres, il abrite un site remarquable par son histoire comme son architecture et ses jardins: le Collège royal et militaire de Thiron-Gardais. Ancienne abbaye reconvertie en collège militaire au 18e siècle, j’ai eu la chance de le visiter en avant-première de sa réouverture annuelle (le 4 mai) il y a quelques semaines, et j’ai été conquis!



C’est donc ici que je vous emmène aujourd’hui, à la rencontre de ce lieu étonnant et quelque peu atypique de notre patrimoine. Un lieu que vous connaissez peut-être déjà à travers son célèbre propriétaire, Stéphane Bern, l’animateur-historien préféré des Français. C’est lui qui, en 2012, après avoir eu un véritable coup de foudre pour le domaine, engagera sa restauration avec pour objectif de le rouvrir au public.

 

Ce sera chose faite en 2016, et depuis, chaque année, à la belle saison (du 4 mai au 22 septembre pour 2024), le Collège ouvre ses portes aux visiteurs, notamment à l’occasion d’événements et de festivités organisés régulièrement dans le charme bucolique de ses jardins.

 

Un lieu historique et vivant où je vous propose de me suivre à présent : neuf siècles d’histoire, un musée unique en son genre et un magnifique parc restauré, vous serez aussi séduit.e.s que moi, j’en suis certain !

 

Et pour prolonger la découverte du Collège royal et militaire de Thiron-Gardais, mais aussi pour en savoir plus sur ses secrets et ses actualités, j’ai eu la chance d’échanger avec sa directrice, Marie Hénocq-Castanier. Un entretien à retrouver dès maintenant ici en podcast (et sur les plateformes d’écoute habituelles).

Je vous invite également à vous plonger dans le livre de Stéphane Bern, « La vie retrouvée d’un Collège royal » aux éditions Albin Michel, qui retrace l’histoire des lieux, mais aussi celle de leur restauration, à travers une série de documents, de photographies et d’anecdotes.



LE COLLÈGE ROYAL ET MILITAIRE DE THIRON-GARDAIS : NEUF SIÈCLES D’HISTOIRE

 

Lorsque l’on arrive dans le village percheron de Thiron-Gardais, on n’imagine pas qu’ici se tient un haut lieu de notre patrimoine, riche de plus de 900 ans d’histoire. En effet, il faut s’éloigner de la rue principale -la rue du Commerce pour être exact- et, guidés par le clocher de l’église abbatiale de la sainte-Trinité, nous diriger vers la rue de l’Abbaye où se tient le séculaire Collège royal et militaire.



NAISSANCE ET DÉCLIN DE L’ABBAYE DE LA SAINTE-TRINITÉ DE TIRON

 

Avant d’être un collège, les lieux ont accueilli l’abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron fondée en 1114 par Bernard de Ponthieu (1050 – 1117), un pieux ermite bénédictin.

 

Bernard de Ponthieu est né près d’Abbeville vers 1050. Âgé d’à peine vingt ans, il part s’installer en Aquitaine où il devient l’un des moines bénédictins de l’ordre de Cluny les plus pieux et les plus appréciés de l’abbaye Saint-Cyprien de Poitiers. À tel point qu’en 1100, ses compagnons de foi décident d’en faire leur abbé. Un choix qui déclenche immédiatement la colère de l’Abbaye de Cluny, en Bourgogne, dont dépendent les moines de Saint-Cyprien, et après plusieurs tentatives de négociation, notamment auprès du Pape, Bernard de Ponthieu est contraint de quitter son abbaye.



C’est à Savigny-le-Vieux, dans l’actuel département de la Manche, qu’il décide de s’installer. Commence alors pour lui une vie d’ermite cénobite, c’est-à-dire d’ermite social. En effet, cela peut surprendre, mais à l’époque, contrairement à ce que l’on croit souvent, vivre en ermite ne signifie pas toujours vivre seul et reclus. S’il y a bien des ermites anachorètes qui choisissent une vie de solitude, les ermites cénobites, eux, vivent en communauté. C’est le cas de Bernard de Ponthieu qui vit donc sa foi simplement, mais avec une grande ferveur et entouré de disciples qui l’accompagnent.


Mais à mesure que sa réputation grandit, les terres de Bernard de Ponthieu ne suffisent plus pour accueillir les membres de sa communauté qui s’accroît. Il est donc temps de partir en quête de nouveaux terrains plus vastes.

 

La légende raconte que ses disciples auraient été invités par un ange à se rendre dans le Perche à la rencontre du comte Rotrou III le Grand (1100-1144) afin qu’il leur octroie un lieu. Mythe ou vérité, quoi qu’il en soit, après des négociations avec le comte, mais aussi et surtout avec les moines de l’abbaye clunisienne de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, c’est bien dans cette région que la colonie de Bernard de Ponthieu va élire domicile.



Les terres sont sauvages et hostiles, mais elles correspondent aux attentes de l’ermite et de ses compagnons, et c’est ici, qu’ensembles, ils créent le monastère de sainte-Anne, où l’évêque Ives de Chartres viendra célébrer une messe en 1109. Cependant, cette installation sera de courte durée puisqu’à la suite de manœuvres des moines de l’abbaye de Cluny -encore eux-, la communauté est contrainte de déménager.

 

Nous sommes en 1114. Soutenu par l’évêque Ives de Chartres, Bernard de Ponthieu se voit attribué des terres sur la paroisse de Gardais, où il choisit de fonder l’abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron, une abbaye bénédictine qui tire son nom du lieu-dit de Tiron.

 

Les moines de l’abbaye de Tiron sont des bénédictins qui suivent strictement la règle de Saint-Benoît de Nursie (480-547), selon trois principes : la prière, le travail et l’étude des textes sacrés. La vie monastique est ainsi régie par la liturgie des heures, soit la succession des offices religieux, et par un ensemble de préceptes qui organise le reste de la journée, du travail aux repas en passant par la lecture des saintes écritures et les potentiels temps libres.

 

La prière et les chants sont au centre de chaque journée qui se vit principalement dans le silence : ici, pas de place pour la parole inutile qui détourne les hommes du recueillement et du travail. On compte au minimum huit offices et heures canoniales qui rythment le quotidien : les Vigiles, d’abord, entre minuit et le lever du jour, puis les Mâtines, les Laudes, le Prime, la Tierce, la Sexte, la None et les Vêpres, jusqu'aux Complies, vers 21h, après le coucher du soleil.

 

L’abbé est le père de vie spirituelle du monastère (abba signifiant papa en araméen) et le garant du respect de la discipline au sein de la communauté de frères. Rigoureusement pieux, Bernard de Ponthieu renforcera l’austérité et les règles de Saint-Benoît en réduisant, par exemple, le confort vestimentaire, ou en durcissant les conditions d’hébergement. À la règle bénédictine « prie et travaille », il ajoutera même : « qui ne travaille pas, ne mange pas ». En dehors des heures de prières et de lecture, le travail manuel est ainsi le point central de la vie des moines de Tiron qui participeront activement au défrichement et à la mise en culture de cette partie du Perche.

 

Très vite, la réputation de Bernard de Ponthieu et de son abbaye dépasse Gardais, Nogent-le-Rotrou et Chartres, et l’ordre bénédictin de Tiron devient une référence. Les dons affluent et permettent aux moines de bâtir une église abbatiale de style roman et de développer les différents corps de bâtiments de l’abbaye.



Å la mort de Bernard de Ponthieu, le 14 avril 1117, l’ordre de Tiron s’est considérablement enrichi et possède déjà plusieurs propriétés, notamment à Paris et Chartres. Il continue alors son expansion, en France, d’abord, où l’on compte une vingtaine d’abbayes filles, et où le roi Louis VI le Gros (1081-1137), déjà généreux donateur, décide en 1122 de placer sous protection royale l’abbaye et ses biens ; mais aussi à l’étranger.

 


En effet, au-delà de la rente qu’il alloue chaque année à l’abbaye, le roi d’Angleterre Henri 1er de Beauclerc, qui n’est autre que le beau-père du comte Rotrou III, va décider de faire appel aux disciples de Saint-Bernard de Tiron pour créer plusieurs abbayes et prieurés sur ses terres : en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande. Il en sera de même en Écosse où le roi David 1er commande la fondation d’abbayes tironiennes.


L’argent aidant, la vie monastique de l’abbaye de Tiron se fait plus confortable et prospère, s’éloignant rapidement de celle, rigoureuse et austère, prônée par Saint-Bernard. Des serviteurs intègrent ainsi peu à peu les effectifs et réalisent les tâches autrefois effectuées par les moines, laissant de côté le principe même de travail obligatoire.

 

Cependant, c’est surtout la mise en commende de l’abbaye au 16e siècle qui accélèrera son déclin.

 

Point anecdote : qu’est-ce que la mise en commende ?

Jusqu’en 1551, la vie régulière d’un monastère est régie par l’abbé qui assure sa gestion et supervise la conduite des moines au quotidien. Avec la mise en place de la commende dans les évêchés et les abbayes de France, le roi obtient le pouvoir de nommer les évêques et les abbés en charge de leur gestion. Ces commendataires peuvent être ecclésiastiques, mais aussi laïcs, ce qui est nouveau et aura bien entendu des conséquences.

 

En effet, dans cette nouvelle organisation, les abbés commendataires sont à la solde du roi, un souverain qui peut désormais saisir tout ou partie des revenus des abbayes et des évêchés avant de les redistribuer comme il l’entend aux commendataires. Ces derniers ont donc plutôt intérêt à travailler leur image et leur dévotion auprès du monarque qu’auprès de Dieu. Ils vont alors, sans surprise, privilégier leurs intérêts personnels au dépend de la rigoureuse spiritualité des lieux dont ils ont la charge, oubliant leurs principes fondateurs : travail, pauvreté, humilité, prière, étude des textes sacrés. Bien souvent, ils délèguent la gestion à un prieur ou un laïc, se souciant peu des règles monastiques.

 

L’ordre de Tiron n’échappera pas à cette réorganisation, et douze abbés commendataires vont se succéder jusqu’à la Révolution et la fermeture de l’abbaye en 1791.



En parallèle des impacts de la commende, les guerres de Religion entre Catholiques et Protestants, qui plongeront la France dans une série de conflits dans la seconde moitié du 16e siècle, auront de lourdes conséquences sur les sites religieux, en en particulier l’abbaye de Tiron. Le 19 mars 1562, elle est ainsi attaquée et pillée par des troupes allemandes à la solde des Réformistes.

 

DE L’ABBAYE AU COLLÈGE : LA BRILLANTE IDÉE D’HENRI DE BOURBON-VERNEUIL

 

L’abbaye ne se relèvera pas des différents troubles traversés aux 15e et 16e siècles (conflits, mauvaise gestion). Et si certains abbés commendataires essaieront de la remettre sur pieds, la plupart n’auront pour objectif que d’en détourner les revenus. C’est donc une abbaye de Tiron ruinée que trouve le nouvel abbé commendataire, Henri de Bourbon-Verneuil, lorsqu’il en prend la direction au début du 17e siècle.

 

Henri de Bourbon-Verneuil (1601-1682) est le fils du roi Henri IV (règne 1589-1610) et de sa favorite Henriette d’Entragues, marquise de Verneuil. Nommé abbé commendataire en 1606, alors qu’il n’a que cinq ans, il va à termes changer le cours de l’histoire de l’abbaye de Tiron.



En 1630, il décide en effet d’y fonder un collège destiné à la noblesse locale ou désargentée, dont il confie la gestion à la congrégation bénédictine des moines de Saint-Maur qui remplace ainsi celle des disciples de Saint-Bernard. Le succès du collège est immédiat, et bien qu’Henri de Bourbon-Verneuil démissionne en 1668 pour se marier, sa réputation ne fait que grandir.


La vie des collégiens est stricte et rythmée par les classes, la prière, la lecture et la messe. Les journées commencent à 5h30 (5h45 l’hiver), et l’apprentissage est complet : des mathématiques à la littérature, à l’histoire ou la géographie, en passant par l’étude des langues ou encore de la botanique – en cela, les jardins sont des classes à ciel ouvert. L’enseignement du travail de la terre est assez novateur pour l’époque, et cohérent, puisque sont formés, ici, de futurs propriétaires terriens. Chaque élève se voit ainsi attribué une petite parcelle de terre dont il a la gestion le temps de sa scolarité, et en fin d’année, chacun repart avec un greffon d’arbre fruitier afin de le replanter chez lui, sur ses terres.

 

Bien que placé sous la protection du roi, le collège bénéficie d’une réputation essentiellement locale. Il faut ainsi attendre 1776 pour que sa renommée devienne réellement nationale.

 

1776 : LE COLLÈGE ROYAL ET MILITAIRE DE THIRON-GARDAIS

 

C’est en effet en 1776 que le jeune roi Louis XVI (règne 1774-1792) décide de faire du collège de Tiron l’un des douze collèges royaux et militaires du pays. À l’image de classes préparatoires, c’est ici que sont formés les futurs soldats des armées royales avant d’être reçus, s’ils sont chanceux, à l’École Militaire de Paris créée, elle, par Louis XV (règne 1715-1774) en 1751.



Louis XVI fonde ces collèges royaux et militaires sur les conseils de son secrétaire d’État à la guerre, le comte de saint-Germain. Dans un souci de justice sociale, le roi entend proposer la même éducation à tous les nobles prétendant aux futurs postes de militaires, qu’ils soient issus de familles riches ou désargentées.

 

Le développement du collège royal et militaire est rapide, et les élèves prétendants sont nombreux. Pour accueillir les parents qui accompagnent leurs enfants, ou viennent leur rendre visite, des auberges sont créées aux alentours, des échoppes s’installent, et peu à peu un village sort de terre : le village de Thiron, qui prendra alors un ‘H’.

 

Point anecdote : Thiron, avec ou sans H ?

L’origine de Tiron viendrait du germanique ’Tier’ qui signifie « lieu peuplé de bêtes sauvages » (Tier se traduit d’ailleurs aujourd’hui, en allemand moderne, par ‘animal’). En effet, comme nous l’avons vu, les terres étaient à l’origine plutôt hostiles ici.

 

L’apparition du ‘H’ est plus floue. Mais il faut dire qu’à l’époque, les règles orthographiques n’étaient pas toujours des plus rigoureuses. Depuis, la pratique veut qu’on écrive Tiron sans ‘H’ lorsqu’il s’agit de l’abbaye, et Thiron avec un ‘H’ lorsque l’on parle du village.

 

La sélection d’entrée au Collège royal de Tiron -ou Thiron-Gardais- est rude. Les futurs élèves doivent savoir lire et écrire, être en mesure de présenter un titre de noblesse, être valides et âgés de 8 à 11 ans, avant de passer un test d’aptitude.



Une fois reçus, les élèves doivent acheter leur trousseau (draps, vêtements, souliers, chapeaux, sac…) avant de s’engager dans une vie strictement réglée : les tenues vestimentaires sont uniformisées, les repas sont frugaux et équilibrés, l’hygiène est de mise (toilette quotidienne à l’eau froide), et l’enseignement comprend un tronc commun -français, allemand, mathématiques, religion- et des spécificités par établissements. Des différences qui influenceront parfois les choix des futurs collégiens.

 

Le Collège royal et militaire de Thiron-Gardais accueillera ainsi de prestigieux pensionnaires comme Bertrand-René Jourdan de Launay, futur gouverneur de la Bastille qui trouvera la mort le 14 juillet 1789, ou encore Julien-Désiré Schmaltz, connu pour avoir fait naufrage à bord de la célèbre Méduse (dont le radeau sera peint par Théodore Géricault).

 


Cependant, il est un personnage important de l’histoire qui devait faire ses classes à Thiron mais qui ne s’est jamais présenté : Napoléon Bonaparte. En effet, s’il était inscrit au collège royal et militaire de Thiron-Gardais en 1779, il sera absent le jour de la rentrée. On le sait, il choisira finalement d’étudier à Brienne. On dit que son père aurait préféré la spécialisation scientifique de cet établissement, ou encore sa localisation moins isolée que celle de Thiron-Gardais.



Finalement, à l’aube de la Révolution, le Collège royal et militaire de Thiron-Gardais accueille 120 élèves âgés de 7 à 15 ans. Pour les héberger, un nouveau bâtiment a été érigé quelques années plus tôt (c’est aujourd’hui la maison principale du domaine). Les pensionnaires y sont logés sous les combles, tandis que les professeurs laïcs résident au premier étage et que le rez-de-chaussée accueille une salle d’écriture et le bureau du procureur. Les religieux qui participent également à l’enseignement et à la gestion des lieux continuent de dormir et vivre dans les bâtiments de l’abbaye, bien que dans la nuit du 22 au 23 novembre 1786, ceux de l’aile ouest aient été détruits dans un violent incendie.

 



FERMETURE DU COLLÈGE ROYAL ET MILITAIRE DE THIRON-GARDAIS

 

La Révolution va marquer la fin de l’abbaye et de l’ordre de Tiron : les biens de l’Église sont saisis par l’Assemblée en 1789, les congrégations religieuses sont dissoutes en février 1790, et la constitution du clergé devient civile à partir de juillet 1790. Finalement, l’église abbatiale est fermée en 1792 et ses biens dispersés. Le Collège royal et militaire de Thiron-Gardais, quant à lui, ferme ses portes en 1793.



Le domaine passe ensuite aux mains de divers propriétaires qui n’hésitent pas à détruire certains bâtiments de l’abbaye et du collège pour en revendre les matériaux, notamment aux habitants qui s’en serviront pour construire leurs maisons. Les pillages continueront encore quelques années, à tel point que, fragilisée, la voûte du chœur de l’église abbatiale s’effondre en 1817.

 

VERS LA RENAISSANCE DU COLLÈGE ROYAL ET MILITAIRE DE THIRON-GARDAIS

 

Si, en 1797, le général Jacques-Ollivier Desclozeaux rachète le Collège royal et militaire de Thiron-Gardais avec pour ambition de le sauver, sa mort soudaine quelques années plus tard stoppera net toute tentative de maintien de son activité.

 

Deux propriétaires se succèdent alors, Jacques Gallot puis Théophile-Arsène Gallot, avant qu’un certain Théophile Guillaumin n’hérite du domaine dans la 2e moitié du 19e siècle et décide de le restaurer.



Son fils, André Guillaumin (1885-1974), fait de l’ancien collège sa maison de famille. Botaniste féru d’histoire, il réhabilite les lieux, restaure les jardins et plantes de nombreuses variétés exotiques. À sa mort en 1974, pour éviter le démantèlement de la propriété, cette dernière est léguée à la municipalité. En 2005, celle-ci cède le domaine au Conseil Général d’Eure-et-Loir qui le rachète, en ouvre ponctuellement les jardins, et étudie différentes propositions de reprise et de restauration.

 

Après l’étude de plusieurs projets, c’est celui du célèbre animateur-historien Stéphane Bern, tombé sous le charme des lieux un matin de décembre 2012, qui remporte l’adhésion du département. Il s’agit, pour lui, de restaurer les bâtiments et les jardins de l’ancien Collège royal et militaire de Thiron-Gardais pour en faire à la fois une résidence privée, mais aussi -et c’est ce qui a plu aux pouvoirs publics- un lieu du patrimoine historique et culturel en grande partie ouvert au public. Peu de gens connaissent l’existence et l’histoire des collèges royaux et militaires. L’objectif, ici, est de combler ce manque tout en engageant la préservation d’un site patrimonial d’importance, témoin de neuf siècles de notre histoire.



Après de nombreux et colossaux travaux de restauration menés sous la responsabilité de Guillaume Trouvé, architecte du patrimoine, et dans le respect des savoir-faire traditionnels locaux, le Collège Royal et Militaire de Thiron-Gardais a rouvert ses portes en 2016.

 

Réhabilité et réaménagé par le paysagiste Louis Benech dans l’esprit d’André Guillaumin, les jardins du collège ont également rouvert leurs allées en 2016, et peuvent à eux seuls motiver la visite des lieux.

 

Maintenant que nous avons un bon aperçu de l’histoire du collège royal et militaire de Thiron-Gardais, je vous propose de vous présenter les coups de cœur de ma visite.

 

LE COLLÈGE ROYAL ET MILITAIRE DE THIRON-GARDAIS : HISTOIRE, NATURE ET PASSION

 

Chaque année, au printemps et en été -pour 2024, du 4 mai au 22 septembre-, le collège royal et militaire de Thiron-Gardais est ouvert au public. L’occasion de parcourir le musée pour mieux connaître l’histoire de l’abbaye et du collège royal, mais aussi de profiter des jardins ou encore des animations qui y sont régulièrement organisées.

 

UN MUSÉE UNIQUE EN SON GENRE

 

Situé dans les anciennes salles de classes du 17e siècle, le musée du Collège royal et militaire de Thiron-Gardais retrace l’histoire des lieux dans une muséographie à la fois intime, ludique et pédagogique, depuis l’arrivée de Bernard de Ponthieu à Thiron jusqu’à la Révolution.

 

Illustré de textes explicatifs clairs et efficaces, et ponctués d’objets, de maquettes, de documents et de témoignages précieux, le parcours chronologique et didactique aide également le visiteur à comprendre le rôle souvent méconnu des collèges royaux et militaires au 18e siècle.



Parmi les œuvres, documents et objets qui m’ont marqué, je retiens, entre autres :

 

  • La frise qui parcoure les murs du musée et qui décorait les salles de classe. Elle a été redécouverte puis rénovée lors des travaux de restauration. Il faut bien lever les yeux, au risque de passer à côté.



  • La pierre sculptée d’une croix qui provient de la démolition de l’ancienne abbaye, ou encore la plaque de cheminée aux armes de l’abbaye de Tiron, qui témoignent de la riche histoire des lieux.

 


  • La sublime crosse d’un abbé de Tiron datant du 12e siècle, chef-d’œuvre d’orfèvrerie en cuir émaillé prêté par le musée des Beaux-arts de Chartres qui lui rend ici sa place.



  • Le portrait de Saint-Bernard de Tiron ou d’Abbeville : situé à l’entrée du musée, on peut passer devant sans s’y attarder, et pourtant, c’est l’un des rares tableaux qui représentent Bernard de Ponthieu. Réalisé dans la première moitié du 17e siècle, il était conservé au centre hospitalier d’Abbeville, ville de naissance de Saint-Bernard.

 


  • Une carte du Perche datée de 1635 qui nous montre combien l’abbaye était isolée à cette époque.

 

  • Les ouvrages « Instruction pour former un jeune homme à l’art militaire » de 1759, un guide rédigé par le comte de Saint-Germain pour former les futurs soldats ; ou « L’Abrégé de l’arithmétique et de la géométrie de l’officier » par Guillaume Le Blond, en 1767, qui rappellent tous deux le rôle rigoureux d’éducation et de formation militaire des collèges royaux.

 


  • La reconstitution d’un uniforme d’élève des collèges royaux et militaires, qui permet de mieux visualiser l’apparence des pensionnaires de l’époque.

 


  • L’ordonnance du roi Louis XVI de 1776 « portant sur la création des cadets-gentilshommes dans les troupes de sa Majesté », soit les principes de création des collèges royaux et militaires.

 

  • Un document d’instruction à destination des parents des enfants qui intègrent un collège royal et militaire : on y découvre les conditions strictes de sélection des pensionnaires mais aussi leurs devoirs ainsi que ceux de leurs parents.



  • Le document agréant que Napoléon Bonaparte était bien reçu au Collège royal et militaire de Thiron-Gardais en 1779, mais aussi la lettre de preuves de noblesse de la famille Bonaparte envoyée à cette occasion.

 

  • Le tableau « Jean-Alexis de Prat se perdant avec son fils dans les bois de Thiron », réalisé au 18e siècle et qui témoigne de l’environnement sauvage et de l’isolement dans lesquels se trouvait alors le collège.



  • La reconstitution d’une salle de classe du Collège royal et militaire de Thiron-Gardais qui, là encore, nous permet de mieux nous représenter la vie des pensionnaires. Ici, on notera le cintre d’origine ayant appartenu à un élève. Il a été retrouvé lors des travaux de restauration.

 

  • Et enfin, il faut absolument s’attarder sur les moulages des graffitis présentés en fin d’exposition. Ils reproduisent ceux découverts à divers endroits du collège lors des rénovations, eux-mêmes alors gravés à l’époque dans les murs par les pensionnaires. On peut y lire des noms et des signatures, bien sûr, mais aussi quelques messages calomnieux, comme celui que l’on peut lire en haut d’un des murs de la dernière salle du musée : « Clérot le 0 [zéro] ».

  


UN JARDIN OÙ IL FAIT BON SE PERDRE

 

C’est imprégnés de l’histoire du Collège royal et militaire de Thiron-Gardais que nous pouvons ensuite gagner son magnifique jardin. Replanté de 1600 espèces par le paysagiste Louis Benech et composé de plusieurs espaces aux identités bien différentes, il invite à la promenade mais aussi à la contemplation. Je vous recommande de prendre le temps d’en apprécier toute la beauté et la douceur.



J’ai, pour ma part, commencé par le jardin français, situé en lieu et place de l’ancien potager du collège. Comme tout bon jardin à la française, les plants y sont organisés suivant une harmonie toute géométrique et symétrique. Il fait face à la maison principale, s’articule autour d’une fontaine centrale, et se découpe en plusieurs carrés dessinés de buis et composés de fleurs et d’arbustes.