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EXPOSITION: «DES CHEVEUX ET DES POILS» AU MAD PARIS


Ce 5 avril, le Musée des Arts Décoratifs de Paris (MAD Paris) inaugure sa nouvelle exposition: DES CHEVEUX ET DES POILS, à explorer jusqu’au 17 septembre 2023. Quelque peu étonnante, cette thématique soulève en réalité la question de la représentation du corps et de son évolution tout au long de notre histoire, de la coiffure -ses modes et ses révolutions- à notre rapport plus général à la pilosité.


Des poils que nos cultures gréco-romaine et judéo-chrétienne nous ont appris à maîtriser pour distinguer l’homme et la femme «civilisé.e.s» de la supposée «sauvagerie animale». Des cheveux et des poils qui révèlent ou travestissent notre identité, et nous aident à façonner notre image.

À travers 670 œuvres -documents, perruques, peintures, photographies, objets, installations artistiques- du 14e siècle à nos jours, l’exposition raconte comment poils et cheveux ont toujours joué un rôle essentiel dans la construction de l’apparence. Un rôle esthétique, d’abord, mais aussi social et culturel qui affiche l’appartenance à un clan ou une classe, les convictions comme les contestations, mais aussi l’élégance ou le laisser-aller, la formalité ou la liberté, la féminité ou la virilité: sous les aisselles des femmes, le poil peut se revendiquer féministe; coiffés en crête chez les punks ou rasés chez les skinheads, les cheveux peuvent s’affirmer politiques.


L’exposition s’ouvre sur deux statues en bois sculpté. Elles symbolisent à elles seules l’image que l’on a et que l’on donne à la pilosité au 14e siècle: une sculpture d’homme sauvage incarné par un corps entièrement couvert de poils («Homme sauvage», Cologne), et une sculpture de Sainte Marie-Madeleine (Bruxelles vers 1500) où la femme bien née et éduquée est représentée avec une chevelure complexe, coiffée et surtout apprivoisée.


Le parcours de visite s’articule ensuite autour de 5 thématiques.

  • MODES ET EXTRAVAGANCES:

Véritable marqueur social, la coiffure féminine, toujours plus créative, a évolué au cour des siècles, en même temps que la société s’est transformée. Au Moyen-Âge, suivant le précepte de Saint-Paul, on impose le voile aux femmes pour cacher leurs cheveux, perçus comme objets de séduction.

Mais dès le 15e siècle, les cheveux se libèrent. Les modes vont alors se succéder, donnant lieu à des coiffures plus ou moins sophistiquées et extravagantes. À la cour de Louis XIV, entre 1670 et 1680, on adopte ainsi la coiffure à l’hurluberlu (mélange de l’ancien français hurelu, qui veut dire ébouriffé, et de Berlu, personnage extravagant), parfaitement décrite par Madame de Sévigné dans ses lettres, avec ses cheveux dégradés et bouclés en tire-bouchon, placés de chaque côté d’une raie, et relevés sur l’arrière. Une mode qui laissera sa place à la coiffure à la Fontange dès la fin des années 1680 (du nom de la favorite du Roi Soleil, la duchesse Angélique de Fontanges) qui voit la chevelure remonter au sommet de la tête, agrémentée de rubans et dentelles.

Avec la régence (1715-1723), le 18e siècle inaugure une ère plus sage pour les coiffures féminines. Les cheveux peuvent se porter courts et frisés, «en tête de mouton» ou en «bichon», ou bien longs, en «cul nu», c’est-à-dire relevés en chignon sur l’arrière et littéralement «tapés», soit aplatis, sur le devant, laissant toutefois paraître quelques mèches bouclées retombant autour du visage. Un «tapé» qui va se faire de plus en plus excentrique en s’élevant de plus en plus haut dans les années 1760-70 grâce à des coussins de crin ou de taffetas insérés sous les cheveux. Des hauteurs qui vont parfois atteindre quasiment un mètre, donnant lieu à des scènes cocasses lorsqu’il s’agit d’entrer dans les carrosses ou de passer une porte.

S’ouvre alors la période la plus extravagantes de l’histoire de la coiffure avec, à la fin du 18e siècle, les «poufs», ces coiffures extraordinairement hautes et décorées de toutes sortes d’ornements, objets, fleurs etc.. imaginées notamment par le premier coiffeur emblématique de l’histoire, Léonard Autier, dit «Léonard», coiffeur favori de la reine Marie Antoinette. Des poufs qui portent des noms originaux, comme cette «coiffure à l’Indépendance» ou «pouf à la Belle Poule» qui, pour fêter le succès de la Guerre d’Indépendance américaine, intègre à la chevelure une maquette de la célèbre frégate française qui échappa aux troupes anglaises en 1778.

Coiffure en hommage à la Guerre d'Indépendance américaine, vers 1778

Le 19e siècle, quant à lui, voit d’abord l’essor de coiffures inspirées de l’Antiquité, avant de replonger dans le 18e siècle avec des coiffures à la Pompadour (front dégagé et cheveux relevés sur les côtés et vers l’arrière) ou à la Girafe (cheveux remonté sur le dessus comme un cou de girafe).

Cette section se termine par une sélection d’ornements pour cheveux, mais aussi d’objets réalisés en cheveux, ce matériau impérissable, avec pour objectif le souvenir: des cadres où l’on expose les cheveux de défunts, des bracelets ou bijoux faits de mèches empruntés à l’être aimé afin de garder près de soi la mémoire de son amour…


  • POIL OU PAS POIL?:

Ici, on s’attache à l’évolution de la pilosité, de ses symboles et de ses modes. L’homme, d’abord. Si le Moyen-Âge aime les visages imberbes, dès 1520, la barbe fait son apparition comme symbole de force et de virilité, notamment à travers l’image des rois barbus François 1er (France), Henry VIII (Angleterre) et Charles Quint (Espagne et Saint Empire Romain Germanique).

Mais un siècle plus tard, dès 1630, les poils disparaissent et se domptent pour laisser place à des visages glabres et des perruques soignées, signes extérieurs de richesse et de noblesse.

Il faut attendre le 19e siècle pour que les barbus et moustachus de tout genre reviennent sur le devant de la scène, et qu’apparaissent, pour les entretenir, des métiers (barbier) et des objets (brosse, cire, fixe-moustache) spécifiques.

Après le visage, le corps se fait lui aussi tantôt imberbe, tantôt poilu. Les corps idéalisés des sculptures antiques ou de la peinture classique sont dénués de poils, et la pilosité n’est représentée, plus tard, que dans les portraits de sportifs ou pour appuyer une extrême virilité quasi animale.

La pilosité féminine est aussi absente des représentations artistiques, et alors que le corps des femmes se dévoile de plus en plus au début du 20e siècle grâce à une mode plus libre et moins occultante, l’épilation devient un incontournable et le symbole d’une féminité extrême. Aujourd’hui encore, le poil corporel se fait plus ou moins maîtrisé, au gré des modes qui oscillent entre corps lisses et velus.


  • INTIMITÉ, POSTICHES ET COULEURS:

Loin d’être le reflet de notre authenticité, la coiffure laisse à voir ce qu’on veut dire de soi. Longtemps, il était impensable de se présenter en public non coiffé, de peur de dévoiler une part de son intimité. Le portrait de l’impératrice Sissi, les cheveux défaits, était réservé à son mari, mais en devait en aucun cas être exposé aux yeux de tous.

Déjà au 17e siècle, Louis XIV imposait à la cour la perruque en cheveux véritables, choisie pour cacher son crâne devenu chauve à la suite d’une maladie. Andy Warhol en fera de même au 20e siècle, et la mode s’empare encore aujourd’hui des postiches pour enjoliver les coiffures.

Dans ce jeu de cache-cache entre le naturel et le paraître, la couleur des cheveux tient une place prépondérante. Des pratiques empiriques du 19e siècle aux savoir-faire experts des coloristes d’aujourd’hui, la coloration capillaire a beaucoup évolué pour permettre à chacun et chacune d’arborer la chevelure de son choix. Des couleurs à la symbolique bien ancrée dans notre culture, du blond ultra féminin ou enfantin, au brun fort de caractère, en passant par le roux sulfureux.


  • MÉTIERS ET SAVOIR-FAIRE:

Au fil de l’Histoire, de nombreux métiers sont nés du travail du poil et du cheveux -Barbiers, étuvistes (proposant des bains de vapeur capillaires), perruquiers, coiffeurs…, comme de nombreux outils et objets exposés ici -peignes, ciseaux, fer-à-friser, outils séchoirs, machines à permanentes, produits de coiffage et d’entretien…

On apprend aussi que la haute coiffure est reconnu comme un art à part entière dès 1945. Un savoir-faire français marqué par des grands noms de la coiffure comme Guillaume (Guglielmi), Monsieur Antoine (Antoni Cierplikowski), Rosy et Maria Carita, Alexandre de Paris…

Aujourd’hui, certains coiffeurs s’imposent en véritables artistes de Haute Coiffure avec des créations exceptionnelles qui défilent sur les podiums ou qui s’exposent en vraies œuvres d’art, comme ici avec les réalisations de Shinji Konishi, Marisol Suarez, Jean-Baptiste Santens,Sam McKnight, Nicolas Jurnjack ou Charlie Le Mindu.


  • REGARDS SUR UN SIÈCLE:

À travers les œuvres d’artistes contemporains du cheveux, la dernière section de l’exposition rend hommage aux coiffures iconiques des 20e et 21e siècles, riches de nombreuses créations capillaires emblématiques de l’histoire, grâce: chignon 1900, coupe à la garçonne dans les années 1920, les coiffures crantés des années 1930, la choucroute à la Bardot des années 1960, la longueur des cheveux masculins et féminins des années 1970, le volume des coiffures des années 1980, ou encore le blond californien et le dégradé des années 1990…

Des œuvres capillaires exceptionnelles conçues par Charlie Le Mindu, Nicolas Jurnjack, Helen Pynor, Mureil Nisse, et des pièces de mode réalisées en cheveux par les grands couturiers Alexander McQueen, Josephus Thimister, Martin Margiela…



INFORMATIONS PRATIQUES


Le MAD Paris est ouvert tous le sjours de 11h à 18h (sauf le mardi) et en nocturne jusqu’à 21h le jeudi.


Toutes les informations et réservations sont disponibles sur le site du musée.


SOURCES


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