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« L’ÉCOLE DE PARIS. COLLECTION MAREK ROEFLER » AU MUSÉE DE MONTMARTRE

Ecole de Paris, Musée de Montmartre
Les Joueurs d'échecs, 1913, Henri Hayden

Au détour de la rue Cortot, le musée de Montmartre invite cet automne à redécouvrir l’esprit des artistes venus chercher à Paris une terre d’accueil et d’inspiration. Dans cette maison-atelier où sont passés Auguste Renoir, Suzanne Valadon, Émile Bernard ou Maurice Utrillo, l’exposition «L’École de Paris. Collection Marek Roefler» - du 17 octobre 2025 au 15 février 2026 - rend hommage à une autre génération d’artistes - étrangers pour la plupart - qui, au début du 20ᵉ siècle, firent de Paris leur terre d’accueil, et de Montmartre et Montparnasse leur foyer d’inspiration et de création.

 

Peintures, sculptures et dessins y retracent la trajectoire de ces artistes – venus de Pologne, de Russie, d’Italie, du Japon ou encore d’Amérique – qui ont trouvé dans la capitale française un langage commun : celui d’une modernité libre, une quête d’universalité nourrie par la diversité des origines et la force du collectif.



Présentée pour la première fois en France, cette collection privée du Polonais Marek Roefler, conservée à la Villa La Fleur près de Varsovie, réunit plus d’une centaine d’œuvres signées Foujita, Soutine, Modigliani, Lempicka, Kisling, Orloff, Zadkine mais aussi des figures moins connues, telles que Mela Muter, Maurice Mendjizky, Henri Hayden, Alice Halicka ou Boleslas Biegas.

 

En réunissant leurs œuvres là même où s’écrivait l’histoire des avant-gardes, le musée de Montmartre met en lumière un pan essentiel de la modernité : celui d’une École de Paris cosmopolite, inventive et profondément humaine.

 

L’ÉCOLE DE PARIS : UNE FRATERNITÉ D’ARTISTES VENUS D’AILLEURS

 

Le terme « École de Paris » apparaît dans les années 1920, au moment où les milieux artistiques s’interrogent sur la place des étrangers dans la capitale. D’abord polémique, né d’une «querelle des étrangers» (séparation par les critiques d’art entre les « anciens » artistes étrangers, bien ancrés à Paris, et les nouveaux arrivés dans ces années-là), ce nom est repris par le critique André Warnod qui, au contraire, en fait un symbole d’ouverture. Pour lui, cette « école » n’a rien d’académique : elle désigne une communauté d’artistes venus d’horizons divers, unis par leur soif de liberté et leur attachement à Paris.


 

Dès la première décennie du 20ᵉ siècle, peintres, sculpteurs et écrivains affluent dans la capitale : Chagall, Modigliani, Soutine, Zadkine, Orloff, Halicka, Hayden, Kisling… Tous cherchent un lieu où créer sans entrave. Paris, avec ses musées, ses cafés, ses galeries et ses ateliers, devient leur port d’attache. D’abord Montmartre, puis Montparnasse : deux pôles d’effervescence, d’expérimentation et de fraternité.

 

L’École de Paris n’est pas un mouvement homogène. Elle rassemble des courants multiples - cubisme, expressionnisme, fauvisme, symbolisme - et autant de parcours individuels marqués par l’exil, la pauvreté ou la guerre. Mais tous partagent une conviction : faire de l’art un langage universel.

 

L’exposition du musée de Montmartre rappelle combien ces artistes ont renouvelé les formes, inventé des styles et fait de Paris le cœur battant de la modernité. Comme le souligne le collectionneur Marek Roefler, « la force de ce groupe réside dans son caractère multilingue, multiculturel, riche de parcours de vie et de création tout à fait singuliers ».

 

L’EXPOSITION AU MUSÉE DE MONTMARTRE : LA COLLECTION MAREK ROEFLER

 

Né à Varsovie en 1952, Marek Roefler réunit depuis plus de trente ans un ensemble unique d’œuvres issues de l’École de Paris. Passionné par cette génération d’artistes polonais et européens partis créer à Paris entre 1900 et 1940, il ouvre en 2010 la Villa La Fleur, à Konstancin-Jeziorna, près de Varsovie. Ce musée privé, installé dans une élégante villa du début du 20ᵉ siècle, abrite aujourd’hui plusieurs centaines d’œuvres et accueille de nombreuses expositions monographiques : Halicka, Muter, Epstein, Kisling, Lempicka…

 

L’exposition présentée à Montmartre est la première à sortir des murs de la Villa La Fleur. Elle rassemble un choix d’œuvres emblématiques retraçant l’esprit et la diversité de cette « école » cosmopolite.

 


De Tamara de Lempicka à Moïse Kisling, de Soutine à Biegas, de Halicka à Mela Muter, les visages, les corps, les paysages et les symboles composent une fresque foisonnante de la modernité. Montmartre devient ici le fil conducteur : c’est là que tout a commencé. Le Bateau-Lavoir, la rue Cortot, la Cité Falguière… tous ces lieux d’ateliers et de bohème résonnent à nouveau sous les cimaises du musée.

 

LE PARCOURS DE L’EXPOSITION

 

L’exposition s’articule en une dizaine de sections, qui suivent les grandes thématiques de cette aventure artistique et humaine.

 

LES VISAGES DE L’ÉCOLE DE PARIS

 

Après une présentation de Marerk Roefler et une introduction à l’Ecole de Paris, la première salle réunit les portraits de ceux qui ont façonné le mouvement. On y croise Kiki de Montparnasse peinte par Maurice Mendjizky, encore jeune femme avant de devenir la muse mythique des années 1920. Autour d’elle, des visages d’artistes, de modèles et d’amis : une mosaïque d’âmes venues d’ailleurs.

 


Cette galerie de portraits traduit la solidarité d’un groupe où chacun soutient l’autre, dans une communauté d’esprit et de création. Apollinaire, Cocteau, Léopold Zborowski ou Paul Guillaume font partie de ceux qui encouragent ces talents venus d’horizons divers.

 

MONTMARTRE ET MONTPARNASSE : CŒURS BATTANTS DE L’ART MODERNE

 

Le parcours se poursuit à travers les deux pôles qui ont façonné l’art moderne. Montmartre, avec le Bateau-Lavoir, fut le premier creuset. Puis Montparnasse, plus abordable et plus libre après 1914, devient le nouveau centre.

 


Cafés, académies, ateliers et cités d’artistes forment un véritable laboratoire où les idées circulent et les amitiés se tissent. Les œuvres exposées, de Marevna à Kisling, évoquent ces lieux mythiques où se sont inventées les avant-gardes.

 

DANS L’INTIMITÉ DE L’ATELIER : LE MODÈLE À L’ŒUVRE

 

Cette section nous plonge dans les ateliers – ces lieux d’apprentissage, de bohème et de liberté. L’atelier de Kisling, rue Joseph-Bara, était un foyer d’effervescence où Modigliani, Kiki et tant d’autres posaient, peignaient, débattaient. On y perçoit l’atmosphère d’une époque où l’art et la vie se confondaient.



Le Nu allongé de Kiki de Montparnasse (1925) de Kisling, présenté dans l’exposition, en est l’un des emblèmes : sensualité, modernité, et liberté du regard.

 

LA FABRIQUE D’UNE MODERNITÉ PLURIELLE

 

Cette partie explore les filiations artistiques, les influences et les réinventions.

 

À L’ÉCOLE DES MAÎTRES

 

À Paris, les artistes étrangers découvrent un patrimoine foisonnant : du Louvre aux musées d’art moderne, tout nourrit leur inspiration. Sous l’influence de Cézanne, Gauguin ou Renoir, ils élaborent leurs propres langages.

 


La Nature morte aux fruits d’Abraham Weinbaum illustre cet équilibre entre structure et émotion : hommage discret à Cézanne, mais aussi affirmation d’une sensibilité nouvelle.

 

REPENSER LA FIGURE ET L’ESPACE

 

Le cubisme de Picasso et Braque inspire toute une génération. Henri Hayden, Louis Marcoussis ou Jean Lambert-Rucki s’emparent de cette grammaire géométrique pour créer une modernité plus libre, plus personnelle. L’exposition souligne l’importance des galeries parisiennes, notamment celle de Léonce Rosenberg, qui soutiennent ces expérimentations audacieuses.



DIVERSITÉ DES FORMES, SINGULARITÉ DES GESTES

 

Aucune école ne résume mieux la diversité stylistique que celle de Paris. Les œuvres d’Alice Halicka ou de Serge Férat en témoignent : collages, fixés sous verre, techniques mixtes. Le symbolisme de Boleslas Biegas, avec ses « portraits sphériques » fascinants, complète ce panorama d’expérimentations.



Dans les jardins du musée, on découvre d’ailleurs une sculpture de Biegas, Frédéric Chopin, la harpe de l’inspiration (1908), installée en écho à son univers mystique.

 

FIGURES CLASSIQUES, REGARDS MODERNES

 

Dans l’entre-deux-guerres, beaucoup d’artistes reviennent à l’ordre, réinterprétant les canons classiques. La monumentalité de Tamara de Lempicka, la rigueur d’Eugène Zak ou la mélancolie symboliste de Biegas incarnent ce dialogue entre tradition et modernité.



L’exposition met en lumière cette recherche d’équilibre, entre héritage antique et invention formelle.

 

IDENTITÉS ET DÉRACINEMENT : CRÉATIONS EN EXIL

 

Cette section, l’une des plus fortes, aborde le thème du déracinement et de la mémoire.

 

REGARDS SUR LA FAMILLE, PORTRAITS D’APPARTENANCE

 

Pour beaucoup d’artistes, peindre la famille, c’est affirmer son identité. Les femmes - Mela Muter, Alice Halicka, Chana Orloff - y occupent une place centrale, souvent en résistance face aux conventions.

 


La Maternité de Mela Muter, peinte après la mort de son fils, bouleverse par sa gravité : une mère sculpturale, symbole de douleur et de persévérance, comme une Pietà moderne.

 

UN MONDE, MILLE VOIX : RACINES EN RÉSONANCE

 

Les artistes de l’École de Paris ne cessent de questionner leurs racines. Le Guitariste de Mela Muter, perdu dans la foule, symbolise l’artiste solitaire au milieu du tumulte du monde. Peinte dans les années 1930, l’œuvre préfigure les tempêtes politiques à venir et la fragilité de l’espoir.



MÉMOIRES D’EXIL : JUDAÏCITÉ ET ART MODERNE

 

Cette partie rend hommage aux artistes juifs de l’École de Paris, souvent persécutés ou exilés. Le Famille pendant le Shabbat de Nathan Grunsweigh (1923) exprime avec délicatesse la spiritualité quotidienne, la chaleur domestique et la persistance des traditions malgré l’exil.

 


À travers ces œuvres, l’exposition évoque l’histoire brisée d’une génération, entre aspiration à la liberté et tragédies du siècle.

 

AU-DELÀ DE PARIS : HORIZONS ET VOYAGES

 

TERRES D’ACCUEIL, TERRES D’INSPIRATION

 

Si Paris fut leur foyer, les artistes de l’École de Paris ont trouvé ailleurs d’autres lumières : Provence, Bretagne, Méditerranée.



Dans Crique de Cassis (1921), Henri Hayden abandonne les rigueurs du cubisme pour une peinture plus libre, baignée de lumière et de lyrisme.

 

LE SENTIMENT OCÉANIQUE : ESPOIRS ET HORIZONS INTÉRIEURS

 

Dernière étape du parcours : l’art comme refuge. Face à la crise des années 1930 et à la montée des totalitarismes, ces artistes explorent une spiritualité universelle, un apaisement dans la couleur et la forme.

 


Le Bouquet d’Hélène d’Oettingen, présenté en conclusion, symbolise cette paix retrouvée, cet élan de beauté malgré la noirceur du monde.

 

MON AVIS

 

Cette exposition est bien plus qu’une rétrospective : c’est une traversée humaine et artistique. On y sent la force du collectif et la singularité des destins, l’espoir d’un monde ouvert et la mélancolie de l’exil.

 

La scénographie du musée de Montmartre, sobre et lumineuse, accompagne le visiteur dans un voyage qui relie Montmartre à Montparnasse, la Pologne à Paris, l’intime à l’universel. Le dialogue entre les œuvres, les visages, les symboles et les récits rend hommage à cette diversité qui a façonné l’art moderne.

 

En quittant les salles, on repense à cette phrase de Marek Roefler : « Paris les a inspirés, et ils ont su, en retour, nourrir la ville de leur art. »

 

Un siècle plus tard, le musée de Montmartre célèbre cette fécondité artistique avec justesse et émotion. Une exposition à découvrir pour comprendre comment la rencontre des cultures a façonné la modernité.

 

INFORMATIONS PRATIQUES

 

  • Quoi ? « L’École de Paris. Collection Marek Roefler »

  • Quand ? Du 17 octobre 2025 au 15 février 2026

    Ouvert tous les jours :

    De 10h à 18h (octobre à février)

    De 10h à 19h (mars à septembre)

  • Où ? Musée de Montmartre & Jardins Renoir

    12, rue Cortot, 75018 Paris

  • Combien ? Plein tarif : 15 € / Tarifs réduits : de 8 à 12 €

    Gratuit pour les moins de 10 ans

  • Accès ? Métro Lamarck-Caulaincourt (ligne 12) ou Anvers (ligne 2)

    Bus : 40 ou 80

 

Plus d’informations sur le site du musée de Montmartre.

 

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