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POURQUOI DES BLAGUES & DES POISSONS LE 1ER AVRIL?

Dernière mise à jour : 11 avr.


Carpes
Les poissons de l'étang des carpes du château de Fontaibeleau

Chaque année, le 1er avril est le lot de blagues plus ou moins réussies, et de nombreux poissons en papier sont collés dans le dos des parents par des enfants qui lancent, en riant, un malicieux : « poisson d’avril ! ». Pourtant, sait-on vraiment à quand remonte cette tradition et d’où elle vient ? Comme souvent, plusieurs explications coexistent, pour le choix du jour comme pour celui des emblématiques poissons.

 

POISSON D’AVRIL : AVANT LE 1ER AVRIL, UNE EXPRESSION DÉJÀ RÉPANDUE


D’un point de vue historique, l’expression « poisson d’avril » apparaît pour la première fois en 1466 dans l’ouvrage de Pierre Michault, Doctrinal du temps présent. À l’époque, un « poisson d’avril » désigne « un entremetteur […], un jeune garçon chargé de porter les lettres d’amour de son maître ». Rien à voir, donc, avec la farce que nous connaissons aujourd’hui.

 

Il faut attendre le XVIIe siècle pour que le terme évolue vers l’idée de tromperie, puis le XVIIIe siècle pour que l’expression « donner un poisson d’avril » s’impose, avec le sens que nous lui donnons encore : piéger quelqu’un pour mieux s’en moquer. Mais cela n’explique ni la date du 1er avril, ni l’usage du poisson.

 

POURQUOI & QUAND LE CHOIX DU 1ER AVRIL ?


Concernant le jour même du 1er avril, l’explication la plus répandue remonte au XVIe siècle, sous le règne du roi Charles IX (r.1560-1574), fils de Catherine de Médicis et d’Henri II.

 

Le 9 août 1564, l’édit de Roussillon est promulgué par le roi afin d’unifier le calendrier du royaume. Contrairement à une idée longtemps admise, cet édit ne crée pas à lui seul le Nouvel An comme nous le connaissons, mais il contribue à fixer le 1er janvier comme début de l’année officiel dans le royaume de France.

 

Car à l’époque, le début de l’année varie encore selon les régions: certains célèbrent le Nouvel An à Noël, d’autres à Pâques, et beaucoup autour du printemps, notamment le 25 mars, et souvent le 1er avril.



Mais le tournant décisif intervient surtout avec la réforme du calendrier grégorien. Depuis l’Antiquité, le calendrier julien – instauré par Jules César en 46 avant notre ère - présentait en effet un léger décalage avec l’année solaire. Au fil des siècles, il avait fini par provoquer un glissement des saisons et des fêtes religieuses, notamment celle de Pâques

 

Pour corriger cette dérive, le pape Grégoire XIII promulgue en 1582 une réforme supprimant plusieurs jours afin de réaligner le calendrier avec le cycle solaire, tout en réaffirmant le 1er janvier comme début de l’année pour l’ensemble du monde catholique.



En France, ce nouveau calendrier est adopté dès la fin de l’année 1582 sous le règne d’Henri III (r. 1574-1589), avec un passage direct du 9 décembre au 20 décembre. Le 25 mars 1581 marque ainsi la dernière célébration du Nouvel An à cette date, avant que l’année ne commence définitivement le 1er janvier dans les usages.

 

Dans ce contexte de transition, à une époque où les informations ne circulent pas aussi bien qu’aujourd’hui, il est probable que certaines populations aient continué à célébrer la nouvelle année autour du 1er avril, par habitude ou faute d’information, et à s’offrir des présents et des étrennes à cette date comme la tradition le voulait. On leur aurait alors joué des tours et offert de faux cadeaux pour se moquer d’eux. C’est cette pratique - mélange de tradition persistante et de moquerie - qui aurait donné naissance à la journée des farces du 1er avril.


UNE ORIGINE ANTIQUE ?

 

Une autre hypothèse remonte à la Grèce Antique. Dans le calendrier grec, de nombreux jours sont dédiés à une ou plusieurs divinités. Or on sait que dans les 12 jours qui suivent l’équinoxe du printemps, les Grecs célébraient Momos, le dieu du rire, bouffon de l’Olympe personnifiant la malice, la raillerie et la moquerie. Les Grecs agrémentaient cette journée de blagues, une tradition empruntée ensuite par la Rome antique. Or dans le calendrier Julien, le 1er avril arrive bien 12 jours après le printemps, et correspondrait donc au jour du rire.

 


Cette tradition, reprise à Rome, a donné naissance aux fêtes latines des Hilaria. Le 25 mars, les Romains célébraient également l’équinoxe de printemps et le renouveau de la nature en honorant deux divinités: Cybèle, la déesse de la terre, appelée aussi la Magna Mater, soit la Grande mère ou la mère des Dieux ; et Attis, son fils adoptif et amant, dieu de la végétation. Lors de ces fêtes, un carnaval était organisé, et les farces, les satires et les paroles débridées étaient de mise. Le 1er avril tel que nous le célébrons aujourd’hui émanerait peut-être ainsi du couplage de ces farces de la fin mars et de la fête du Dieu du rire organisée aux alentours du 1er avril.


POURQUOI DES POISSONS LE 1er AVRIL ?

 

Si la date du 1er avril reste sujette à interprétation, l’origine du poisson d’avril l’est tout autant. Plusieurs hypothèses coexistent.

 

UNE HISTOIRE DE PÊCHE… LOGIQUE, NON ?

 

Selon une première explication, avril était le mois de la reprise de la pêche après l’hiver. Il était alors de tradition de s’offrir des poissons et d’en manger à ce moment-là pour la première fois de l’année.



Une deuxième hypothèse, proche de celle-ci, raconte qu’au Moyen-Âge, pour fêter l’ouverture de la saison de la pêche et permettre qu’elle soit fructueuse, on avait l’habitude de suspendre discrètement un poisson dans le dos des marins qui partaient en mer.

 


Une autre version, similaire mais plus sarcastique, dit plutôt qu’à cette époque de l’année, on épinglait un poisson au dos des pêcheurs pour se moquer d’eux quand ils revenaient bredouilles de leurs sorties en mer. Quoi qu’il en soit, s’il s’agissait au départ de vrais poissons, très vite ceux-ci se sont mués en poissons artificiels... jusqu’à aujourd’hui où ils sont bien souvent en papier.


UNE ORIGINE CHRÉTIENNE ?

 

Une troisième explication serait d’origine chrétienne. Avril est en effet le mois qui marque la fin du Carême, cette période de 40 jours de jeûne avant Pâques pendant laquelle les Chrétiens privilégient notamment le poisson à la viande. Le 1er avril serait donc l’un des derniers jours où l’on est contraint de manger du poisson, un «poisson d’avril» qui aurait donné l’expression que nous connaissons et qui aurait été associé à cette journée de malices.

 


Restons dans la tradition chrétienne avec une autre piste religieuse. Persécutés par les Romains, les premiers chrétiens se reconnaissaient grâce à un signe en forme de poisson nommé Ictus. En grec, ictus ou ikhtús signifie «poisson», mais ses lettres sont aussi les initiales grecques de «Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur». En cette fin de Carême, la tradition du poisson d’avril pourrait ainsi faire référence à ce poisson, symbole de ralliement chrétien.

 


SOUS LE SIGNE DU POISSON

 

Enfin, une explication astrologique est parfois avancée: le 1er avril suit de près la période du signe des Poissons (du 19 février au 20 mars), marquant la fin de l’hiver et l’entrée dans le printemps.



UNE TRADITION AUX MULTIPLES ORIGINES

 

Qu’il s’agisse d’un héritage des changements de calendrier, d’une survivance des fêtes antiques ou d’une tradition liée à la pêche et au christianisme, le 1er avril semble être le fruit de plusieurs influences entremêlées.

 

Au fond, c’est peut-être cette richesse d’interprétations qui fait tout le charme de cette journée à part : un moment suspendu, entre histoire et malice, où chacun peut, le temps d’un instant, se laisser prendre au jeu.

SOURCES


 

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