« MARILYN MONROE : 100 ANS ! » : À LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE, REDÉCOUVRIR L’ACTRICE DERRIÈRE LE MYTHE
- Igor Robinet-Slansky

- 1 juin
- 10 min de lecture

Il y a des icônes que l’on croit connaître avant même de les avoir vraiment regardées. Marilyn Monroe est de celles-là. Une silhouette, un sourire, une robe blanche soulevée par le souffle du métro, une voix douce et légèrement voilée, des chansons devenues cultes, des photographies entrées dans l’imaginaire collectif… Mais derrière l’image mille fois reproduite, derrière la blonde glamour et l’éternel sex-symbol, il y a aussi une actrice. Une femme au travail. Une artiste qui n’a cessé de vouloir exister autrement que comme une image.
C’est précisément ce que propose de montrer l’exposition « Marilyn Monroe : 100 ans ! », présentée à la Cinémathèque française, à Paris, du 8 avril au 26 juillet 2026, à l’occasion du centenaire de la naissance de l’actrice née le 1er juin 1926.
À travers une sélection inédite de costumes, photographies, documents rares, objets, vêtements, accessoires et extraits de films, le parcours invite à redécouvrir Marilyn Monroe non seulement comme une star absolue du cinéma hollywoodien, mais aussi comme une interprète, trop souvent réduite à son apparence et à la légende qui l’entoure.
Pour moi, Marilyn Monroe n’a jamais été seulement une image de papier glacé. Je me suis passionné pour elle dès l’adolescence : ses films, sa beauté sur pellicule, sa voix, ses chansons, bien sûr, mais aussi cette personnalité fragile, sensible, profondément touchante. Une femme qui ne demandait qu’à exister comme femme, comme personnalité, comme véritable actrice, dans un Hollywood des années 1950 et 1960 encore largement dominé par le regard des hommes, où le corps féminin devenait un argument de vente, un fantasme, parfois un produit de consommation.
C’est sans doute ce qui rend cette exposition si intéressante. Elle ne cherche pas seulement à célébrer une icône. Elle propose de regarder autrement celle que l’on a trop souvent enfermée dans le cliché de la « blonde idiote ». Car Marilyn Monroe fut aussi une actrice de comédie d’une précision remarquable, une interprète capable de nuances, de fragilité, d’humour et d’intensité. Des films musicaux comme Les hommes préfèrent les blondes aux comédies cultes comme Certains l’aiment chaud, jusqu’aux rôles plus graves ou plus ambigus de Bus Stop et Les Désaxés, l’exposition rappelle combien son image crève l’écran, mais aussi combien son jeu mérite d’être observé avec attention.
UNE EXPOSITION POUR CÉLÉBRER LA STAR, MAIS SURTOUT REGARDER L’ACTRICE
La grande force de l’exposition tient à son angle : célébrer la star, mais exposer l’actrice. Marilyn Monroe est aujourd’hui l’un des visages les plus reconnaissables du XXe siècle. Pourtant, sa filmographie, son travail de composition, sa manière de jouer, de se déplacer, de moduler sa voix ou de construire une présence à l’écran sont encore souvent éclipsés par le mythe.
À la Cinémathèque française, le parcours replace donc Marilyn dans son époque : celle du Technicolor, du CinémaScope, des grands studios hollywoodiens et d’un star-system qui fabrique les vedettes autant qu’il les exploite. On y retrouve l’opulence visuelle des années 1950, les images glamour, les portraits photographiques, les costumes, les objets associés à son style, mais aussi les mécanismes promotionnels qui ont contribué à fabriquer la légende Monroe.
L’exposition montre combien Marilyn fut à la fois un produit du système et une femme qui tenta de s’en libérer. Hollywood l’a construite comme une pin-up, une blonde naïve, un corps désirable. Mais elle-même voulait être reconnue pour son travail, suivre une formation d’actrice, accéder à des rôles plus complexes, reprendre le contrôle de son image. Cette tension traverse tout le parcours.
Les extraits de films, présents à chaque étape, sont essentiels. Ils redonnent vie à Marilyn là où elle existe pleinement : à l’écran. On comprend, en les revoyant, comment elle a pu fasciner le public de son temps et pourquoi elle continue de fasciner aujourd’hui. Son visage capte la lumière, son corps impose une présence, mais son jeu révèle aussi quelque chose de plus profond : une intelligence comique, une vulnérabilité, une manière très personnelle d’habiter ses rôles.
LE PARCOURS DE L’EXPOSITION
Dès l’entrée, l’exposition pose ses enjeux. Marilyn Monroe, née le 1er juin 1926 et disparue dans la nuit du 4 au 5 août 1962, a tourné dans 32 longs métrages et travaillé avec les plus grands cinéastes, de Fritz Lang à Howard Hawks. Pourtant, elle reste souvent réduite à son image.
Le parcours invite à redécouvrir le mythe mais aussi une actrice capable de naviguer entre comédie, musical et drame, et dont la richesse apparaît dès lors qu’on la regarde autrement.
Un mythe : la robe blanche et le poids des images
Impossible d’évoquer Marilyn sans penser à Sept ans de réflexion (1955) et à sa célèbre robe blanche se soulevant au-dessus d’une bouche de métro newyorkaise. Cette scène, devenue iconique, résume la construction médiatique de la star.
Mais elle révèle aussi une tension : tandis que Billy Wilder joue avec son image de pin-up, Marilyn cherche déjà à s’en affranchir. Entre exploitation de son corps et désir d’être reconnue comme actrice, tout son parcours se dessine ici.
Métamorphose : de Norma Jeane à Marilyn Monroe
Avant d’être une star mondiale, Marilyn Monroe est Norma Jeane, une jeune femme issue d’un milieu modeste, marquée par une enfance instable. Au milieu des années 1940, elle entame une carrière de mannequin presque par hasard. Très vite, son image séduit : en moins d’un an, elle apparaît en couverture de nombreux magazines et pose dans des séries de photographies qui reprennent les codes de la pin-up - poses suggestives, sourire éclatant, sensualité accessible mais jamais provocante.
Ces images, diffusées massivement dans la presse américaine d’après-guerre, participent à construire un idéal féminin à la fois moderne et rassurant. Marilyn y incarne déjà une forme de fantasme collectif : une féminité joyeuse, lumineuse, immédiatement identifiable. Certaines de ces photographies, notamment les nus réalisés en 1949, seront d’ailleurs réutilisées plus tard, contribuant à renforcer son image de sex-symbol - souvent sans qu’elle en maîtrise réellement l’usage.
En 1946, la Twentieth Century Fox lui offre un premier contrat. Mais Hollywood ne se contente pas de repérer des visages : il fabrique des stars. Le système des studios élabore de véritables personnages publics, construits comme des récits. Dans le cas de Marilyn Monroe, tout est pensé : le nom - plus sonore, plus mémorable -, la couleur des cheveux, le style vestimentaire, la manière de parler, de se tenir, de sourire face aux caméras.
Sa biographie elle-même est scénarisée. On met en avant une histoire de « self-made woman », presque un conte de Cendrillon hollywoodien : une jeune femme partie de rien, révélée par le regard du public. Cette narration, largement relayée par les services de presse des studios, masque pourtant la réalité d’un système très contrôlé, où l’image des actrices est étroitement encadrée et exploitée.
Dans ses premiers films, comme Quand la ville dort (1950) de John Huston, Marilyn Monroe n’apparaît que brièvement. Elle est souvent cantonnée à des rôles secondaires de «blonde ingénue». Mais déjà, quelque chose se distingue. Dans un regard, un geste, une manière de se déplacer, elle introduit des nuances, une présence singulière qui dépasse le simple stéréotype.
C’est précisément cette tension qui rend sa métamorphose fascinante : Marilyn Monroe est à la fois une création du système hollywoodien… et une actrice qui, très tôt, cherche à s’en affranchir.
Femme fatale : Niagara et la naissance du sex-symbol
Avec Niagara (1953), Marilyn Monroe accède à une nouvelle dimension. Dans ce film noir réalisé par Henry Hathaway, elle incarne une femme fatale, sensuelle et dangereuse, qui fascine autant qu’elle inquiète.
Ce rôle marque un tournant : Marilyn devient un sex-symbol international. Cette image est renforcée par la diffusion de ses photos de nu, qui ancrent durablement son association à la sexualité. Une reconnaissance fulgurante, mais qui contribue aussi à enfermer l’actrice dans une représentation dont elle cherchera ensuite à s’émanciper.
La revanche d’une blonde : succès et désir de reconnaissance
Le succès est immédiat et massif. Avec Les hommes préfèrent les blondes (1953) et Comment épouser un millionnaire (1953), Marilyn impose une figure de blonde à la fois naïve et stratégique, jouant avec les codes de la séduction et de l’argent.
Mais dès le milieu des années 1950, elle cherche à transformer son image. Avec Bus Stop (1956), elle propose un rôle plus fragile et plus complexe, puis poursuit cette évolution avec Le Prince et la danseuse (1957) où elle partage l’affiche avec Laurence Olivier, l’un des grands acteurs de théâtre et de cinéma britannique. En parallèle, elle quitte Hollywood pour New York, se forme à l’Actors Studio et fonde sa propre société de production - preuve d’une volonté claire de reprendre le contrôle de sa carrière.
Borderline : la fragilité réinterprétée
À la fin des années 1950, les récits autour de Marilyn Monroe se concentrent sur ses fragilités personnelles, souvent au détriment de son travail. Pourtant, cette période correspond aussi à certains de ses rôles les plus aboutis.
Dans Certains l’aiment chaud (1959), elle livre une performance comique devenue culte, mêlant humour, sensualité et vulnérabilité. Avec Le Milliardaire (1960) – qu’elle tourne avec le Français Yves Montand qui deviendra, un temps, son amant -, puis Les Désaxés (1961), écrit par l’écrivain Arthur Miller, son mari d’alors, elle atteint une forme de maturité artistique, où la frontière entre l’actrice et la femme semble parfois s’estomper.
Performer Marilyn : une icône réinventée
Après sa mort soudaine et mystérieuse le 4 août 1962 – une mort teintée de complot politique, de liens avec la mafia et de dépression -, le mythe Marilyn Monroe ne cesse de grandir. Son dernier film inachevé, Something’s Got to Give (quelque chose va craquer), participe déjà à cette légende d’une carrière interrompue trop tôt.
Depuis, son image est constamment réinterprétée. Du cinéma à la musique, de Madonna à Margot Robbie, Marilyn devient une référence visuelle et culturelle. L’exposition montre comment cette icône continue d’être rejouée, transformée, questionnée - tout en posant une interrogation toujours actuelle : comment représenter une femme iconique sans la réduire à une simple image ?
MARILYN MONROE, UNE VIE ENTRE LUMIÈRE ET FRAGILITÉ
Avant d’être une icône, Marilyn Monroe est Norma Jeane Mortenson (nom du second époux de sa mère), puis Norma Jeane Baker (sa mère décide en effet de reprendre le nom de son premier époux), née le 1er juin 1926 à Los Angeles.
Son enfance est marquée par l’instabilité : une mère qui travaille dans l’industrie du cinéma et qui souffre de troubles psychiques, une succession de familles d’accueil et d’orphelinats, une adolescence fragile marquée par des abus sexuels. À 16 ans, elle se marie une première fois, en 1942, avec James Dougherty - un mariage qui lui permet surtout d’échapper à un quotidien incertain.
Sa trajectoire bascule pendant la Seconde Guerre mondiale. Repérée dans une usine où elle travaille, elle entame une carrière de mannequin. En quelques mois, elle devient l’un des visages les plus photographiés de sa génération, incarnant l’esthétique pin-up des années 1940. C’est à cette période qu’elle signe avec la Twentieth Century Fox et adopte le nom de Marilyn Monroe - un nom qui deviendra l’un des plus célèbres de l’histoire du cinéma.
Ses débuts à Hollywood sont modestes. Après quelques apparitions secondaires, elle se fait remarquer au début des années 1950, notamment dans Quand la ville dort (1950) de John Huston ou Ève (1950) de Joseph L. Mankiewicz. Mais c’est en 1953 que sa carrière explose véritablement avec Niagara, Les hommes préfèrent les blondes et Comment épouser un millionnaire. Marilyn Monroe devient alors une star mondiale, incarnation d’une féminité à la fois glamour, sensuelle et accessible.
Très vite pourtant, elle refuse de se laisser enfermer dans cette image. En 1954, après son divorce du joueur de baseball Joe DiMaggio - qu’elle avait épousé la même année -, elle quitte Hollywood pour New York. Elle s’inscrit à l’Actors Studio et fonde sa propre société de production, Marilyn Monroe Productions, afin de gagner en indépendance dans ses choix artistiques - une démarche rare et audacieuse pour une actrice à cette époque. Des films comme Bus Stop (1956) ou Le Prince et la danseuse (1957), tourné avec Laurence Olivier, témoignent de cette volonté d’évolution.
En 1956, elle épouse l’écrivain Arthur Miller. Leur relation, très médiatisée, nourrit l’image d’une Marilyn plus intellectuelle, mais reste marquée par des tensions et des difficultés personnelles. Le couple divorce en 1961, peu après le tournage des Désaxés, écrit par Miller, un film aujourd’hui considéré comme l’un des plus intimes de sa carrière où Marilyn et Norma Jean se mélangent à l’écran.
Sa vie sentimentale alimente aussi la légende. Parmi les épisodes les plus célèbres figure sa relation avec John F. Kennedy - et aussi avec son frère Robert. L’un des moments les plus marquants reste son interprétation de Happy Birthday, Mr. President, chanté en 1962 lors de l’anniversaire de JFK au Madison Square Garden, dans une robe devenue mythique. Une apparition brève, mais qui résume à elle seule l’aura fascinante et ambiguë de Marilyn Monroe.
Dans le même temps, sa santé se fragilise. Insomnies, anxiété, dépendance aux médicaments : les difficultés s’accumulent. Pourtant, elle livre encore certaines de ses performances les plus marquantes, notamment dans Certains l’aiment chaud (1959), qui lui vaut un Golden Globe, et Le Milliardaire (1960), où elle a une aventure avec son partenaire à l’écran, le français Yves Montand, alors pourtant ne couple avec Simone Signoret. En 1962, elle tourne Something’s Got to Give (Quelque chose va craquer), un film qui restera inachevé, contribuant à la légende d’une carrière interrompue au sommet.
Le 5 août 1962, Marilyn Monroe est retrouvée morte à son domicile de Los Angeles, à l’âge de 36 ans, officiellement victime d’une overdose de barbituriques. Mais très vite, les circonstances de sa disparition soulèvent des interrogations qui alimentent encore aujourd’hui les spéculations : suicide ? accident ? implication politique liée à ses relations avec les Kennedy ou avec la mafia ? Les zones d’ombre restent nombreuses et participent à la construction du mythe.
Ses funérailles, organisées par Joe DiMaggio, se déroulent dans la plus stricte intimité. Marilyn Monroe est inhumée au Westwood Village Memorial Park Cemetery, à Los Angeles. DiMaggio, profondément marqué par sa disparition – il avait prévu de la redemander en pariage le jour de sa mort -, fera livrer des fleurs sur sa tombe pendant de nombreuses années.
Depuis, Marilyn Monroe n’a jamais quitté l’imaginaire collectif. Actrice, sex-symbol, icône tragique, figure féminine complexe : elle incarne à la fois l’âge d’or d’Hollywood et les contradictions d’une époque. Une image figée dans la mémoire du monde… mais une personnalité, encore aujourd’hui, à redécouvrir.
MON AVIS
Une exposition à la fois séduisante et intelligente. Séduisante, par la richesse des images, des extraits de films et des objets présentés, qui plongent immédiatement dans l’âge d’or d’Hollywood. Intelligente, surtout, parce qu’elle ne se contente pas de célébrer la légende : elle la questionne, la nuance et redonne toute sa place à l’actrice.
On en ressort avec une vision plus juste de Marilyn Monroe. Non plus seulement une icône figée, mais une artiste, consciente de son image, déterminée à exister autrement. Une femme profondément moderne, dont le parcours résonne encore aujourd’hui.
INFORMATIONS PRATIQUES
Quoi ? Exposition Marilyn Monroe : 100 ans !
Où ? Cinémathèque française, Paris 12e
Accès ? Métro Bercy (lignes 6 et 14)
Quand ? Du 8 avril au 26 juillet 2026
Tarifs ? 14 € / 11 € / 7 € (selon conditions)
Plus d’information sur le site de la Cinémathèque Française.

































































































































































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