EXPOSITION: 'LES ANIMAUX DU ROI' À VERSAILLES


Pour les vacances de Noël (et après) ne manquez pas l’exposition ‘les Animaux du Roi’, au château de Versailles jusqu’au 13 février 2022. Une exposition originale de 300 œuvres où l’on apprend beaucoup sur les relations étroites entre la cour et le royaume animal.


Les animaux sont partout à Versailles: dans les sculptures et les bosquets des jardins, dans les peintures du château, dans la ferme du Hameau de la Reine… mais aussi, à l’époque, à la ménagerie royale (éléphant, autruches), dans le parc, les écuries (2000 chevaux) ou dans les appartements (chiens, chats, singes, oiseaux), tenant une place de choix à la cour.


Pourtant, le 17e siècle de Louis XIV est aussi celui de Descartes pour qui le monde est régi par des lois mécaniques où les animaux ne sont que des machines, au rouage subtil et dénués d’émotions et d’intelligence. Face à ces théories, la cour et les milieux culturels résistent, avec des personnalités comme Claude Perrault, médecin qui, à travers l’études des animaux, affirme que chaque être est singulier, ou le peintre Charles Le Brun qui considère leur intelligence, sans oublier La Fontaine qui leur donne âme humaine. Les rois et reines s’attachent aussi à leurs animaux de compagnie et entretiennent une relation sensible avec eux. Une tendance qui s’accentuera avec les Lumières.


L’exposition s’ouvre sur le bosquet du Labyrinthe créé par Le Nôtre en 1665 et démantelé en 1774, dont sont ici présentés des témoignages (sculptures, peintures). On est immédiatement plongé dans l’imaginaire animalier du Versailles du 17e, grâce aux 21 sculptures de Tuby, Mazeline, Legros ou Massou, inspirées des Fables d’Esope, et aux peintures de Jean-Baptiste Oudry.


La section suivante nous ouvre les portes de la Ménagerie Royale, créée par Louis Le Vau entre 1662-64, et détruite au 19e siècle après la Révolution. On découvre présentés ici les animaux stars qui inspirèrent les artistes comme les peintres animaliers du 18e François Desportes, Nicasius Bernaerts et Jean-Baptiste Oudry: Lion, éléphant, antilope, ours.. et beaucoup d’oiseaux: autruche, calao, canards de barbarie, poule sultane, flamant rose, pélican.


On poursuit par une grande salle dédiée à la chasse, activité aujourd’hui controversée, mais très prisée alors de la cour et pratiquée quotidiennement par les rois. Conçue comme un entrainement à la guerre, la chasse participait à la puissance royale. Les tableaux proposés ici en témoignent.


L’exposition nous emmène ensuite dans le salon Octogone de la Ménagerie qui surplombait les enclos. Reconstitué ici à travers des peintures d’animaux (autruches, tortues, castors, chamois, grues couronnées, cacatoès, paon, singes), parmi lesquels l’éléphante de Louis XV, arrivée des Indes en 1773. Morte en 1782 noyée dans le Grand Canal après s’être évadée, elle est ici présentée empaillée. Le squelette de l’éléphante du Congo, offerte à Louis XIV en 1668 par le futur roi du Portugal et morte en 1682, est présentée plus loin dans l’exposition.


A travers peintures et sculptures, les pièces suivantes traitent de l’animal comme symbole politique. A Versailles, dans ses représentations sur les décors et dans les jardins, l’animal revêt des significations politiques, symbolisant la puissance du roi: le Coq français, l’aigle germanique, le lion hispanique… et bien sûr le cheval tout dévoué à magnifier le Roi.


Nous découvrons ensuite la relation particulière entre les rois et leurs chiens, véritables princes à Versailles. Dans son Petit Appartement, Louis XIV installera des niches pour ses braques. Jean-Baptiste Oudry peindra les chiens (lévriers, épagneuls) de Louis XV qui en était fou. On voit ici ses peintures où sont nommés chacun des fidèles amis du Roi: Blanche, Folle, Florissant, Pompée, Tane…

Parmi les autres animaux de compagnie royaux: les chats. Une faveur qui commence en 1722 avec le jeune Louis XV qui garde près de lui Brillant, son chat angora blanc, jusque dans son Cabinet du Conseil. Ici sont présentées de nombreuses peintures de personnalités de la cour avec leurs chats.


Point anecdote : A propos de chat, connaissez-vous l’histoire saugrenue qui est arrivée à Louis XVI ?

Le Roi est attaqué! Mais pas par n’importe qui. Un jour qu’il avait un besoin pressant, Louis XVI s’installe sur sa chaise percée (ou chaise d’affaire), située dans l’une de ses garde-robes. Mais, ce faisant, il n’a pas remarqué la présence d’un chat angora qui s’est logé dans la cuvette de faïence. Pendant un petit moment, rien ne se passe. Mais alors qu’il commence à manquer d’air, l’animal se met à se débattre, à feulé et à tenter de griffer ce qui l’empêche de sortir: le Roi. Surpris, et effrayé par les cris, croyant l’espace d’un instant à une réelle attaque, Louis XVI se met à courir, le pantalon entre les mains, sonnant à tout va qu’on lui vienne à l’aide. Plus de peur que de mal finalement. Gageons que cette histoire l’a bien fait rire après coup.


Revenons à l’exposition. La pièce suivante montre l’animal comme sujet important des arts décoratifs du 18e siècle. Une fonction ornementale inspirante que l’on observe sur les chenets au Lion du Salon de la Paix, la pendule aux Aiglons, ou encore la boîte en forme de petit chien, très moderne.


L’avant-dernière pièce atteste de l’opposition de Versailles aux théories des animaux-machines de Descartes, avec des dessins d’études scientifiques, mais aussi des extraits d’œuvres littéraires montrant l’attachement de la cour et des cercles culturels à l’animal comme être doté d’une âme véritable. Ici est présenté l’éléphante de Louis XIV.


La dernière salle nous emmène à la ferme. Mais pas n’importe laquelle: la ferme royale. D’abord à la Ménagerie, puis dans le célèbre Hameau de la Reine Marie-Antoinette, créé par Richard Mique entre 1783-86, la sensibilité aux animaux fermiers est forte à la cour de France. Ici, on commence à parler du bien-être animal. Le Hameau de la Reine, où elle peut séjourner loin des contraintes de la cour, est aussi un lieu où a souveraine adepte de Jean-Jacques Rousseau se ressource, proche de la nature. Véritable exploitation agricole, on y apprend l’importance du rapport à la terre et le soin des animaux de la ferme. C’est aussi un lieu d’éducation pour les enfants royaux, afin qu’ils comprennent d’où viennent les produits qu’ils consomment et qu’ils intègrent l’importance de la nature. Une ferme pédagogique et écologique avant l’heure.


L’exposition se termine ainsi. Parmi les œuvres remarquables dont je n’ai pas parlé, deux traineaux utilisés l’hiver dans les jardins de Versailles par la famille royale, l’un à l’entrée (traîneau au Léopard), l’autre à la sortie (traîneau à la Tortue), sont d’une qualité de réalisation et d’une conservation exceptionnelles.


Je vous invite vraiment à visiter cette exposition pleine de surprises. Ne sachant pas quoi en attendre, j’ai été très agréablement surpris : j’ai appris beaucoup sur la place de l’animal à Versailles, et découvert de nombreuses œuvres qui m’étaient alors encore inconnues. Une exposition intéressante, tant d'un point de vue historique que scientifique.

Informations Pratiques


L’exposition ’Les Animaux du Roi’ se tient tous les jours du mardi au dimanche, de 9h à 17h30 au Château de Versailles, depuis le 12 octobre 2021 et jusqu’au 13 février 2022.


Tous les détails sur le site du Château de Versailles.


Sources

  • Site du Château de Versailles

  • Dossier de Presse de l’exposition

  • ‘Vivre à la Cour de Versailles’ de Mathieu da Vinha aux éditions Tallandier

34 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout