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ANECDOTE D’HALLOWEEN: LES FANTÔMES DE TRIANON

Dernière mise à jour : 14 mars 2023

A quelques jours d’Halloween, suivez-moi au château de Versailles où, le 10 août 1901, une curieuse et extraordinaire aventure est arrivée à deux promeneuses anglaises en visite dans les jardins du Petit Trianon. Ce jour-là, l’une et l’autre auraient en effet voyagé dans le temps, transportées en 1774, dans le Versailles de la fin du règne de Louis XV. Au détour des chemins et bosquets, elles auraient ainsi croisé des personnages en provenance directe du passé: les fantômes de Trianon.


Il ne s’agit pas ici de polémiquer sur la véracité des récits, ni de se lancer dans une analyse scientifique des faits. Réaliste ou non, le témoignage de ces deux femmes est pour le moins troublant. Quelques semaines après leur venue à Versailles, elles relateront ainsi leur surprenante visite à leur entourage, oralement d’abord, puis par écrit détaillé dès novembre 1901, et ce rapport sera présenté aux historiens et scientifiques de l’époque. Rattrapées par leur aventure dont l’histoire s’est répandue au sein de la société d’alors, avide de phénomènes paranormaux, elles publieront ensuite un livre, en 1911, sous le titre de «An Adventure» -«Les fantômes de Trianon» en français (toujours disponible pour les amateurs de Versailles et d’histoires étranges). Un récit qui révèle des éléments historiques et architecturaux encore inconnus à l’époque, et qui semble démontrer qu’elles ont bien côtoyé le Versailles du 18e siècle.


DÉCOUVRONS LEUR ÉTONNANTE HISTOIRE

Ce matin du 10 août 1901, deux Anglaises profitent de leur séjour à Paris pour se rendre au château de Versailles, et on sent chez elles une certaine impatience à visiter ce lieu riche d’histoire dont elles ont tant entendu parlé. Ces deux femmes, ce sont Charlotte Anne Elizabeth Moberly (1834-1937), dite «Annie», principale du collège St Hugh’s Hall à Oxford et dotée, dit-on, d’un don de voyance; et Eleanor Jourdain (1863-1924), vice-principale du même collège et amoureuse de la France et de son histoire.

Après une visite des plus classiques du château et des jardins de Louis XIV, les deux amies se dirigent vers le domaine de Trianon. Si elles passent peu de temps au Grand Trianon, très vite elles partent en quête du Petit Trianon et de ses jardins que la reine Marie-Antoinette, qui les intéresse tout particulièrement, aimait tant.


C’est alors que la visite va prendre un tournant énigmatique. Au fur et à mesure qu’elles avancent, chacune des deux visiteuses commence à ressentir un léger malaise angoissant, comme une impression que le paysage devient sans vie ni relief, comme si l’atmosphère devenait étrange, sourde et feutrée.


Gardant leur calme et après avoir croisé une maison en pierre inhabitée, près d’un petit jardin, elles se retrouvent face à deux hommes en habit vert et tricornes qui, au regard des outils qu’ils portent (une bêche et un bâton), doivent être des jardiniers. Ces messieurs leur indiquent, dans un langage difficilement compréhensible, de poursuivre leur chemin, tout droit sur le sentier, ce qu’elles font.


Elles passent alors devant un kiosque circulaire, une sorte de fabrique chinoise, qu’elles prendront d’abord pour le Temple de l’Amour de Marie-Antoinette. Assis à l‘avant de l’édifice, elles remarquent un homme curieux et presqu’inquiétant. Au regard de la qualité et du style de son chapeau, de sa cape et de sa perruque aux cheveux bouclés, il semble s’agir d’une personne importante. Un homme dont le visage déformé, rouge et boursouflé, est cependant tout à fait repoussant.

Un peu effrayées, vous vous en doutez, les deux amies décident de continuer leur route. Elles s’arrêtent alors devant une ferme où se trouvent une femme et une fillette étranges, habillées à la façon du 18e siècle, notamment avec un foulard blanc dans le décolleté. Sans trop s’attarder et suivant le sentier, les deux Anglaises tomber face à un gros rocher décoratif posé en plein milieu du chemin. Alors qu’elles s’avancent pour contourner l’objet et ainsi poursuivre leur quête du Petit trianon, un nouvel homme étrange surgit et les oriente vers une grande maison de pierre. Là est assise une jeune femme intrigante et peu avenante, en chapeau de paille et robe de mousseline blanche.

Se détournant de cette personne quelque peu hautaine, nos deux amies décident de passer par le jardin qui entoure le bâtiment, avant d’être interpellées par un jardinier qui leur indique la porte d’entrée, par la cour d’Honneur. A ces mots de ‘cour d’Honneur’, les deux Anglaises en déduisent qu’elles sont enfin arrivées au Petit Trianon. Elles décident donc de le contourner par le jardin Français avant d’y pénétrer. Il semble qu’à ce moment-là, elles soient retournées en 1901, la description qu’elles en font correspondant à un Petit Trianon plus actuel. Mais ce retour a été de courte durée, puisqu’à peine entrées dans l’édifice, elles racontent avoir été prises dans une farandole, transportées à nouveau dans une fête aux allures de 18e siècle. C’est donc dans cette atmosphère festive qu’elles terminent la visite du Petit Trianon avant d’en sortir et de regagner le château de Versailles, puis Paris, mais sans oser se dire un mot de leur curieuse aventure.


Ce n’est finalement qu’une semaine après cet après-midi d’été que Miss Jourdain posera à son amie une question déterminante pour la suite: « pensez-vous que le Petit Trianon soit hanté? ». ce à quoi Miss Moberly répondra, simplement et franchement : « oui, bien sûr ! ». A partir de là, les deux femmes vont partager leurs expériences mutuelles et décrire des faits et sentiments vécus similaires. Toutes deux relateront ainsi cette aventure extraordinaire, persuadées d’avoir vécu un phénomène paranormal et historique inédit.


Dans leur récit, au départ, les deux anglaises pensent avoir été transportées en 1789. Elles imaginent ainsi avoir aperçu Marie-Antoinette et sa fille, Madame Royal, donnant foi à une légende qui dit que l’ancienne reine de France hanterait régulièrement le Petit Trianon au mois d’août.


Cependant, après des recherches de leur côté, mais surtout après l’étude de leurs récits par des scientifiques, des historiens et des archivistes, il semble que les deux jeunes femmes, si elles ont bien voyagé dans le temps, aient été en réalité les témoins du Versailles des années 1770-1774, sous la fin de règne de Louis XV.


REPRENONS, POUR NOUS EN RENDRE COMPTE, QUELQUES FAITS TROUBLANTS


D’abord, rappelons-nous des jardiniers en habit vert et tricornes. Sous Louis XVI, les serviteurs sont tous vêtus de rouge, de blanc et de bleu, et ceux du Petit Trianon de Marie-Antoinette, de rouge et d’or. Il n’y a bien que sous Louis XV que les jardiniers du Petit Trianon sont habillés de livrées vertes. D’après leur description, les deux hommes croisés, l’un plus jeune que l’autre, pourraient alors être Claude Richard et son fils Antoine, les jardiniers du roi, connus pour être vêtus de vert.


Avançons ensuite vers le kiosque qui soulève plus de questions. On a longtemps pensé que ce kiosque n’avait jamais été construit et qu’il n’apparaissait que sur les plans du jardin comme un simple projet, conduisant les scientifiques à contredire les écrits de Miss Moberly et Jourdain. Mais plusieurs décennies après le récit des deux Anglaises, la trace d’un kiosque circulaire, une chinoiserie identique à la construction qu’elles ont décrite, a belle et bien été avérée: il aurait été détruit en 1776, comme le rocher, d’ailleurs, qui se trouvait bien sur le sentier, là où nos visiteuses l’ont observé.


Je vous passe ensuite les descriptions faites par les deux amies des jardins et des plantations d’arbres qu’elles ont observés et qui se retrouvent tels qu’ils apparaissent sur les plans des jardins au temps de Louis XV, et je vous propose de nous rendre à la première maisonnette accolée à un petit jardin. Après des années de recherches à l’emplacement décrit par les Anglaises, les fondations d’une telle construction ont bien été retrouvées près d’un ancien enclos de jardinier.


Mais le plus surprenant reste l’homme croisé auprès du kiosque. Son habit avec sa cape et son chapeau, tout comme son visage effrayant et boursouflé, rappellent en réalité le vieux roi Louis XV. En effet, c’est en 1774 et au Petit Trianon que le roi va déclarer la petite vérole qui le tuera le 10 mai 1774, une maladie qui couvre de pustules le corps, et en particulier le visage.

Quant à la dernière femme un peu hautaine, avec sa robe de mousseline et son chapeau blanc, il semblerait, à sa description, qu’il s’agisse de Madame Du Barry, la dernière favorite du roi, alors locataire du Petit Trianon. Vérité ou non, tout pousse en effet à le croire.


Finalement, il est bien sûr difficile de répondre à toutes ces questions et de valider le caractère paranormal de cette visite. Quoi qu’il en soit, il est tout de même troublant de voir les liens existants entre la vision des deux amies et la réalité historique des lieux. Une réalité qui, d’autant plus, ne pouvait être, en tout cas pour partie, connue des deux visiteuses à l’époque de leur étonnant voyage dans le temps, en cette année 1901.


Et vous, y croyez-vous? En tout cas, pensez-y la prochaine fois que vous visiter le domaine de Trianon. Qui sait, vous croiserez peut-être Louis XV, la Du Barry ou encore Marie-Antoinette et ses enfants?

Pour en savoir plus sur le Petit Trianon, retrouvez l‘article et le podcast de la visite que j’en ai faite sur ce même blog.


Sources

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