POINT ANECDOTE: COQUINE COUTUME AU PÈRE LACHAISE

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Suivez-moi au cimetière parisien du Père Lachaise où, depuis la fin du 19e siècle, se joue une drôle de coutume sur la tombe du journaliste Victor Noir (1848-70).


Un cimetière est rarement un lieu d’amusements. Concernant le Père Lachaise, c’est cependant un espace où l’on aime à flâner entre les tombes romantiques, extravagantes ou historiques des 69 000 personnalités célèbres et inconnues qui reposent ici.


Parmi elles, dans la 92e division, est inhumé Victor Noir. Bien que sa mort à 21 ans soit tragique et quasi romanesque, ce n’est pas l’histoire de ce jeune journaliste qui attire les foules, en particulier féminines, sur sa sépulture. En réalité, c’est son gisant. Réalisé par le sculpteur Jules Dalou, Victor Noir y est représenté dans la position où on l’aurait trouvé après qu’il a été tué par balle.

Ici, le réalisme est tel que les superstitieux ont pris l’habitude de toucher les parties proéminentes de la statue: son nez, ses pieds… mais aussi et surtout la bosse enflée de son pantalon qui ici est assez prononcée (à tort ou à raison, personne ne le dit). On dit alors que pour être fertile, il faut toucher, embrasser voire chevaucher la statue et sa ‘bosse’ : une pratique étrange, drôle et surtout osée dans un cimetière, non?

Qui a tué Victor Noir?

Rédacteur en Chef de l’hebdomadaire le Pilori sous le Second Empire, il va être mêlé à une affaire qui lui coûtera la vie et qui implique directement le prince Pierre-Napoléon Bonaparte, cousin de l’empereur Napoléon III et ancien député Corse d’extrême gauche. Début 1870, ce dernier, pourtant défavorable à l’Empire, va répondre par voie de presse à un article anti-bonapartiste violent paru dans le journal ‘La Revanche’ et ainsi provoquer la colère des républicains de l’île. Quand Henri Rochefort, rédacteur en chef du journal d’opposition à l’Empire, ‘La Marseillaise’, se mêle de cette affaire corse et affirme son soutien aux républicains, Pierre Bonaparte ne tarde pas à s'insurger et à lui envoyer une provocation en duel. Le rendez-vous sera manqué, mais l’histoire remonte jusqu’à Paris où Paschal Grousset, correspondant de ‘La Revanche’, ne compte pas en rester là.


Le 10 janvier 1870, pour obtenir le retrait de l’article de Pierre Bonaparte, Grousset envoie chez ce dernier deux proches, parmi lesquels Victor Noir, qui doivent témoigner de sa volonté de se rétracter. Le prince n’a que faire des envoyés de Grousset et préférerait s’entretenir avec les équipes d’Henri Rochefort qu’il exècre. Il demande alors aux témoins de Grousset s’ils sont solidaires des propos de Rochefort. Et lorsqu’ils répondent qu’ils le sont, le ton monte, les esprits s’échauffent, et Pierre Bonaparte sort un revolver de sa poche, tire et tue le pauvre Victor Noir. Le prince est arrêté mais vite acquitté par son cousin. Victor Noir est enterré à Neuilly-sur-Seine devant une foule de 200 000 personnes anti-bonapartistes. Sa dépouille sera ensuite transférée au cimetière du Père Lachaise le 25 mai 1891 afin d’en faire un symbole et un martyre républicain.


Au-delà de la tombe de Victor Noir, n’hésitez pas à visiter le cimetière du Père Lachaise (et à vous perdre dedans, c’est si facile quand on n’a pas me sens de l’orientation comme moi).

Source

  • Le Guide Vert Michelin – Paris, 75 idées de promenades

  • Le supplément du Parisien, ‘Histoires de Paris’ sur les cimetières Parisiens

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