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EXPOSITION: LES CHEVAUX DE MARLY, CHEFS-D’ŒUVRE DE L’ART ÉQUESTRE

Tableau musée Marly
Départ de chasse au château de Marly, Pierre Denis Martin le Jeune (1720-30)

Montez sur votre fidèle destrier et suivez-moi dans un voyage équestre au Domaine royal de Marly, dans les Yvelines (78), dont le musée accueille une exposition exceptionnelle: "Les Chevaux de Marly, chefs-d’œuvre de l’art équestre" du 7 juin au 3 novembre 2024.

 

Alors que le château de Versailles voisin organise les épreuves équestres des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris, cette exposition inédite met en lumière le rôle essentiel du cheval dans l'histoire et l'architecture du Domaine royal de Marly, de Louis XIV à la Révolution ; un domaine où se dressait jadis l’autre palais du Roi Soleil, un havre de paix aujourd’hui disparu, intime et plus confidentiel, qu’affectionnait particulièrement le monarque.

 

Avec plus d'une centaine de tableaux, sculptures, dessins, gravures, accessoires et documents d’archives, l’exposition nous transporte dans l'univers équestre des rois de France et nous permet d’explorer les liens historiques entre le cheval et le Domaine royal de Marly, du château aux jardins.



Une exposition qui s’inscrit dans un trio de rendez-vous dédiés aux relations entre cheval et histoire :

  • « Les Chevaux de Marly, chefs-d’œuvre de l’art équestre » au musée du Domaine de Marly (7 juin – 3 novembre 2024)

  • « Cheval en majesté, au cœur d’une civilisation » au château de Versailles (2 juillet -3 novembre 2024)

  • « À cheval : Le portrait équestre dans la France de la Renaissance » (16 octobre 2024 – 27 janvier 2025)

 

LES CHEVAUX DE MARLY AU CŒUR DE L’HISTOIRE DU DOMAINE ROYAL

 

Les chevaux, compagnons quotidiens de la famille royale et de la cour, sont omniprésents sous l’ancien régime. Partenaire des chasses royales ou des promenades, indispensable moyen de transport, allié des guerres ou acteur central des cérémonies officielles et des divertissements… le cheval est essentiel: des bâtiments somptueux lui sont dédiés, et ses représentations artistiques, symboles de la puissance royale, sont partout dans la statuaire des jardins comme dans les peintures des salons.



Le Domaine royal de Marly, rendez-vous de chasse puis résidence de plaisance des rois, n’échappe pas à la règle, et, comme on le découvre à travers l’exposition, son histoire est intimement liée à celle du cheval.

 

UN PEU D’HISTOIRE: MARLY, DEMEURE ROYALE DE PLAISANCE

 

C’est en 1676 que Louis XIV acquiert les seigneuries de Marly-le-Chastel et de Marly-le-Bourg qui appartenaient à la famille de Montmorency. Naturellement, il renomme ses nouvelles terres, Marly-le-Roi.

 

En 1679, à sa demande, les architectes Jules Hardouin-Mansart et Robert de Cotte commencent l’élévation de ce qui sera le château de Marly, une résidence royale conçue comme un lieu de retraite privé pour le roi et ses proches, loin des fastes et contraintes de Versailles.



Comme le dit lui-même Louis XIV: «J’ai fait Versailles pour ma Cour, Trianon pour ma famille, et Marly pour les amis». Il y convie ainsi régulièrement des groupes de courtisans triés sur le volet -entre 60 et 100 personnes- pour des séjours loin du protocole versaillais.

 

Au milieu d’un parc conçu comme un «palais d’eau», où les fontaines (alimentées par la célèbre machine de Marly qui pompait la Seine quelques kilomètres plus bas), les sculptures et les parterres engagent à la flânerie, la cour choisie qui réside à Marly se répartit dans douze pavillons ordonnés autour du château central réservé au roi. Le plan centré de cette résidence royale rompt avec le style français entre cours et jardin, et rappelle les demeures palladiennes de la Renaissance (en référence à l'architecte vénitien Andrea Palladio). Les décors polychromes en trompe-l’œil de Charles Lebrun, quant à eux, donnent aux façades un air flamboyant qui impressionne les invités. Plus on est logé à proximité du pavillon du monarque, plus on peut se réjouir d’avoir ses faveurs.



Ici, l’étiquette est bien moins stricte qu’à Versailles, et l’on vient surtout pour faire la fête et se divertir. Mais que l’on ne s’y trompe pas. Très vite, Louis XIV va aussi se servir de Marly comme d’un outil politique, invitant tel courtisan plutôt qu’un autre pour marquer tel accord ou désagrément. Il n’est ainsi pas rare d’entendre, à Versailles, au passage du roi, des «Sire, Marly…» que les courtisans envoient pour tenter d’être retenu pour un prochain séjour.


À la mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715, son arrière-petit-fils monte sur le trône. Trop jeune pour régner, Louis XV, âgé de cinq ans, est pris en main par Philippe d’Orléans, neveu du défunt roi, qui devient le régent de France jusqu’à la majorité du nouveau monarque, en 1723. Pendant cette période de Régence, la cour quitte Versailles pour Paris, et Marly est délaissé.



Louis XV et Marie Leszczynska y retourneront pour de courts séjours, et le roi s’y réfugiera quelques jours à la mort de son épouse en juin 1768. Si les invités sont toujours sélectionnés, il est cependant désormais possible de venir passer la journée à Marly sans y être officiellement convié, et lorsque le couple royal est absent, le domaine reste ouvert au public comme lieu de promenade.

 

Les usages seront similaires sous le règne de Louis XVI (1774-1792). Marie-Antoinette qui, on le sait, ne se sent jamais aussi bien que lorsqu’elle est loin de la cour de Versailles, aimera particulièrement y séjourner. On y donne alors des chasses et toutes sortes de fêtes (notamment pour la grossesse de la reine en 1778). Le château reste néanmoins assez inconfortable pour cette fin de 18e siècle, et le couple royal lui préfèrera les châteaux de Saint-Cloud et Rambouillet. Louis XVI et Marie-Antoinette y viendront pour la dernière fois en juin 1789, après le décès du Dauphin leur fils.



Nationalisé et en partie démantelé à la Révolution, le domaine sera revendu à deux propriétaires successifs: Coste (1799), qui continue à le détruire pour en revendre les matériaux, puis Alexandre Sagniel (1803) qui y installera une filature de coton, avant, lui aussi, de continuer son démantèlement. Alors que Napoléon refuse de racheter le domaine de Marly en 1805, les bâtiments sont finalement entièrement détruits en 1808 -pour les pavillons d’invités- et en 1816 -pour le pavillon royal (dont on peut encore voir la trace au sol). En 1811, le domaine et ses forêts deviennent cependant une réserve de chasse impériale. Il gardera ce rôle tout au long du 19e siècle, pour les rois, empereurs et présidents successifs. Un relais de chasse y est bâti, et l’ensemble restera une propriété de l’État réservée au président de la République jusqu’en 2009 où sa gestion est confiée au Domaine de Versailles.

 

L’OMNIPRÉSENCE DU CHEVAL À MARLY

 

Les chevaux vont jouer un rôle central à Marly. D’abord, avant même l’édification du château, c’est fièrement installé sur sa monture que Louis XIV se rend régulièrement sur son domaine pour chasser.



Ensuite, pour chaque ‘Marly’, comme on appelle ces séjours où quelques privilégiés ont la chance d’être invités par le souverain dans son domaine privé, c’est à cheval que l’on arrive et que l’on se déplace - tout au moins jusqu’à la grille du château où l’on se doit d’entrer à pied.

 

Chasses à courre, promenades, spectacles, parades militaires… les équidés sont également de toutes les activités. On les retrouvera enfin dans l’architecture et l’aménagement des jardins -avec notamment les groupes sculptés de Coysevox et Coustou-, dans les œuvres d’art qui décorent le château -les frontons du pavillon royal sont ornés de représentations d’Apollon (le roi) à cheval-, ou encore à travers la construction des écuries et du monumental abreuvoir.



« LES CHEVAUX DE MARLY, CHEFS-D’ŒUVRE ÉQUESTRES » : UNE EXPOSITION EN 7 PARTIES

 

L'exposition se déploie dans les espaces intérieurs du musée et dans le parc du Domaine de Marly, offrant aux visiteurs un parcours riche et varié à travers sept thèmes principaux.



LE CHEVAL ET LA CHASSE

 

L’exposition s’ouvre sur l’occupation favorite des souverains : la chasse. Ici, le cheval semble ne faire qu’un avec le roi chasseur qui consacre plusieurs jours par semaine à cette activité. En grand amateur, Louis XIV pouvait d’ailleurs chasser jusqu’à 140 jours par an !

 

On est ainsi immédiatement immergés dans l'atmosphère des chasses à courre royales, illustrées ici par des œuvres remarquables telles le tableau de Louis XV chassant le cerf dans la forêt de Saint-Germain, commandé à Jean-Baptiste Oudry pour le pavillon du Roi à Marly, ou Le départ de chasse du château de Marly de Pierre-Denis Martin le Jeune (vers 1720-1730), qui, bien que peint après la mort du Roi Soleil, représente bien Louis XIV et sa cour partant pour la chasse.



On apprend enfin que, bien plus qu’un simple loisir, la chasse joue, pour le roi, un véritable rôle à la fois de communication et de formation. Elle renforce d’abord son image de souverain puissant et vertueux, mais elle permet aussi de le préparer à la guerre et aux batailles qu’il doit mener à dos de cheval avec prestige et agilité.

 

PROMENADE ET CIRCULATION

 

Dans cette section, on comprend combien l’utilisation du cheval, qu’elle soit quotidienne - pour la chasse et les déplacements en voitures – ou exceptionnelle - pour les fêtes et parades- a façonné le paysage et l’architecture même du domaine de Marly.



Des routes ont ainsi été spécialement percées dans les bois pour permettre aux chasseurs de circuler avec leur monture rapidement et sans danger; d’autres ont été aménagées pour laisser passer les carrosses royaux et les attelages des courtisans, dessinant des carrefours en étoile à plusieurs endroits du terrain ; et de nouvelles voies adaptées ont été tracées pour faciliter la promenade ou les cérémonies officielles.

 

Notez que ces points de jonction des routes en étoile sont typiques des domaines de chasse de l’époque. C’est ainsi que la forme de la place de l’Étoile, à Paris, est en réalité l’héritière d’une ancienne zone de chasse.

  

LES BÂTIMENTS ÉQUESTRES

 

Ici, nous sommes plongés dans l'histoire des écuries royales du domaine, conçues pour accueillir les chevaux du roi, comme ceux de sa garde et de ses courtisans. Un projet qui remonte à 1683, avant même la finalisation du château.

 

Contrairement à Versailles où l’on trouve une Grande écurie (pour les chevaux de monte) et une Petite écurie (pour les chevaux de traits) bien distinctes, Marly dispose d’un seul ensemble plus simple, et situé à l’entrée du domaine, composé d’un bâtiment réservé aux chevaux du souverains et d’un autre dédié à ceux de ses gardes du corps.



Plus tard, ces écuries seront agrandies et agrémentées de nouvelles constructions : à l’extérieur du domaine pour accueillir les chevaux des courtisans, et à l’intérieur où, à la demande de Marie-Antoinette, seront bâtis de nouveaux bâtiments. En effet, la reine est une grande amatrice de chasse. D’ailleurs, afin de pouvoir chasser comme il se doit, elle obtiendra une dérogation pour être autorisée à monter à califourchon et non en amazone comme c’était l’usage pour les femmes. Notez cependant qu’elle n’utilisera ses nouvelles écuries que deux fois, en mars 1782 et en juin 1789.

 

Mais le plus remarquable reste l’Abreuvoir de Marly, une pièce monumentale érigée à l’extrémité du parc. Placée en dehors du domaine royal privé, imposant ainsi aux yeux du peuple la majesté royale des lieux, il venait compléter les deux petits abreuvoirs installés, eux, près des écuries. L’Abreuvoir est aujourd’hui un monument clé du parc que l’on peut encore admirer.



LE CHEVAL DE GUERRE

 

Cette section met en avant le rôle central du cheval à la guerre. Compagnon du roi et des soldats, il symbolise également la puissance et la grandeur du monarque et de son armée, sur le champ de bataille, mais aussi lors des cavalcades (défilé équestres) et des parades militaires qui seront nombreuses à Marly. Un prestige illustré ici par la série de peintures représentant les prises de villes sous Louis XIV, commandées au peintre Van der Meulen pour les appartements de Marly.



L’AVENTURE DES CHEVAUX DE MARLY, DE COYSEVOX À COUSTOU

 

Dans cette partie de l’exposition, on nous propose de découvrir l'histoire des célèbres sculptures Les Chevaux de Marly, aujourd’hui exposées au musée du Louvre.

 

Le premier groupe intitulé La Renommée du Roi, sera commandé par Louis XIV à Antoine Coysevox en 1702. Composé de deux sculptures, il sera placé au-dessus de l’Abreuvoir. Sous la Régence, cette œuvre sera installée à l’entrée du jardin des Tuileries.



Louis XV commandera alors un second groupe pour les remplacer : deux ensembles de sculptures que l’on appellera Les Chevaux de Marly, où l’on peut voir des chevaux sauvages retenus par des palefreniers nus. Installés en 1745 en surplomb de l’Abreuvoir, ils seront, eux-aussi, déplacés lors de la Révolution à l’entrée des Champs-Élysées à Paris, en face de La Renommée du Roi.



Depuis 1984, ces deux groupes sculptés ont été remplacés par des moulages avant d’être conduits au Louvre où on peut toujours les admirés dans la sublime cour Marly, cette cour sous verrière qui présente de nombreuses autres sculptures issues de la statuaire des jardins de Marly.

 

LE CHEVAL COMME EMBLÈME

 

On découvre ici comment les rois, et en particulier Louis XIV, ont utilisé le cheval pour symboliser leur pouvoir et leur prestige, en même temps que leur aptitude à gouverner. On les voit ainsi représentés à cheval dans des portraits officiels, en roi maître des armées ou en roi-Apollon, exploitant l’imaginaire équestre pour refléter la puissance, la grandeur et la majesté royale.




 

LES CHEVAUX DE MARLY ET LE GRAND ABREUVOIR

 

La visite se termine avec panache à l’extrémité du parc par le grand Abreuvoir et les moulages des Chevaux de Marly, ces sculptures équestres majestueuses qui le surmontaient. Vestige prestigieux du domaine, ce groupe sculpté célèbre la magnificence du roi et témoigne de l'importance accordée au cheval à Marly.



Si vous le pouvez, sortez ensuite du parc pour admirer l’Abreuvoir dans son ensemble. D’ailleurs, plutôt qu’un abreuvoir, c’était en réalité un pédiluve qui était utilisé pour nettoyer les chevaux et les équipages après la chasse. Certes, les villageois pouvaient y faire boire leurs chevaux, mais on imagine que l’eau n’y était pas très saine.



Quoi qu’il en soit, cette construction, réalisée par Jules Hardouin Mansart et placée en dehors du domaine, était la seule du Domaine de Marly ouverte aux yeux de tous. Il s’agissait de laisser transparaître la grandeur et la majesté des jardins royaux et du château privé qui se trouvaient par-delà la balustrade de l’Abreuvoir.

 

MON AVIS

 

Je ne connaissais le domaine de Marly que de nom. J’avais très envie de découvrir ce lieu légendaire intimement lié à Louis XIV, mais je craignais d’être déçu, le château n’étant plus là pour renvoyer la splendeur d’antan.

 

Et bien j’ai été agréablement surpris ! Le musée du Domaine est passionnant et retranscrit bien ce que Marly pouvait être sous le règne du Roi Soleil et de ses successeurs. Les jardins, quant à eux, sont sublimes et très agréables.

 

Enfin, l’exposition, au-delà d’être très instructive (je ne connaissais pas toute cette symbolique équestre), permet aussi d’en savoir plus sur le domaine et sur l’empreinte indélébile que le cheval y a laissé. C’est aussi l’occasion de découvrir le superbe Abreuvoir, ainsi que l’histoire des « Chevaux de Marly » dont je vous invite à admirer les originaux au Louvre si vous le pouvez.

 

INFORMATIONS PRATIQUES

  • Quoi ? "Les Chevaux de Marly, chefs-d’œuvre de l’art équestre"

  • Quand ? Du 7 juin au 3 novembre 2024 du mercredi au dimanche, de 14h à 18h

  • Où ? Musée du Domaine royal de Marly 1 Grille royale, Parc de Marly - 78160 MARLY-LE-ROI

 

Toutes les informations sur le site du musée.

 

SOURCES

 

  • Visite de l’exposition et du domaine de Marly

  • Dossier de presse

  • Page Wikipedia du château de Marly

 


 

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