top of page

EXPOSITION: ‘FRANK HORVAT. PARIS, LE MONDE, LA MODE’ AU JEU DE PAUME


Le musée du Jeu de Paume, à Paris, rend hommage au photographe italien Frank Horvat, décédé le 21 octobre 2020, à travers une exposition inédite: «Frank Horvat. Paris, le mode, la mode» présentée du 16 juin au 17 septembre 2023. Une rétrospective illustrée de plus de 170 tirages et 70 documents d’archive qui mettent en lumière les 15 premières années de son travail d’artiste, entre 1950 et 1965, période où son style unique s’impose, bouleversant les codes du photojournalisme d’après-guerre.

Frank Horvat, Musée du Jeu de Paume

L’exposition s’ouvre sur les débuts de photoreporter de Frank Horvat, entre 1950 et 1954. Né à Abbazia, en Italie (aujourd'hui Opatija en Croatie), le 28 avril 1928, et issu d’une famille juive, Francesco Horvat (il prendra plus tard le nom de Franco puis Frank), est contraint de s’exiler en Suisse, près de Lugano, en 1939. De retour à Milan après la guerre, il devient publicitaire puis photographe, une discipline où il se fait remarquer par le style intense et intime de son travail. Alors que la presse illustrée est en plein renouveau, il est publié dès 1950 dans des journaux comme Epoca en Italie, ou Die Woche et Sie und Er en Suisse. Grand admirateur d’Henri Cartier-Bresson (1908-2004), célèbre photojournaliste reconnu pour sa capacité à saisir «l’instant décisif», Frank Horvat embarque pour un voyage qui le mènera, entre 1952 et 1954, de Lahore, au Pakistan, à Calcutta, en Inde, ou encore en Jordanie. Là, de fêtes populaires en lieux de vie nocturnes, il saisit l’intimité parfois cruelle et difficile d’individus confrontés à la dure réalité du monde qui les entoure. Ses photographies, publiées dans la presse internationale, lui valent la reconnaissance de son talent.

De retour en Europe, Horvat poursuit le partage de sa vision du monde à Londres, à Bruxelles et à Paris. C’est dans l’atmosphère de ces villes que nous plonge la deuxième section de l’exposition qui se concentre sur les années de 1954 à 1959. C’est à cette époque qu’il commence sa collaboration avec le magazine Réalités, alors très influent en France, pour qui il réalise en 1956 une grande enquête sur le proxénétisme parisien. Ce reportage nocturne l’emmène au plus près des réseaux de prostitution, de Pigalle au Bois de Boulogne, et au plus proche d’une réalité dont il aime saisir la brutalité. Une réalité incarnée par les personnes qu’il photographie, toujours avec une distance intime et une douceur respectueuse.

De Paris, où il s’installe définitivement après son mariage avec Maria Teresa Lorenzetti en 1956, Franck Horvat captera le paysage urbain, du mobilier aux toits des immeubles, en passant par le graphisme des enseignes qui jonchent les rues. Ses clichés, pris au téléobjectif et en hauteur, lui vaudront d’être présenté à la Biennale de photographie de Venise. Il poursuivra son décryptage parisien par un reportage sur le cabaret de strip-tease, Le Sphinx, où il réalise des clichés complices des coulisses et des danseuses qui, sous son objectif, semblent dominer le spectateur isolé dans son rôle de voyeur. Horvat produira de nombreux autres instantanés des soirées parisiennes, des Folies-Bergères au défilé de Coco Chanel.


Après plusieurs reportages politico-sociaux, il entre dans l’agence Magnum en 1960 comme reporter. Mais rapidement, comme l’évoque la section suivante de l’exposition consacrée aux années 1957-1962, sa carrière va prendre un tournant lorsqu’en 1957, via William Klein, il rencontre Jacques Moutin, le directeur artistique du magazine Jardin de Modes. Ce dernier propose à Horvat d’adapter son style à la photographie de mode qu’il va alors révolutionner en imposant un «style reportage». Là où maquillage excessif et poses stéréotypées étaient de rigueur, Franck Horvat va exiger que les mannequins soient plus naturelles, à l’image des décors et de la lumière. Quittant la réalité fictive des studios, il investit les Halles, les cafés, les parcs et les rues, pour capter la spontanéité des modèles et rendre la mode plus vivante. Son travail l’inscrira comme l’un des plus grands photographes de mode, et après Elle et Jour de France, il contribuera aux prestigieux British Vogue et Haper’s Bazaar. À travers ses clichés de mode, ce sont aussi les femmes qu’il met à l’honneur, des modèles à forte personnalité qui deviendront célèbres comme Nico (future membre des Velvet Underground) ou Anna Karina (future égérie de Jean-Luc Godard).

Mais Frank Horvat reste un reporter dans l’âme. Et si son travail pour la mode est fructueux, ce qu’il aime avant tout c’est parcourir le monde et en capter la réalité. Son souhait est exaucé quand le magazine allemand Revue le missionne pour un photoreportage de huit mois à travers le monde entre 1962 et 1963. Du Caire à Tel-Aviv, en passant par Calcutta, Sidney, Bangkok, Hong Kong, Tokyo, New York, Caracas, Dakar ou Rio, Horvat saisit encore et toujours l’intimité de situations et d’individus dans la réalité de leur environnement. Corps solitaires, désenchantement du monde, ces séries de photos, présentées dans la dernière section de l’exposition, révèlent un aspect plus personnel et intuitif du travail de Frank Horvat.

Si son nom ne m’était pas familier, je connaissais certains clichés de Frank Hirvat, notamment les clichés de mode. Mais cette exposition nous permet de comprendre le travail complexe et multiforme de cet artiste de talent. Le focus ici se fait sur 15 ans, mais sachez que vous pouvez découvrir l’ensemble du travail d’Horvat sur son site web, un site qu’il a supervisé et qui est el reflet de sa propre vision de son travail : Horvatland.com.

INFORMATIONS PRATIQUES

Le musée du Jeu de Paume est ouvert le mardi de 11h à 21h et du mercredi au dimanche de 11h à 19h. Tous les détails sur le site du musée.


SOURCES

  • Visite guidée de l’exposition.

  • Dossier de presse de l’exposition.

2 commentaires
bottom of page