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EXPOSITION: ‘LA RÉGENCE À PARIS’ AU MUSÉE CARNAVALET


Jusqu’au 25 février 2024, la nouvelle exposition du Musée Carnavalet-Histoire de Paris, «La Régence à Paris (1715-1723). L’aube des Lumières», propose de revenir sur un chapitre souvent méconnu de l'histoire de France: la Régence, une période de transition marquée par le retour du roi et le réveil de la vie politique, culturelle et économique au cœur de Paris. Cette exposition s'inscrit dans le cadre du tricentenaire de la disparition du Régent, Philippe d’Orléans (1674-1723), le 2 décembre 1723.

A travers plus de 200 œuvres (peintures, sculptures, œuvres graphiques, décors et objets d’art, mobilier) issues de collections publiques et privées, l’exposition offre une plongée dans ces 8 années charnières de l'Histoire. Via un parcours thématique qui met en avant les innovations de cette période et leur impact historique, elle témoigne des transformations profondes de la société de l’époque qui annoncent la révolution philosophique des Lumières, et font de Paris la capitale culturelle de la France et même, alors, de l’Europe.


On y apprend aussi beaucoup sur la personnalité atypique du Régent, un homme politique parfois autoritaire, mais aussi libre-penseur, athée, artiste (peintre, musicien), aux mœurs parfois trop libres et scandaleuses.


RETOUR SUR LA CHRONOLOGIE ET LES POINTS FORTS DE CETTE PÉRIODE DE RÉGENCE (1715-1723)


Tout commence le 1er septembre 1715, lorsque Louis XIV s'éteint à Versailles après 72 ans de règne. Il laisse une France endettée par des guerres coûteuses, mais aussi l’image d’un royaume puissant et influent dans toute l’Europe. Après le décès de quasiment tous ses héritiers directs, le roi Soleil cède son trône à son arrière-petit-fils, le duc d’Anjou qui, à seulement 5 ans, devient le roi Louis XV.

S’il règne déjà, le jeune roi ne peut gouverner avant sa majorité fixée à 13 ans. Dans son testament, Louis XIV avait exigé que l’éducation de son arrière-petit-fils soit confiée au duc du Maine, l’un des fils légitimés qu’il a eus avec sa favorite, Madame de Montespan. C’est lui aussi qui doit présider un conseil de régence. Opposé à cette décision, Philippe, duc d’Orléans et neveu du Roi Soleil, se considère comme le régent légitime. Le 2 septembre, il réussit à faire casser le testament par le Parlement de Paris à qui il rend, en contrepartie, le droit de remontrance enlevé par Louis XIV en 1673 et qui lui permet de contester les lois et les lettres patentes émises par le roi avant leur enregistrement. Un droit que le Parlement saura d’ailleurs utiliser plus tard contre Louis XV lui-même.

La Régence de Philippe d’Orléans va marquer une rupture avec la fin de règne dévote et austère de Louis XIV. Le château de Versailles est délaissé, d’abord pour le château de Vincennes, puis pour le Palais des Tuileries à Paris. Louis XV y est éduqué par le maréchal de Villeroy, mais surtout par son précepteur, l’évêque André Hercule de Fleury, qui lui donne le goût des sciences (botanique, médecine, astronomie), de la géographie et de l’histoire. Le Régent s’occupe, lui, de le former à la politique, et Louis XV assiste très tôt au conseil du gouvernement.

Le Palais-Royal, demeure des Orléans, et donc du Régent, devient l'épicentre de la vie politique et culturelle du royaume. C'est le début d'une période de bouillonnement intellectuel qui engendre des innovations majeures, que ce soient sur le plan philosophique, économique ou artistique. Parmi les noms célèbres qui émergent de cette époque, on compte Voltaire, Marivaux, Montesquieu, Law, Watteau…

D’un point de vue politique, Philippe d’Orléans, secondé par son principal ministre, l’abbé Dubois (1656-1723), ramène la paix aux frontières du royaume, se rapprochant de l’Angleterre, de la Hollande et de l’Empire Germanique, et réconciliant la France et l’Espagne.

Le Régent restaure également le finances du pays, notamment en suivant les conseils de l’économiste écossais John Law: introduction du papier-monnaie (billets), création de la Banque Royale, libéralisation du système financier… Cependant, même s’il désendette la France, ce système reste fragile, et la spéculation frénétique qu’il engendre mène en 1720 à une grave crise financière. Malgré cela, les caisses se remplissent et le commerce se développe (notamment le commerce triangulaire au cœur duquel l’esclavage et les produits des colonies).


Deuxième ville d'Europe, Paris voit alors sa population croître de manière considérable, et les hôtels particuliers des courtisans et financiers fleurissent dans la capitale, faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré: hôtels d’Evreux (Elysée), de Matignon, de Toulouse, Palais Bourbon (actuelle Assemblée nationale)… Avec ces hôtels, les arts décoratifs, le mobilier et les objets d’art se développent et évoluent, en rupture, là-aussi, avec l’austérité du style classique louis-quatorzien: le style rocaille, annonciateur du style Louis XV, s’impose avec ses courbes et contre-courbes et ses excès d’ornementations, et le mobilier se veut plus confortable et pratique, pour des intérieurs où l’on aime vivre et recevoir.

Au sein d’un Paris redevenu capitale politique et culturelle, les salons se multiplient: salons artistiques, politiques ou littéraires (le jeune Voltaire s’y fait remarquer). L’art de vivre parisien et français, caractérisé par le luxe et les plaisirs, étend sa renommée au-delà des frontières, dans toute l’Europe.

Les arts, la littérature, la musique et la mode connaissent également un épanouissement créatif, incarné par des artistes comme Antoine Watteau, François Boucher, et Jean-Philippe Rameau. Le théâtre, lui, est de retour, notamment le théâtre italien banni par Louis XIV.


Libertin (ici dans le sens de libre-penseur), athée, artiste, défenseur des arts, amateur de tous les plaisirs, le Régent ouvre une période de mœurs déridés, marquée par un esprit de fête et de libertinage -même si on a sûrement exagéré les pratiques de débauche de Philippe d’Orléans. À Paris, on s’amuse, on se cultive, on échange: la Régence est ainsi le prélude au mouvement des Lumières qui prône une certaine liberté d’expression. Les philosophes tels que Voltaire, Montesquieu, et Diderot commencent à remettre en question l'ordre établi et à promouvoir des idées de progrès, de tolérance et de liberté intellectuelle.


Cependant, la Régence apporte aussi son lot de zones d’ombre. Cette période est marquée par une instabilité politique croissante. La rivalité entre différentes factions de la noblesse et la montée en puissance des financiers et des spéculateurs engendrent des conflits et des intrigues. Par ailleurs, si l’économie se porte mieux, les problèmes financiers (notamment dus à la crise du système Law) persistent, et les tensions sociales et économiques, renforcées par l’augmentation des impôts, restent importantes.

Finalement, après 7 années de faste, le pouvoir du Régent tend peu à peu à diminuer à mesure que le jeune souverain approche de sa majorité. Après son sacre à Reims le 25 octobre 1722, Louis XV décide ainsi de réinstaller la cour de France et le gouvernement à Versailles. Mais la période de Régence prend réellement fin le 15 février 1723, lorsque le roi atteint l'âge de 13 ans et est déclaré majeur (la fin officielle est fixée au 16 février: date de la majorité + un jour) . Cependant, s’il peut désormais gouverner en son nom, il préfère garder auprès de lui comme conseiller son oncle Philippe d’Orléans qui meurt quelques mois plus tard, le 2 décembre 1723.


Les influences de la Régence vont cependant dépasser la disparition du Régent. L’esprit des Lumières, comme les arts décoratifs et le style rocaille inaugurés alors, continuent à influencer la France du 18e siècle.

MON AVIS


Cette exposition, assez courte mais richement documentée, permet de mieux comprendre -ou même de connaître- la période de Régence, une période courte et pourtant importante de notre Histoire.


Je vous invite donc à la découvrir. Ce sera aussi l’occasion pour vous d’explorer la richesse des collections du Musée Carnavalet-Histoire de Paris.


Notez qu’avec votre billet, et sur réservation sur le site de Paris Musées, vous pouvez coupler votre visite de l’exposition avec une visite exceptionnelle de la Galerie Dorée, de la salle du Conseil et de la salle à Manger du Conseil de la Banque de France, ancien hôtel de Toulouse, dont les décors datent de la Régence. De nombreux créneaux disponibles les 4 novembre, 2 décembre, 6 janvier et 3 février prochains.


INFORMATIONS PRATIQUES


Le Musée Carnavalet-Histoire de Paris est ouvert tous les jours de 10h à 18h, sauf le lundi.

Pour réserver votre billet, rendez-vous sur le site des Musées de Paris.


SOURCES

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