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L’HÔTEL DE MATIGNON


Lors des Journées Européennes du Patrimoine, j’ai eu la chance de pénétrer dans un monument important de notre pays: l’Hôtel de Matignon qui accueille aujourd’hui le chef du gouvernement français, c’est-à-dire le Premier Ministre (Jean Castex lors de ma visite).


Cet hôtel particulier du faubourg Saint-Germain, quartier parisien en pleine expansion au 18e siècle, est édifié en 1722 par l’architecte Jean Courtonne (1671-1739).


En 1725, Jacques de Matignon, comte de Torigni, s’y installe avec Louise-Hyppolite Grimaldi, princesse héritière de Monaco, qu’il a épousé en 1715. L’hôtel reste aux mains de la famille de Monaco jusqu’à la Révolution.


En 1808, il passe aux mains de Talleyrand, ministre des Relations Extérieures de Napoléon 1er qui le rachète en 1812. Sous la restauration (1814-1830), le roi Louis XVIII (frère de Louis XVI) échange Matignon contre le palais de l’Elysée appartenant à la branche cousine des Bourbons, les Orléans, qui prennent alors possession de l’hôtel.


Au Second Empire, en 1852, le duc et la duchesse de Galliera acquièrent l’hôtel, le rénovant et le modifiant pour lui donner son aspect actuel. En 1889, sous la 3e République, l’hôtel est offert à l’empereur d’Autriche François-Joseph de Habsbourg (mari de Sissi) et l’Ambassade autrichienne s’y installe jusqu’en 1914. En 1922, le domaine est définitivement cédé à l'Etat français qui le classe aux Monuments Historiques.


En 1935, l’hôtel de Matignon est affecté au Président du Conseil (chef du gouvernement sous les 3e et 4e Républiques). En 1936, Léon Blum y signe les accords de Matignon, majeurs en matières de droit et de conditions de travail. Depuis 1959, Matignon est la résidence des Premiers Ministres de la 5e République.


La visite s’ouvre sur la cour d’Honneur et la façade de l’hôtel, avec son garde-corps en pans coupés, qui ont peu évolué. J’entre ensuite dans un beau vestibule de marbre puis, en passant par l’ancienne salle à manger, qui sert aujourd'hui de bureau, je gagne le magnifique escalier d’honneur en ferronnerie et trompe-l’œil bâti au 19e pour le duc et la duchesse de Galliera.


Je traverse un bureau situé dans l’ancienne antichambre pour entrer dans l’une des pièces principales des lieux: le bureau du Premier Ministre (ancien salon Blanc). Les boiseries sont du 18e siècle, les dessus de portes (les Saisons) ont été peintes par Fragonard entre 1751 et 1756, et les médaillons de part et d’autre de la porte ont été réalisés par Pierre-Nicolas Brisset au 19e siècle dans le style de François Boucher. Le mobilier est assez moderne et le bureau de style Louis XV est celui de Léon Blum.


Je poursuis la visite par un salon, l’ancien fumoir, avant de redescendre le bel escalier et de me diriger vers la salle du Conseil. Une grande pièce où se situaient les appartements privés de la princesse de Monaco, réunis au 19e siècle en une salle à manger d’apparat pour les réceptions du duc et de la duchesse de Galliera. La présence d’un imposant buffet en marbre rouge en témoigne. La grande tapisserie des Gobelins, le Bal de Don Quichotte, tissée en 1763-65, trône ici depuis 100 ans.


J’entre maintenant dans le salon Jaune, du nom de la soie doré tendue au mur. C’est l’ancienne chambre de parade des princesses de Monaco qui deviendra le bureau des Présidents du Conseil entre 1935 et 1956. Le salon Bleu qui suit, situé au cœur de l’hôtel, présente des boiseries de Michel Lange datant de 1724. Les peintures en camaïeu de bleu représentant des chinoiseries, qui ont donné son nom à cette pièce, ont été réalisées par Christophe Huet au 18e siècle et installées ici en 1935. C’est dans cette salle que les délégations françaises et étrangères s’entretiennent pendant les visites officielles.


Enfin, avant de sortir dans le jardin, je traverse le salon Rouge, une pièce de réception avec de jolies boiseries du 18e, qui servait de salle du trône aux princes de Monaco. On y trouve de superbes médaillons en marqueterie de pierres qui eux, ont été installés par le duc et la duchesse de Galliera au 19e siècle.


Je finis la visite sur le magnifique jardin de 2 hectares (le plus grand jardin privé de Paris). Se succèdent un jardin à la française du 18e, un jardin à l’anglaise du 19e et d’une pelouse de réception du 20e siècle. Depuis 1978, chaque Premier Ministre y a planté un arbre de son choix.


Point anecdote #1 ! Saviez-vous qu’il existait un cimetière pour chiens dans le jardin ?

Sous un grand magnolia, vous pourrez observer deux petites tombes avec sur l’une d’elle une inscription : « Mime 1898 wachsam und treu » qui signifie « attentif et fidèle ». Il s’agit ici des pierres tombales des chiens de l’ambassadeur d’Autriche-Hongrie, à l’époque où Matignon était autrichien. Pour la petite histoire, on trouvait à proximité un terrain de tennis qui a aujourd’hui disparu mais qui a laissé à cet emplacement le nom de « pelouse du tennis ».

Point anecdote #2 ! Une glacière au fond du jardin !

Avant l’invention du réfrigérateur et du congélateur, on mangeait déjà des glaces et sorbet, et le froid servait bien sûr aussi pour la conservation des aliments. Mais comment faisait-on ? Et bien on utilisait des glacières. La glacière était une cavité en maçonnerie où on entreposait des pains de glace naturels récoltés en hiver. Pour rendre cette glacière isotherme, on entourait la cavité de 3 couches : des murs en moellons (pierre calcaire) épais de 45 cm, une couche de terre et une de végétation. A l’intérieur on construisait une cuve en maçonnerie ou en bois, un couvrement et plusieurs portes qui fonctionnaient comme des sas. La glace étaient ainsi prélevée au fur et à mesure pour réaliser des sorbets ou pour conserver la nourriture.


Si vous en avez l’occasion, ne manquez pas de visiter l’Hôtel de Matignon qui est vraiment superbe.

Sources

  • Dépliant remis par le ministère lors des Journées Européennes du Patrimoine.

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