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L'EXPOSITION « BIJOUX DE SCÈNES DE LA COMÉDIE FRANÇAISE » INAUGURE L’OUVERTURE AU PUBLIC DE L’HÔTEL DE MERCY-ARGENTEAU

Ecole des arts joailliers
Couronne de Cléopâtre portée par Mlle Raucourt

Pour marquer l’ouverture, le 13 juin dernier, de son nouveau site parisien situé dans l’Hôtel Mercy-Argenteau -lui-même ouvert au public pour la première fois-, l’École des Arts Joailliers propose une exposition inaugurale inédite qui séduira les passionnés d’histoire, de théâtre ou de joaillerie, comme les curieux et les amateurs de beaux objets : « Bijoux de scène de la Comédie-Française », jusqu’au 1er septembre 2024.



L’occasion de découvrir des pièces exceptionnelles tout en explorant les salons de l’un des plus anciens hôtels particuliers encore conservés dans le quartier des Grands Boulevards, l’Hôtel Mercy-Argenteau, où vécu le célèbre comte Florimond de Mercy-Argenteau (1727-1794).

 

« BIJOUX DE SCÈNES » : LES TRÉSORS RÊVÉS DU THÉÂTRE

 

À travers 120 accessoires, œuvres d’art et documents issus en grande partie des collections de la Comédie-Française, l’exposition « Bijoux de scène de la Comédie-Française » permet de mieux comprendre l’importance du bijou dans l’histoire du théâtre, sa place souvent centrale dans l’intrigue scénique, comme son rôle parfois politique ou social -il est, jusqu’à une période assez récente, le reflet de la réussite des actrices et acteurs qui achètent eux-mêmes leurs costumes et accessoires.



Mais ici, les bijoux de scène sont aussi les témoins des techniques et des arts joailliers de leur époque. En effet, réalisés dans des matières factices (verre, métal doré…) pour des questions de coûts et de solidité, ces objets uniques, commandés par les comédiens et les comédiennes ou directement par la Comédie-Française, bénéficient néanmoins de savoir-faire dignes des meilleurs artisans joailliers.



Car si au théâtre, tout n’est qu’illusion, il faut savoir faire rêver. Les scènes qui se succèdent, comme les acteurs et les actrices qui les interprètent, font fantasmer le spectateur autant qu’ils sont vecteurs d’idées ou de valeurs. Le temps de l’exposition, c’est ainsi un monde étincelant et féérique qui s’offre à nous ; un monde où la beauté et la finesse des pièces présentées révèlent autant la richesse de la création joaillière que la puissance de l’imaginaire théâtral et son rôle dans notre histoire et notre culture.



L’exposition s’articule ainsi en cinq sections qui présentent d’abord la réalité artificielle des bijoux de scène, leurs origines et leur rôle, avant de parcourir leurs inspirations – de l’Antiquité à l’Orientalisme en passant par le Romantisme ; et de proposer une sélection de pièces parmi les plus emblématiques des comédiens et comédiennes célèbres qui les ont portés ou possédés.

 

LA RÉALITÉ FACTICE DERRIÈRE LES BIJOUX DE SCÈNE

 

Quel que soit l’usage du bijou sur scène, il est une certitude : aussi riche que soit son apparence, il n’est composé ni de pierres précieuses, ni de métaux de grande valeur. En toc, ces bijoux doivent avant tout répondre à des contraintes de coûts et de maniabilité, tout en garantissant une illusion parfaitement réaliste.

 

Pour la création et l’achat des bijoux de scène, la règle a longtemps été la suivante : les bijoux et accessoires qui remplissent une fonction dramaturgique sont fournis et conservés par le théâtre, tandis que ceux qui ont pour objectif d’orner les costumes des comédiens et des comédiennes restent à la charge ces-derniers qui passent commande auprès d’artisans spécialisés.



Cependant, si ces bijoux librement choisis doivent surtout servir la beauté et le prestige des acteurs, ils vont, dès la fin du 18e siècle, devoir aussi se rapprocher de la réalité historique et géographique de la pièce jouée.

 

UN RÉALISME HISTORIQUE IDÉALISÉ

 

Les premières évolutions en termes de costumes et bijoux de scènes apparaissent au milieu du 18e siècle, notamment sous l’impulsion de Voltaire qui prône la réalité historique au théâtre. On commence ainsi à adapter l’ensemble des éléments scéniques, dont les accessoires, au temps et au lieu de l’action.

 

NÉOCLASSICISME ET ANTIQUITÉ

 

La fin du 18e siècle, mais aussi et surtout le début du 19e, vont marquer un véritable tournant en imposant le costume et les parures à l’Antique. Une évolution fortement influencée par le style néo-classique qui se développe, mais également par l’un des comédiens les plus célèbres de la fin de l’ancien régime et du premier Empire, François-Joseph Talma (1763-1826), qui sera soutenu par Napoléon 1er lui-même.



On peut ainsi admirer ici des couronnes de lauriers, des diadèmes et des peignes à la grecque ou à la romaine, ou encore de très beaux poignards de scène – les armes comme les bijoux étaient en effet réalisés par les mêmes artisans.

 

LE ROMANTISME S’INVITE AU THÉÂTRE

 

Dès les années 1830, le mouvement romantique impose aux tragédiennes comme aux comédiens un excès d’ornements pour leurs costumes et bijoux.



Les armes de scène de Marie Dorval (1798-1849), ou les nombreux diadèmes, colliers et bracelets de la célèbre Rachel (1821-1858) seront célèbres dans le monde entier.

 

À LA MODE ORIENTALISTE

 

Alors que dès le 17e et surtout le 18e siècle, l’orient fascine et donne lieu à des textes dont l’action se situe de la Turquie à la Chine en passant par l’empire byzantin, son interprétation au théâtre reste, souvent par manque de connaissance, très libre et assez éloignée de la réalité.



Turbans, couronnes richement ornées, bijoux dorés accessoirisés de nombreuses pierres colorées… bien que certains comédiens, comme Mounet-Sully, tentent de s’approcher au plus près de la vérité historique, la mode orientaliste va très souvent laisser place à un imaginaire débordant qui se retrouve dans les costumes et accessoires de scène.

 

« MONSTRES SACRÉS » ET AUTRES CÉLÉBRITÉS

 

Le terme de ‘monstre sacré’, inventé par Jean Cocteau (1889-1963), désigne ces acteurs et actrices qui, bien au-delà des rôles qu’ils ou elles ont interprétés, ont marqué les scènes françaises, européennes et même mondiales par leur présence scénique, leur talent et leur personnalité – caractère, physique, style.

 

L’exposition propose ainsi de découvrir les bijoux exceptionnels, et à travers eux la personnalité, de figures emblématiques de la scène française, de la fin du 18e siècle aux années 1980 :

 

  • François-Joseph Talma (1763-1826), l’acteur favori de Napoléon 1er qui lui offrira une couronne de laurier en cuivre doré pour son rôle de Néron dans ‘Britannicus’ de Racine -un rôle qui doit servir le pouvoir de l’empereur ;



  • Rachel (1821-1858), la comédienne au destin tragiquement romantique -elle meurt de la phtisie à 36 ans- mais au talent international -on découvre ici une couronne en fleurs artificielles offerte par la reine Victoria lors d’une tournée en Angleterre. Son diadème aux perles et camés porté dans Phèdre est sublime ;



  • La grande Sarah Bernhardt (1844-1923), premier ‘monstre sacré’ de renommée mondial. Son bijou allégorique de la comédie et de la tragédie offert par René Lalique est magnifique, comme la couronne créée pour son rôle de la reine dans Ruy Blas de Victor Hugo ;



  • Mlle Raucourt (1756-1815), dont la couronne portée pour le rôle de Cléopâtre dans ‘Rodogune’ de Corneille est typique des extravagances orientalistes ;



  • Julia Bartet (1854-1941), mythique dans ‘Bérénice’ de Racine. Son pectoral en métal, ivoire, verre et perles d’imitation présenté ici est incroyable de détails ;



  • L’acteur Jean Mounet-Sully (1841-1916), autre ‘monstre sacré’ dont le perfectionnisme historique se ressent jusque dans les costumes -la copie du pectoral du grand prêtre de Jérusalem pour le rôle de Joad dans ‘Athalie’ de Racine est impressionnant de fidélité ;



  • Béatrix Dussane (1888-1969) qui portait ses bijoux à la scène comme à la ville – sa parure bleue en perles de verre et métal argenté et doré est digne de la haute joaillerie ;



  • ou encore l’actrice contemporaine Véronique Vella (née en 1964) dont on admire ici, entre autres bijoux, le diadème porté pour le rôle d’Esther dans la pièce du même nom de Jean Racine en 1987.



 

INFORMATIONS PRATIQUES

 

  • Quoi ? « Bijoux de scènes de la Comédie-Française »

  • Quand ? Du 13 juin au 1er septembre 2024

Du mardi au dimanche de 11h à 19h

Nocturne jusqu’à 21h le jeudi

  • Où ? L’École des Arts Joailliers, Hôtel de Mercy-Argenteau, 16 bis, boulevard Montmartre, Paris 9e

  • Entrée libre, sur réservation

 

Pour réserver, rendez-vous sur le site de L’École des Arts Joailliers

  

L’HÔTEL DE MERCY-ARGENTEAU, UN ÉCRIN D’HISTOIRE POUR L’ÉCOLE DES ARTS JOAILLIERS

 

Au 16 bis Boulevard Montmartre, à Paris, se cache l’un des plus anciens hôtels particuliers des Grands Boulevards, aujourd’hui inscrit aux Monuments historiques et à l’inventaire des immeubles remarquables de la capitale : l’Hôtel Mercy-Argenteau.



Son nom ne vous est sûrement pas indifférent, et pour cause : ici vécut le célèbre comte Florimond de Mercy-Argenteau (1727-1794), ambassadeur d’Autriche à la cour de Versailles, diplomate instigateur du mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette. Il deviendra d’ailleurs le conseiller-confident de la reine, tentant, en vain, de modérer son train de vie luxueux. Par la suite, en amont de la fuite de la famille royale à Varennes (20-21 juin 1791), il se verra confier le coffre rempli de joyaux de sa protégée. Le destin de l’hôtel semblait donc déjà indirectement lié au monde de la joaillerie.



Quoi qu’il en soit, si Mercy-Argenteau a donné son nom à l’hôtel, il n’en aura pourtant été que le locataire. En effet, avec sa façade en pierre de taille et son style néoclassique, cette riche demeure privée a été bâtie en 1778 par le jeune architecte Firmin Perlin à la demande de Jean-Joseph Laborde, banquier et spéculateur de renom.

 

Après la Révolution, et alors que les Grands Boulevards, à la mode, sont très fréquentés pour leurs théâtres, cafés et passages couverts, Nicolas Duchesne, un marchand sellier carrossier, rachète l’hôtel aux héritiers de Laborde pour le diviser en plusieurs appartements. Pour en augmenter la surface locative, il ajoute un niveau et deux étages de combles. Le jardin et la terrasse surélevée sont remplacés par un deuxième immeuble de rapport (ce type d’immeuble standardisé conçu pour être rentable et qui fleurit au 19e siècle).



L’hôtel accueille alors dans ses appartements des artistes aussi célèbres que le compositeur français François-Adrien Boieldieu, qui y créera La Dame blanche, succès de l’Opéra-comique ; ou encore Rossini qui, en 1825, y écrira Le Voyage à Reims commandé pour le sacre de Charles X (règne : 1824-1830).



Sous le Second Empire (1852-1870), l’immeuble passera aux mains d'une compagnie d’assurances et ses somptueux salons de réception seront loués à divers cercles de jeux, où on vient dîner, lire et jouer au whist, aux dominos, aux échecs ou au billard. En 1884, le Grand Cercle est créé pour regrouper la gestion de l’ensemble des clubs de jeux de l’hôtel, et en 1891, son directeur, un ancien négociant avec l’Amérique du Sud, décide d’y aménager une salle des fêtes flamboyante pour accueillir comme il se doit les représentants de l’Union latine franco-américaine de Paris.



Il confie alors la réalisation de cette nouvelle salle des fêtes à l’architecte Henri Fernoux qui crée une salle si luxueuse et somptueuse qu’on a, un temps, pensé qu’elle avait été imaginée par Charles Garnier, l'architecte de l’Opéra de Paris.

 

Restauré et réaménagé par la designer, architecte d’intérieur et scénographe Constance Guisset, l’hôtel Mercy-Argenteau est devenu en 2024 le second site de L’École des Arts Joailliers. Les boiseries des salons 18e accueillent des espaces de réceptions, des salles de formation, mais aussi une bibliothèque et une librairie, tandis que la salle des fêtes, décorées de sculptures, de colonnes et de blasons de pays d’Amérique latine, est désormais utilisée pour présenter des expositions temporaires.



 

L’ÉCOLE DES ARTS JOAILLIERS À PARIS: DIFFUSER LA CULTURE DU BIJOU

 

Fondée en 2012 avec le soutien de Van Cleef & Arpels, L’École des Arts Joailliers ambitionne de diffuser la culture joaillière auprès d’un large public.

 

Le nouveau site de l’hôtel de Mercy-Argenteau, qui complète l’adresse historique de L’École, située au 31 rue Danielle Casanova, s’inscrit dans cette mission : cours, conférences, ateliers pour enfants, expositions… L’École y propose des formations autour du bijou (histoire, connaissance des pierres, découverte et maîtrise des savoir-faire) accessibles à tous ceux qui, initiés, amateurs, ou simples curieux, souhaitent en savoir plus sur la haute joaillerie et ses techniques de fabrication.