RETOUR SUR L’EXPOSITION « MARIE ANTOINETTE STYLE » AU VICTORIA AND ALBERT MUSEUM (LONDRES)
- Igor Robinet-Slansky

- il y a 17 heures
- 7 min de lecture

Mon dernier séjour à Londres m’a conduit auprès d’une des figures les plus emblématiques de l’Histoire… française ! Curieux ? pas si sûr. La fascination pour Marie-Antoinette – car c’est d’elle dont il s’agit - dépasse largement nos frontières. Rendez-vous, donc, au Victoria and Albert museum, au cœur de South Kensington, le grand quartier des musées de la capitale britannique, où la célèbre reine de France est à l’honneur.
Depuis le 20 septembre, et jusqu’au 22 mars 2026, le V&A, comme le surnomment les Londoniens, lui consacre une exposition inédite : « Marie Antoinette Style ». Présentée dans les galeries 38 et 39 du V&A, il s’agit de la première exposition jamais consacrée à Marie-Antoinette au Royaume-Uni, réunissant près de 250 objets, dont des prêts exceptionnels du château de Versailles, pour certains jamais montrés hors de France.
Ici, on s’intéresse à son histoire, certes, mais aussi et surtout à la construction d’une image, d’un style, de ses goûts pour la mode et les arts, pour le théâtre et les divertissements, ou encore de sa soif d’intimité. On explore comment elle deviendra, plus tard, un mythe, jusqu’à aujourd’hui où elle reste une icône de mode et de pop culture.
LE VICTORIA AND ALBERT MUSEUM : TEMPLE DES ARTS DÉCORATIFS
Avant de découvrir l’exposition « Marie-Antoinette Style », quelques mots sur le Victoria and Albert Museum. C’est l’un des plus vastes musées d’arts décoratifs et de design au monde. Fondé en 1852 à la suite de l’Exposition Universelle de 1851, il porte le nom de la reine Victoria (r. 1837-1901) et de son époux le prince Albert (1819-1861), fervent défenseur de l’éducation artistique et industrielle.
Dès l’origine, le musée se donne pour mission de rassembler des œuvres exemplaires - textiles, mobilier, céramiques, sculptures, bijoux, objets d’art - afin d’inspirer artistes, artisans et industriels. Aujourd’hui, ses collections couvrent plus de 5 000 ans de création, de l’Antiquité à la période contemporaine, et embrassent toutes les disciplines du design et des arts décoratifs.
Le V&A est immense… et gratuit – en dehors des expositions temporaires. Donc n’hésitez pas si vous passez à Londres. Mais il faudra y revenir plusieurs fois tant il est riche ! Pour ma part, je me réserve de parcourir les galeries permanentes à l’occasion d’un prochain voyage. Cette fois, mon regard s’est concentré sur l’événement majeur de la programmation 2025-2026 du musée : « Marie-Antoinette Style ».
« MARIE-ANTOINETTE STYLE », ENTRE HISTOIRE, MYTHE ET IMAGE
Reine de France de 1774 à 1792, Marie-Antoinette demeure l’une des figures féminines les plus commentées, les plus caricaturées et les plus réinterprétées de l’histoire européenne. Archiduchesse d’Autriche devenue reine à quatorze ans, épouse de Louis XVI (rège : 1774-1792), elle incarne tour à tour l’élégance de la cour de Versailles, les excès supposés de la monarchie, la modernité du goût, mais aussi la haine populaire contre la royauté française, et la tragédie révolutionnaire.
L’exposition du V&A ne se limite pas à une lecture biographique classique. Elle s’attache à comprendre comment s’est forgée l’image de Marie-Antoinette, comment son style personnel est devenu un langage visuel, et comment cette esthétique a traversé plus de deux siècles de création, de la mode aux arts décoratifs, du cinéma à la culture populaire.
UNE EXPOSITION CONÇUE COMME UN RÉCIT
Pensée comme un parcours chronologique et thématique, l’exposition s’ouvre en 1770, à l’arrivée de Marie-Antoinette en France, et s’achève en 1793, avec son exécution. Elle ne raconte pas seulement une vie, mais analyse la naissance d’un style, son évolution, puis ses multiples renaissances.
Grâce à une scénographie immersive mêlant objets historiques, œuvres contemporaines, installations audiovisuelles et expériences sensorielles — notamment olfactives — le visiteur est invité à suivre la trajectoire d’une reine devenue très tôt une célébrité moderne, observée, commentée et imitée à l’échelle européenne.
MARIE-ANTOINETTE: AUX ORIGINES D’UN STYLE (1770–1793)
Présentée de manière chronologique, la première section pose les bases du récit en revenant sur la vie de Marie-Antoinette, de son arrivée en France en 1770 jusqu’à son exécution en 1793. Elle s’attache à comprendre comment, dès ses premières années à la cour de Versailles, la reine forge un style personnel qui dépasse largement la sphère vestimentaire.
L’ART DU PARAÎTRE : MODE, GOÛT ET INFLUENCE
Bien avant l’ère contemporaine, la reine impose des silhouettes, des matières, des couleurs, des coiffures qui sont immédiatement observées, copiées et diffusées. Robes de cour richement brodées, chemises en mousseline, accessoires, bijoux et objets de toilette témoignent d’un goût affirmé, mais aussi d’un désir de renouvellement esthétique.
Mode, bijoux, chaussures, nécessaire de toilette, échantillons de tissus, accessoires personnels… on découvre une icône de mode et une véritable influenceuse avant l’heure.
Cette section présente également une réplique du célèbre collier de diamants de l’affaire dite du collier en 1784-1785. Il est mis en regard avec le collier de diamants de Sutherland conservé au V&A, permettant de mesurer l’impact durable de ce scandale sur l’image publique de la reine.
INTIMITÉ, TRIANON ET RECHERCHE DE SIMPLICITÉ
L’exposition explore avec finesse la tension permanente entre la reine publique et la femme privée. À travers le Petit Trianon et ses espaces choisis, Marie-Antoinette cherche à s’éloigner du regard de la cour et à construire une forme d’intimité.
Mobilier raffiné, porcelaines, instruments de musique, objets du quotidien ou encore accessoires de son petit théâtre traduisent cette quête d’un art de vivre plus personnel, où la simplicité apparente devient paradoxalement un luxe suprême.
Cette partie nuance l’image d’une reine frivole, en mettant en lumière son rapport sensible aux arts, à la musique et au décor, mais aussi à une mode plus simple et moins rigide, à l’image de la célèbre robe de mousseline qu’elle porte sur le portrait d’Elisabeth Vigée Le Brun qui fera scandale – et que l’on peut voir ici : « Marie-Antoinette en Gaulle » (1783).
PROPAGANDE, HAINE ET CHUTE D’UNE REINE
La dernière période du règne est abordée frontalement. Pamphlets, caricatures et images satiriques montrent comment Marie-Antoinette devient, à la veille de la Révolution, une figure honnie, accusée de tous les excès et de toutes les trahisons.
Cette section s’appuie sur des recherches récentes autour de la notion de célébrité pré-moderne et de la construction médiatique de la haine. Elle montre comment l’image de la reine fut instrumentalisée, simplifiée et figée, jusqu’à sa déshumanisation complète.
C'est ensuite le procès et la mort de la reine qui est évoqué. Parmi les objets les plus bouleversants figure la dernière lettre écrite par Marie-Antoinette, rédigée dans son livre de prières, peu avant son exécution le 16 octobre 1793, ou encore ce médaillon renfermant une mèche de ses cheveux et une autre de son fils.
MARIE-ANTOINETTE: NAISSANCE D’UN CULTE DU STYLE (1800–1890)
La seconde section s’intéresse à la postérité immédiate de Marie-Antoinette au 19e siècle et à la naissance d’un véritable culte stylistique autour de sa figure. Sous la Restauration (1815-1830), bien sûr, mais aussi et surtout à partir du Second Empire (1852-1870). C’est notamment sous l’impulsion de l’impératrice Eugénie (1926-1920), épouse de Napoléon III (1808-1873), qu’une vision romantisée et sentimentale de la reine s’impose progressivement - Eugénie se déguisait parfois en Marie-Antoinette, et avait aménagé un petit musée dédié à l’ex reine de France dans le Petit Trianon.
Son style devient synonyme d’élégance française et nourrit ce que l’on appelle alors le « French Revival », dominant durablement les arts décoratifs, le mobilier et la mode en Europe et en Amérique du Nord. Collectionneurs britanniques et américains s’attachent à acquérir meubles, objets et souvenirs associés à la reine, contribuant à la constitution de grandes collections d’art français du 18e siècle.
L’exposition présente notamment des costumes de fantaisie signés Worth et d’autres grands couturiers, ainsi que des photographies de figures majeures comme Eugène Atget ou Francis Frith, témoignant de cette fascination persistante pour une reine devenue icône historique et esthétique.
ENCHANTEMENT ET ILLUSION : FANTAISIES FIN-DE-SIÈCLE
La troisième section explore l’évolution de l’image de Marie-Antoinette à la fin du 19e siècle et au début du 20e, lorsque son style entre dans une nouvelle phase marquée par l’enchantement, le rêve et l’évasion. La reine devient alors une figure de conte de fées, associée à la beauté, à la magie, mais aussi à la décadence.
À travers des objets et des œuvres relevant de l’Art nouveau et de l’Art déco, cette partie montre comment son image se détache progressivement de la réalité historique pour nourrir un imaginaire luxuriant et théâtral. Robes du soir imaginées par Jeanne Lanvin ou les sœurs Boué dialoguent avec des illustrations lumineuses de figures majeures de l’âge d’or de l’illustration, telles qu’Erté, George Barbier ou Edmund Dulac
Cette section met en lumière la capacité du mythe Marie-Antoinette à se transformer en un langage visuel autonome, malléable, au service de nouvelles esthétiques.
MARIE-ANTOINETTE RE-STYLED : L’ICÔNE CONTEMPORAINE
La dernière section est consacrée à la vitalité contemporaine du style Marie-Antoinette et à son influence continue sur la mode, la photographie, le cinéma et la pop culture. Du 20e siècle à aujourd’hui, créateurs et artistes puisent librement dans son héritage pour en proposer des relectures audacieuses.
Des pièces de haute couture signées Moschino, Dior, Chanel, Erdem, Vivienne Westwood ou Valentino sont présentées aux côtés de photographies de Tim Walker et Robert Polidori. Costumes, accessoires, images de films et de performances rappellent combien la reine continue d’inspirer l’imaginaire collectif, bien au-delà de l’histoire.
Un ensemble particulièrement marquant est consacré au film Marie Antoinette de Sofia Coppola, avec notamment les chaussures dessinées par Manolo Blahnik, illustrant la manière dont le mythe se renouvelle à travers le cinéma, la mode et les cultures visuelles contemporaines. On y retrouve aussi des costumes de la série "Marie-Antoinette", ou encore du film avec Norma Shearer de 1938.
MON AVIS
En amateur passionné d’histoire et en visiteur régulier du château de Versailles, je ne pensais pas qu’une exposition sur notre ex-reine Marie-Antoinette outre-Manche pourrait me surprendre. Et pourtant ! Ce regard qui, justement, n’est pas seulement historique, donne un ton à la fois ludique et passionnant au parcours de visite.
La richesse des pièces présentées, des robes et bijoux exceptionnels, aux tableaux, documents et objets d’art précieux, rend cette exposition unique et incontournable pour qui aime l’histoire, la mode, la culture… et bien sûr, Marie-Antoinette !
Enfin, la dernière salle, où s’exposent les silhouettes contemporaines, est impressionnante, et on ne sait plus où donner de la tête.
Bref, je recommande vivement cette exposition. Mais attention, elle est très prisée, alors pensez à réserver (et merci, pour ma part, aux équipes du V&A pour l’invitation).
INFORMATIONS PRATIQUES
Quoi ? Exposition « Marie Antoinette Style »
Quand ? Du 20 septembre 2025 au 22 mars 2026
Où ? Victoria and Albert Museum – V&A South Kensington
Galleries 38 & 39
Cromwell Road, South Kensington, Londres
Accès? Métro : South Kensington (District, Circle et Piccadilly lines)
Billets disponibles sur le site du V&A – réservation vivement recommandée sur le site du musée.
Prévoir 1h30 à 2h pour une visite confortable.
SOURCES
Visite de l’exposition
Dossier de Presse de l’’exposition




















































































































































































































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