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LE CHÂTEAU DE MONTIGNY-LE-GANNELON, UN JOYAU RENAISSANCE DOMINANT LA VALLÉE DU LOIR (EURE-ET-LOIR)


Château de Montigny-le-Gannelon, Eure-et-Loir
Château de Montigny-le-Gannelon côté vallée du Loir

Perché sur les hauteurs de la vallée du Loir, aux confins de la Beauce, du Perche et de la vallée des châteaux de la Loire, le château de Montigny-le-Gannelon déploie depuis plus de cinq siècles sa silhouette élégante au cœur d’un vaste parc arboré.


Situé aujourd’hui sur la commune de Cloyes-les-Trois-Rivières, en Eure-et-Loir, ce château encore habité et transmis dans la même famille depuis 1831 offre une véritable plongée dans l’histoire seigneuriale et aristocratique française… au rythme des commentaires passionnants et pleins d’humour de Lydiane de la Motte Saint-Pierre, descendante des princes de Montmorency et des marquis de Lévis-Mirepoix, et de son époux Aymar de la Motte Saint-Pierre.



Ne soyez pas surpris par le ton parfois caustique de ces guides atypiques. Derrière cet apparent détachement se cache surtout la fierté d’un couple qui, depuis des décennies, restaure, entretient et fait vivre ce patrimoine familial unique. Un lieu dont ils connaissent chaque recoin, chaque anecdote et chaque souvenir, et qu’ils racontent avec une sincérité parfois mordante, parfois émouvante, mais toujours profondément vivante. Ici, la visite n’a rien de monotone : elle ressemble davantage à une immersion dans la mémoire d’une grande demeure encore habitée.

 

Derrière les façades mêlant Renaissance, néogothique et influences du XIXe siècle, le domaine raconte une histoire faite de forteresses médiévales, de guerres, de reconstructions, de transformations architecturales et de destins familiaux. On y découvre également un parc de quinze hectares, un impressionnant manège à chevaux de style Baltard, une orangerie reconstruite après la Seconde Guerre mondiale… ainsi qu’une enfilade de salons historiques encore meublés qui, tels un immense cabinet de curiosités composé de tableaux, d’objets d’art, de souvenirs et de collections rapportées du monde entier, racontent l’histoire des lieux et de leurs propriétaires successifs.

 

Ouvert à la visite une partie de l’année, le château de Montigny-le-Gannelon constitue une belle découverte pour les amateurs d’histoire, de patrimoine et d’architecture, à seulement quelques kilomètres de Châteaudun et de Chartres. Une vraie belle surprise.

 

UNE HISTOIRE QUI TRAVERSE LES SIÈCLES

 

Avant de l’explorer, retour sur les siècles qui ont construit les murs et l’histoire de Montigny-le-Gannelon.

 

AUX ORIGINES DE MONTIGNY-LE-GANNELON : ENTRE HISTOIRE ET LÉGENDES

 

Bien avant le château que l’on découvre aujourd’hui, Montigny-le-Gannelon fut d’abord une place forte stratégique dominant la vallée du Loir. Depuis son promontoire naturel, le site surveille en effet depuis des siècles les voies de passage reliant Chartres, le Perche et la vallée ligérienne.

 

Selon les traditions locales rapportées dans les archives du domaine, une première fortification aurait existé dès l’époque carolingienne, peut-être sous le règne de Charlemagne (768-814). Le nom même de «Montigny» pourrait venir de «Mons Igni», le «mont du feu», en référence aux feux de signalisation qui auraient été allumés depuis cette hauteur afin de prévenir des invasions ou des dangers approchant dans la vallée du Loir.

 

Le site prend ensuite progressivement de l’importance au cours du Moyen Âge. À partir du Xe siècle, Montigny devient une petite cité fortifiée relevant du comté du Dunois (territoire allant de Châteaudun à l’ouest de l’Orléanais) avec son château et ses remparts. La région se trouve alors dans une zone particulièrement disputée entre les grands seigneurs féodaux. Plusieurs se succèdent ainsi à la tête du domaine.

 

Le nom de « Gannelon » apparaît quant à lui au XIe siècle. Il ferait référence à un personnage nommé Gannelon, abbé de Saint-Avit-lès-Châteaudun et trésorier de la basilique Saint-Martin de Tours, à qui revient le domaine à la fin du Xe siècle. C’est son neveu et successeur qui aurait fixé définitivement le nom de Montigny-le-Gannelon entre 1060 et 1108.

 

Une autre hypothèse, plus romanesque, relie ce nom au célèbre Ganelon de la Chanson de Roland, le chevalier traître ayant livré son gendre, Roland, à Roncevaux. La présence d’une porte surnommée « Porte Roland » dans les fortifications du village a longtemps entretenu cette légende.

 

GUERRES MÉDIÉVALES ET DESTRUCTIONS

 

À la fin du XIIe siècle, le domaine revient à Jean de Montigny, seigneur qui entreprend de reconstruire la ville et la forteresse après les destructions causées par les conflits opposant le royaume de France aux Plantagenêts. Le Dunois souffre alors particulièrement des guerres menées par Henri II d’Angleterre (1133-1189).



Mais c’est surtout pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453) que le château connaît ses heures les plus sombres. Craignant que les Anglais ne s’en emparent, les défenseurs du royaume décident eux-mêmes de le faire démanteler. Un témoignage ancien conservé dans les archives du domaine raconte ainsi que les tours furent abattues et la forteresse incendiée « par la crainte que les Anglais […] ne s’en emparent ».

 

Le château reste longtemps en ruines. Au XVe siècle, les textes décrivent encore une demeure détruite et partiellement abandonnée.

 

LA RENAISSANCE DU CHÂTEAU À LA FIN DU XVe SIÈCLE

 

Le renouveau du domaine intervient à la toute fin du Moyen Âge. En 1391, la châtellenie est vendue à Charles d’Orléans, duc d’Orléans et père du futur roi Louis XII. En 1409, le domaine passe aux mains de la famille de Renty.

 

C’est Jacques de Renty qui entreprend, à partir de 1495, la reconstruction du château actuel dans le goût de la première Renaissance française. Cette campagne de travaux transforme profondément l’ancienne forteresse médiévale – dont ne subsiste qu’une tour au niveau de l’actuelle orangerie.


De cette époque subsistent encore aujourd’hui plusieurs éléments majeurs: la tour de l’Horloge, centrale, la tour des Dames, ou encore une partie des façades de briques et de pierre tournées vers la cour intérieure. Le grand escalier Renaissance visible dans le vestibule daterait également de cette reconstruction.



Le château mêle alors encore architecture défensive et raffinement résidentiel. Derrière les murs épais apparaissent désormais de grandes fenêtres, des décors sculptés et des espaces plus lumineux destinés au confort de la vie aristocratique.

 

GILLES DE RAIS, COMPAGNON D’ARMES DE JEANNE D’ARC… ET LÉGENDAIRE BARBE-BLEUE

 

Parmi les figures historiques liées au château figure également Gilles de Montmorency-Laval, plus connu comme Gilles de Rais (vers 1405-1440), parent des propriétaires de Montigny-le-Gannelon, et souvent associé, à tort ou à raison, à la légende de Barbe-Bleue.



Né dans l’une des plus puissantes familles de Bretagne, Gilles de Montmorency-Laval, seigneur de Rais, hérite très jeune d’une immense fortune après la mort prématurée de ses parents. Éduqué dans un environnement aristocratique et militaire, il devient rapidement l’un des grands seigneurs du royaume de France en pleine guerre de Cent Ans.


Encore très jeune, il rejoint les armées du roi Charles VII (règne : 1422-1461) et devient l’un des compagnons d’armes les plus proches de Jeanne d’Arc (vers 1412-1431). Il participe notamment à la levée du siège d’Orléans en 1429, accompagne Jeanne lors du sacre de Charles VII à Reims et combat à ses côtés dans plusieurs campagnes militaires. Courageux combattant, il est nommé maréchal de France à seulement vingt-quatre ans, l’une des plus hautes distinctions militaires du royaume.



Mais après la capture puis l’exécution de Jeanne d’Arc en 1431, Gilles de Rais s’éloigne progressivement de la vie militaire. Ruiné par des dépenses considérables, fasciné par l’alchimie, l’ésotérisme et certaines pratiques occultes, il s’enferme peu à peu dans une existence plus sombre qui nourrit rapidement les rumeurs.

 

En 1440, il est arrêté puis jugé à Nantes lors d’un procès particulièrement retentissant mêlant justice religieuse et justice civile. Accusé d’enlèvements et de meurtres d’enfants, mais aussi d’hérésie et de pratiques démoniaques, Gilles de Rais est condamné à mort puis pendu avant que son corps ne soit brûlé.



Depuis des siècles, cette affaire continue de diviser historiens et spécialistes. Certains considèrent Gilles de Rais comme l’un des premiers grands criminels en série de l’histoire française. D’autres soulignent au contraire les nombreuses zones d’ombre du procès: aveux obtenus sous menace de torture, contexte politique complexe, enjeux financiers autour de son immense fortune et influence de l’Église dans la procédure judiciaire.

 

Cette ambiguïté a largement contribué à nourrir sa légende noire. Au fil du temps, Gilles de Rais devient ainsi l’une des figures ayant inspiré le personnage de Barbe-Bleue popularisé au XVIIe siècle par Charles Perrault dans ses célèbres contes. Même si le récit littéraire diffère de l’histoire réelle, l’image du grand seigneur vivant dans un château, accusé de crimes atroces et entouré d’une réputation inquiétante, participe durablement à cette association dans l’imaginaire collectif.

 

Le texte conservé dans les archives familiales de Montigny insiste d’ailleurs davantage sur le compagnon fidèle de Jeanne d’Arc que sur le monstre décrit par certaines traditions populaires. Il rappelle aussi qu’au XXe siècle, une cour arbitrale symbolique réexamina son dossier afin de nuancer certaines accusations et de rouvrir le débat historique autour de sa condamnation.

 

LES MONTMORENCY-LAVAL ET LES LÉVIS-MIREPOIX

 

Le château change plusieurs fois de propriétaires au fil des siècles avant d’entrer, au XIXe siècle, dans l’histoire de la famille encore propriétaire aujourd’hui.

 

En 1831, le domaine est acquis par Anne-Adrien-Pierre de Montmorency-Laval (1768-1837), prince de Montmorency-Laval, duc de Laval et ambassadeur de France sous la Restauration (1815-1830). Diplomate proche des Bourbons, il représente successivement la monarchie française à Rome, Madrid, Londres et Vienne sous Louis XVIII (1815-1824) et Charles X (1824-1830).



S’il peut s’acheter le château, c’est qu’Anne-Adrien-Pierre bénéficie de la loi dite «du milliard aux émigrés» promulguée par le roi Charles X en 1825. Elle vise à indemniser les aristocrates émigrés pendant la Révolution, dont les biens ont été vendus comme biens nationaux.

 

Très attaché à la monarchie légitime – celle des Bourbons -, il se retire à Montigny-le-Gannelon après l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe Ier lors de la révolution de 1830 (Monarchie de Juillet : 1830-1848). Le château conserve encore aujourd’hui de nombreux souvenirs de cette période, notamment dans le pavillon Montmorency, où sont exposés les portraits des souverains qu’il servit comme ambassadeur.



En 1834, le prince fait construire un nouveau pavillon au nord de la tour de l’Horloge (à gauche quand on regarde la façade côté jardin) afin d’y installer ces grands portraits royaux – le Pavillon de Montmorency.



Sa fille Charlotte de Laval-Montmorency (1798-1872) épouse ensuite Gustave Athanase de Lévis-Mirepoix (1792-1851), duc de Mirepoix, permettant au domaine de demeurer dans la descendance de cette famille jusqu’à aujourd’hui.

 

Le château conserve également le souvenir de François-Gaston de Lévis (1720-1787), maréchal de France et héros de la guerre de Sept Ans sous Louis XV (règne : 1715-1774). Compagnon du marquis de Montcalm au Canada, il fut l’un des derniers grands défenseurs de la Nouvelle-France face aux Britanniques. Une plaque visible sur la tour des Dames (à droite de la tour de l’Horloge), installée au XIXe siècle par le duc de Mirepois, lui rend hommage. Notez qu’au Québec, une ville a pris le nom de Lévis en 1895 et porte aujourd’hui encore les armoiries de la famille sur son drapeau.



LES TRANSFORMATIONS DU XIXe SIÈCLE

 

Au XIXe siècle, Montigny-le-Gannelon connaît une nouvelle grande campagne de transformation. À cette époque, la façade tournée vers la vallée du Loir ne correspond plus au goût romantique alors en vogue. Le comte Sigismond de Lévis-Mirepois décide donc de la remanier entièrement dans un style néogothique inspiré d’un Moyen Âge idéalisé.



Les travaux sont confiés à l’architecte Clément Parent, élève d’Eugène Viollet-le-Duc, qui réalise à partir de 1876 la silhouette que l’on admire aujourd’hui depuis la vallée: hautes toitures, tours élancées, échauguettes et décors néomédiévaux.

 

Quelques années plus tard, en 1893, un vaste manège à chevaux est construit dans le parc. Inspiré des halles Baltard, ce spectaculaire bâtiment métallique servait autrefois à détendre les chevaux avant leur attelage. Aujourd’hui encore, il constitue l’un des éléments les plus étonnants du domaine – et accueille désormais diverses célébrations comme les mariages.



LA MYSTÉRIEUSE LÉGENDE DE LA DAME DE MONTIGNY

 

Comme tout vieux château, Montigny-le-Gannelon possède aussi sa part de légende. La plus célèbre est celle de « la Dame de Montigny », racontée depuis des siècles dans la région.

 

Elle met en scène l’épouse du seigneur Jean de Montigny, une châtelaine réputée hautaine et méprisante envers les villageois. Un jour que son mari était parti guerroyer au loin, une mendiante accompagnée de ses sept enfants serait venue demander l’aumône afin de nourrir sa famille. La dame se moqua alors cruellement d’elle, lui lançant avec dédain : « Quand on ne peut élever des enfants, on n’en fait pas comme une lapine. »

 

La mendiante - qui n’était autre, selon la légende, qu’une sorcière - lui aurait alors répondu par une étrange malédiction: « Vous riez de moi, Madame, mais pour votre punition vous aurez en une seule couche un nombre d’enfants plus élevé que celui qui est autour de moi. »

 

Quelques mois plus tard, la châtelaine serait effectivement tombée enceinte et aurait donné naissance à… neuf enfants. Terrifiée à l’idée que son époux découvre cette naissance jugée monstrueuse et craignant le scandale, elle aurait alors demandé à une servante de faire disparaître huit des nouveau-nés en les jetant dans le Loir, afin de ne garder qu’un seul enfant.

 

Mais au moment où la servante traversait la vallée avec le lourd panier contenant les nourrissons, le seigneur Jean de Montigny serait revenu plus tôt que prévu de son voyage. Intrigué par l’attitude nerveuse de la domestique, il l’aurait arrêtée et découvert l’horrible vérité. Fou de colère, il aurait alors forcé son épouse à reconnaître son crime.

 

La légende raconte ensuite que la Dame de Montigny fut enfermée dans un tonneau garni de lames de couteaux avant d’être précipitée du haut du château jusque dans le Loir. Emportée par le courant, elle aurait dérivé jusqu’aux villages voisins de Saint-Claude et Saint-Jean.

 

L’homme d’armes qui la suivait finit par la repêcher mourante. Pris de pitié, il lui apporta un manteau pour la couvrir. En le sentant sur ses épaules, transie par le froid après sa longue dérive dans la rivière, elle se serait écriée : « Ah ! froid mantel ! » - ses derniers mots selon la tradition locale.

 

Depuis, les villages voisins porteraient les noms de Saint-Claude et Saint-Jean-Froidmentel. Une pierre funéraire conservée dans l’église de Saint-Jean-Froidmentel entretiendrait encore aujourd’hui le souvenir de cette étrange et sombre histoire médiévale.

 

VISITER LE CHÂTEAU DE MONTIGNY-LE-GANNELON

 

La visite du château de Montigny-le-Gannelon ne ressemble pas à celle d’un monument figé dans une présentation muséale classique.

 

Ici, les lieux vivent encore au rythme de leurs propriétaires actuels, qui occupent les étages du château tandis que le rez-de-chaussée se découvre lors des visites guidées. Et c’est justement ce qui fait tout le charme de cette immersion dans une grande demeure familiale encore habitée.

 

LES FAÇADES ET LES EXTÉRIEURS

 

Dès les extérieurs, le château impressionne par son mélange architectural, fruit de plusieurs siècles de transformations. Depuis la cour intérieure, on retrouve les façades Renaissance de briques et de pierre héritées de la reconstruction menée par Jacques de Renty à la fin du XVe siècle. Au centre s’élève la tour de l’Horloge, reliée à sa droite par le cloître à la tour des Dames. A gauche de la tour de l’Horloge, le pavillon Montmorency bâti au XIXe siècle.



Depuis la vallée du Loir, c’est au contraire la silhouette néogothique du XIXe siècle qui domine le paysage, avec ses hautes tours, ses toitures élancées et ses décors romantiques imaginés par l’architecte Clément Parent, élève d’Eugène Viollet-le-Duc.

 

Les façades regorgent d’ailleurs de détails symboliques racontés avec passion par les propriétaires. Sous l’horloge de la tour principale apparaît ainsi une cordelière sculptée composée de nœuds entrelacés. Appelée autrefois une «vove», elle symbolise le veuvage et aurait été ajoutée à la demande de la veuve de Guyot de Renty, frère de Jacques de Renty, mort pendant la construction de la tour.



Plus loin, sous les briquettes rouges de l’ancien cloître gothique, de petits personnages sculptés représentent les sept péchés capitaux : orgueil, luxure, gourmandise, colère, paresse, envie et avarice.

 

À droite de la porte d’entrée, une coquille Saint-Jacques sculptée à l’envers intrigue également les visiteurs. Selon la tradition rapportée au château, il ne s’agirait pas d’un symbole de pèlerinage vers Compostelle, mais plutôt d’une sorte de signature laissée par l’architecte Renaissance, fier de son œuvre.

 

Au-dessus de cette même porte apparaissent enfin trois personnages sculptés dans la pierre. Chacun symboliserait l’une des régions visibles depuis les hauteurs du château : au centre, la fileuse et son rouet évoqueraient la Beauce ; à gauche, le laboureur et sa faux représenteraient le Perche agricole ; à droite, un personnage sauvage rappellerait le célèbre « Bal des Ardents » donné à la cour du roi Charles VI.

 

LE « BAL DES ARDENTS », C’EST QUOI ?

 

Le « Bal des Ardents » est l’un des épisodes les plus tragiques et marquants du règne de Charles VI (1368-1422). Cette représentation rappelle les liens anciens entre certaines familles nobles du royaume et les grands événements de l’histoire médiévale française.

 

Le 28 janvier 1393, à l’occasion d’un bal organisé à Paris pour célébrer le remariage d’une dame de compagnie de la reine Isabeau de Bavière, le roi Charles VI et plusieurs seigneurs participent à une danse costumée. Déguisés en « hommes sauvages », ils portent des costumes de lin enduits de poix et recouverts d’étoupe et de chanvre afin d’imiter des créatures velues.



Mais au cours des festivités, Louis d’Orléans, frère du roi, approche une torche un peu trop près des danseurs. Les costumes s’embrasent instantanément. Pris au piège des flammes, plusieurs seigneurs meurent brûlés vifs sous les yeux de la cour. Charles VI échappe de peu à la mort grâce à l’intervention de la duchesse de Berry, qui le protège avec sa robe.

 

Ce drame provoque une immense émotion dans le royaume et renforce encore l’image d’une cour devenue excessive et instable sous le règne du roi Charles VI, déjà sujet à de graves crises de folie. L’épisode reste aujourd’hui l’un des accidents les plus célèbres de l’histoire de la cour de France.

 

LE MANÈGE À CHEVAUX

 

La visite se poursuit ensuite à l’extérieur avec l’un des bâtiments les plus surprenants du domaine : l’ancien manège à chevaux construit à la fin du XIXe siècle. Édifié à partir de 1893, ce vaste édifice métallique servait autrefois à détendre et entraîner les chevaux avant leur attelage.



Avec sa structure de métal et de verre inspirée des halles Baltard parisiennes, il contraste fortement avec l’architecture historique du château. Ce manège témoigne aussi du mode de vie aristocratique de la fin du XIXe siècle, lorsque les chevaux occupaient encore une place essentielle dans les grandes demeures. Aujourd’hui il accueille mariages et réceptions.

 

L’ORANGERIE ET LE PARC

 

Non loin du manège se trouve l’orangerie du domaine. Détruite par un incendie provoqué par les bombardements allemands de juin 1940, elle fut reconstruite après la Seconde Guerre mondiale grâce à des matériaux récupérés dans certaines parties du château alors en ruine. Cette reconstruction permit notamment de sauver plusieurs éléments architecturaux anciens en les réemployant dans le nouveau bâtiment. L’orangerie sert également pour la location événementielle et des réceptions.



La promenade se termine enfin dans le parc du château, vaste domaine arboré d’environ quinze hectares dominant la vallée du Loir. Entre grands arbres, perspectives paysagères et vues dégagées sur la campagne environnante, ces jardins offrent un dernier regard sur l’histoire et l’évolution du domaine à travers les siècles.

 

LE VESTIBULE ET LE CLOÎTRE

 

Le vestibule d’entrée, assez étroit, donne immédiatement le ton. Ici s’élève le spectaculaire escalier Renaissance sculpté qui mène aux étages privés, bordé de portraits représentant les ancêtres de l’actuelle famille propriétaire. Nous ne pourrons l’emprunter.



Sur la droite, l’ancien cloître gothique créé pour relier les tours de l’Horloge et des Dames, et fermé au XIXe siècle afin de créer de nouvelles pièces, est aujourd’hui devenu un long couloir-musée où s’accumulent souvenirs familiaux, plans anciens, objets d’art et curiosités historiques. On y découvre notamment des majoliques italiennes du XVIIe siècle, une horloge d’époque Louis XIV ou encore des portraits de grandes figures historiques liées au château et à ses propriétaires successifs.



La visite se poursuit ensuite dans les différents salons du château, où les collections familiales racontent plusieurs siècles d’histoire. Objets d’art, tableaux, mobilier, souvenirs rapportés de voyages ou collections plus insolites composent un ensemble foisonnant, parfois presque inattendu. Certains objets préhistoriques et scientifiques venus de Madagascar rappellent notamment l’histoire personnelle d’Aymar de la Motte Saint-Pierre, né sur la Grande Île.

 

DES SALONS CHARGÉS D’HISTOIRE

 

La visite nous conduit dans plusieurs salons richement décorés où s’entassent tableaux, mobilier ancien, souvenirs historiques et objets insolites dans une atmosphère presque hors du temps.

 

LE SALON DES COLONNES

 

Le salon des Colonnes présente ainsi de nombreuses œuvres d’art et collections familiales, mais aussi la reconstitution du bureau d’Adrien, prince de Montmorency et duc de Laval – représenté par un mannequin. On y apprend également que Juliette Récamier (1777-1849), l’une des plus grandes célébrités du monde politique, littéraire et artistique du Directoire, de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, passera plusieurs séjours au château ; et on peut retrouver divers documents rappelant le rôle de François-Gaston de Lévis (1720-1787) au Canada.



LE SALON DES DAMES

 

Situé au cœur de la Tour des Dames, le salon des Dames tient son nom des portraits exposés au mur représentant des femmes de la famille, mais aussi de personnalités historiques féminines, comme Madame de Lavallière ou les sœurs Mancini, nièces de Mazarin. Cette pièce conserve une diversité d’objets exceptionnels, dont un remarquable cabinet Renaissance italien avec tous ces tiroirs secrets.



LA CHAMBRE

 

Dans la chambre, le lit en alcôve rappelle qu’on est ici dans un lieu d’intimité. On admire, ici encore, de nombreux objets d’art et de curiosité.



Ici, comme dans les autres pièces, le regard passe sans cesse d’un portrait à un objet rare, d’un souvenir historique à une anecdote racontée avec humour par les propriétaires.

 

LES BALCONS CÔTÉ LOIR

 

Depuis les balcons dominant la vallée du Loir, la vue s’ouvre largement sur les paysages environnants, rappelant le rôle stratégique qu’occupait autrefois cette forteresse perchée au-dessus de la vallée.



LE GRAND SALON

 

Le grand salon de réception impressionne par ses dimensions et par la quantité d’objets et de souvenirs qu’il abrite encore. On y ressent pleinement cette impression de maison de famille demeurée presque intacte à travers les générations.



Portraits de famille, jouets anciens, mobilier précieux… il faut prendre le temps de bien tout observer.

 

LA SALLE DE BILLARD

 

La salle de billard conserve un billard, mais aussi de nombreux souvenirs liés à la monarchie française: portraits de Marie-Antoinette, du comte d’Artois - futur Charles X - ou encore un buste de Louis XVI.


 

LA SALLE À MANGER MONTMORENCY

 

Enfin, la salle à manger Montmorency, aussi appelée « salle à manger des Rois », rappelle le rôle diplomatique joué par le prince de Montmorency-Laval sous la Restauration

 

Les portraits des souverains qu’il servit comme ambassadeur y sont toujours exposés, notamment ceux de Louis XVIII et Charles X, mais aussi George IV d’Angleterre, François II d’Autriche, Guillaume IV d’Angleterre, Ferdinand VII d’Espagne, ou encore les papes Pie VII et Léon XII.



Ici, en revanche, aucune trace de Louis-Philippe Ier: fidèle aux Bourbons, le prince préféra se retirer à Montigny après la révolution de 1830.

 

MON AVIS

 

C’est toujours un plaisir, pour les passionnés d’histoire et de patrimoine comme moi, de découvrir un nouveau château chargé de mémoire et encore habité par ceux qui le font vivre aujourd’hui.

 

Le château de Montigny-le-Gannelon séduit autant par son histoire que par son atmosphère. On y ressent véritablement les différentes époques qui ont façonné les lieux, du château fort médiéval à la demeure Renaissance, puis au château romantique du XIXe siècle.

 

Moins connu que certains grands châteaux de la Loire, il possède justement ce charme plus intime et familial qui rend la visite particulièrement agréable. Entre architecture, souvenirs historiques, panorama sur la vallée du Loir et découverte des dépendances, le domaine constitue une très belle étape patrimoniale en Eure-et-Loir.

 

INFORMATIONS PRATIQUES

 

  • Quoi ? Château de Montigny-le-Gannelon

  • Où ? Le château se situe à Montigny-le-Gannelon, sur la commune de Cloyes-les-Trois-Rivières, en Eure-et-Loir, entre Chartres, Châteaudun et Tours.

  • Quand ? Le domaine est ouvert toute l’année, tous les jours.

    • Le parc en accès libre (5€)

    • Le château en visites guidées (l’après-midi à partir de 14h30 et jusqu’à 17h).

    • Il est conseillé d’appeler avant la visite au 06 03 96 29 08

  • Combien ?

    • Adulte : 12 €

    • Enfant (6-12 ans) : 5 €

    • Gratuit pour les moins de 6 ans

    • Parc seul : 5€

 

Plus d’information sur le site du Domaine de Montigny-le-Gannelon

 

SOURCES

 

  • Visite guidée du château

  • Livret en vente au château

26 commentaires


PABLO PAT
PABLO PAT
il y a 21 heures

Quel plaisir de redécouvrir le château de Montigny-le-Gannelon grâce aux commentaires si vivants de Lydiane et Aymar de la Motte Saint-Pierre — leur humour rend l’histoire tellement plus proche. Pour d’autres pépites comme celle-ci, je consulte régulièrement https://makerworld.pro

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EDUARDO SHAREN
EDUARDO SHAREN
il y a 3 jours

Quel plaisir d’entendre Lydiane et Aymar raconter Montigny-le-Gannelon avec tant d’humour et de passion — ça donne envie de tendre l’oreille pour chaque détail. Pour prolonger ce genre de découvertes, je me suis abonné à https://image-to-stl.org

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Thư 79
Thư 79
il y a 4 jours

Quelle belle façon de redonner vie à l’histoire du château de Montigny-le-Gannelon grâce aux anecdotes de Lydiane et Aymar de la Motte Saint-Pierre. J’écoute ce genre de récits en préparant mes propres visites, et je trouve mes idées via https://muse-video.pro

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Warsita Mansur
Warsita Mansur
il y a 7 jours

Quel plaisir de redécouvrir le château de Montigny-le-Gannelon avec les anecdotes si vivantes de Lydiane et Aymar de la Motte Saint-Pierre — leur humour rend l’histoire tellement plus proche. Pour d’autres pépites comme celle-ci, je consulte régulièrement https://2d-to-3d.org

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