LA MAISON D’ÉDUCATION DE LA LÉGION D’HONNEUR DE SAINT-DENIS : LIEU D’EXCELLENCE ET D’HISTOIRE
À Saint-Denis, aux portes de Paris et à quelques mètres de la célèbre basilique-cathédrale, la Maison d’Éducation de la Légion d’honneur occupe les bâtiments de l’ancienne abbaye royale reconstruite à partir de 1701 sous Louis XIV. Fondée par Napoléon Ier au début du XIXe siècle pour l’éducation des filles de décorés, elle est toujours en activité et accueille aujourd’hui lycéennes et étudiantes en internat. De son immense cloître à sa chapelle, en passant par le réfectoire, la bibliothèque, les salons historiques et son parc de 24 hectares, découvrez l’histoire et la visite de ce patrimoine exceptionnel, habituellement fermé au public.

À quelques mètres seulement de la basilique-cathédrale de Saint-Denis (93), nécropole des rois et reines de France depuis le Moyen Âge, se cache un lieu assez extraordinaire, à la fois monument historique et établissement scolaire : la Maison d’Éducation de la Légion d’honneur de Saint-Denis, qui occupe les bâtiments conventuels de l’ancienne abbaye royale, dont la basilique était l’église abbatiale.
J’ai eu la chance de la découvrir à deux reprises : une première fois lors d’une visite organisée avec la Société des Amis de Versailles, puis une seconde à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine. Cette dernière visite m’a notamment permis d’accéder à de nouveaux espaces, entre salles de cours, lieux de vie et pièces de réception.
devant la Façade de la Maison d'éducation de la Légion d'Honneur Cour d'Honneur et vue sur la basilique Cloître aile des pianos Chapelle Grille du frère Denis
En Bref…
Cette abbaye bénédictine, fondée au Moyen Âge, fut reconstruite à partir de 1701 sous le règne de Louis XIV par Robert de Cotte, Premier architecte du roi. Le chantier se poursuivit au XVIIIe siècle sous la direction de plusieurs architectes, notamment Jacques V et Ange-Jacques Gabriel, puis Charles de Wailly, à qui l’on doit les deux bâtiments circulaires de la cour d’Honneur.
Louis XIV Louis XV Napoléon Ier Madame Campan
Après avoir créé la Légion d’honneur en 1802, Napoléon Ier fonde les Maisons d’Éducation de la Légion d’honneur en 1805. Leur vocation est alors d’assurer l’éducation des filles de légionnaires, notamment celles de soldats morts ou devenus invalides. La première Maison fut dirigée par Madame Campan, ancienne gouvernante des enfants de Louis XVI et Marie-Antoinette, qui y imposa une éducation exigeante fondée sur la discipline, le travail et la modestie.
Installée à Saint-Denis depuis 1809, la Maison d’Éducation de Saint-Denis accueille aujourd’hui des descendantes de décorés de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire ou de l’ordre national du Mérite. Avec celle des Loges, à Saint-Germain-en-Laye, elle est l’une des deux dernières Maisons d’Éducation encore en activité : Saint-Denis abrite le lycée, les classes préparatoires et un BTS, tandis que Les Loges accueillent les collégiennes.
Derrière ses façades classiques, son immense cloître, son parc arboré, sa chapelle et son grand escalier, la Maison de Saint-Denis est donc tout sauf un monument figé : c’est toujours un établissement scolaire, où des centaines de jeunes filles étudient et vivent en internat.
Mais avant de pousser ses portes, remontons un peu le temps et découvrons plus en détail son histoire…
DE L’ABBAYE ROYALE À LA MAISON D’ÉDUCATION
Aux origines : le sanctuaire de saint Denis
L’histoire des lieux commence bien avant l’abbaye royale et la création de la Légion d’honneur. Selon la tradition chrétienne, saint Denis, premier évêque de Paris, aurait été martyrisé vers le milieu du IIIe siècle, probablement autour de 250, à Montmartre – Mons Martyrium, le mont des martyrs - ou dans ses environs. Après son exécution, il aurait porté sa tête jusqu’au lieu où il souhaitait être enterré, au nord de Paris. C’est sur cette tombe supposée que se développe progressivement un sanctuaire, à l’origine de la basilique actuelle et de la ville de Saint-Denis.
Sacré Coeur Montmartre Saint Denis Sainte Geneviève
Les premières constructions chrétiennes sont mal connues. Un édifice funéraire est toutefois attesté sur le site dès l’Antiquité tardive. Au Ve siècle, sainte Geneviève – sainte patronne de Paris qu’elle aurait libéré des invasions barbares - aurait contribué à faire restaurer le sanctuaire, qui devient peu à peu un lieu de pèlerinage important.
De la communauté religieuse à l’abbaye royale
À l’époque mérovingienne, le site prend une importance nouvelle. Le roi Dagobert Ier, qui règne de 629 à 639, est traditionnellement considéré comme le fondateur de l’abbaye de Saint-Denis. Il aurait réorganisé la communauté religieuse et fait agrandir le sanctuaire.
Dagobert est également le premier roi à être enterré dans l’église de Saint-Denis. Ce choix inaugure une tradition appelée à transformer durablement le lieu : au fil des siècles, la basilique devient la principale nécropole des rois et reines de France.
Dagobert 1er Tombeau de Dagobert 1er à la Basilique saint-Denis Pépin le Bref
Les souverains carolingiens renforcent encore le prestige de l’abbaye. Sous Pépin le Bref, puis sous Charlemagne, le monastère bénéficie de donations et de privilèges importants. Mais c’est surtout sous l’abbé Suger, au XIIe siècle, que la basilique acquiert une portée artistique et politique exceptionnelle.
Suger et la naissance de l’architecture gothique
Conseiller de Louis VI et de Louis VII, l’abbé Suger dirige Saint-Denis de 1122 à 1151. Entre 1135 et 1144, il fait reconstruire le massif occidental et le chevet de l’abbatiale. Pour agrandir et éclairer le chœur, il associe notamment arcs brisés, voûtes d’ogives et grandes baies vitrées. Ces choix architecturaux, bientôt repris et développés dans d’autres grands chantiers religieux, font de Saint-Denis l’un des berceaux de l’architecture gothique.
abbé Suger Basilique Saint-Denis Vitraux XIIIe siècle Basilique Saint-Denis Basilique Saint-Denis Louis VII Basilique Saint-Denis Basilique Saint-Denis
La nouvelle façade est consacrée en 1140 et le chevet est consacré en 1144. L’abbatiale devient alors un manifeste de la puissance de la monarchie capétienne et de l’Église. À partir du XIIIe siècle, la basilique est profondément remaniée sous le règne de Saint Louis. Entre 1230 et 1269, le chœur et le transept sont reconstruits dans un style gothique rayonnant. Le roi fait également réorganiser la nécropole royale : les tombeaux sont disposés de manière plus ordonnée et les souverains des dynasties précédentes sont réunis dans un même espace funéraire.
C’est à cette époque que Saint-Denis s’impose véritablement comme la nécropole dynastique des rois de France.
Une abbaye au cœur du pouvoir royal
Au Moyen Âge, l’abbaye n’est pas seulement un lieu de prière et de sépulture. Elle possède d’importants domaines, exerce des droits seigneuriaux et joue un rôle politique majeur. Les moines de Saint-Denis sont également associés à la mémoire officielle de la monarchie. L’abbaye conserve notamment les regalia, les objets symboliques du pouvoir royal (couronnes, sceptres, main de justice…), ainsi que l’oriflamme de Saint-Denis, l’étendard de guerre des rois de France.
Cour d'honneur de l'abbaye avec vue sur la basilique Funérailles reconstituées de Louis XVIII au mobilier national Gisants de Catherine de Médicis et Henri II Sépulture de Catherine de Médicis et Henri II Oriflamme royal à Saint-Denis Cénotaphes de Louis XVI et Marie-Antoinette Tombeau de François 1er et Claude de France Cloître de l'abbaye
La basilique accueille les funérailles et les tombeaux de nombreux souverains, de Dagobert Ier à Louis XVIII. Tous les rois ne sont cependant pas enterrés à Saint-Denis : certains, comme Philippe Ier, Louis XI ou Charles X, reposent ailleurs, mais la basilique demeure la nécropole royale par excellence.
Au fil des siècles, les bâtiments monastiques sont agrandis, reconstruits et adaptés aux besoins de la communauté. Le monastère médiéval connaît plusieurs transformations, mais les constructions que l’on peut observer aujourd’hui datent principalement de l’époque moderne.
La reconstruction classique de l’abbaye
À la fin du XVIIe siècle, les bâtiments conventuels sont devenus vétustes et ne correspondent plus aux besoins d’une communauté importante. Une vaste reconstruction est donc entreprise sous le règne de Louis XIV (r.1643-1715), à partir de 1700-1701.
Façade classique Cloître façade arrière de l'Abbaye Vestibule Escalier 18e détail rocaille
Les plans sont confiés à Robert de Cotte (1656-1735), futur Premier architecte du roi. Il conçoit notamment les ailes Est et Sud ainsi que l’organisation générale du nouveau monastère. Après sa mort, en 1735, le chantier se poursuit sous la conduite de Charles Bonhomme (1701-1737), à partir de projets validés par Jacques V Gabriel (1667-1742) et Ange-Jacques Gabriel (1698-1782), architectes de Louis XV (r. 1715-1774). L’architecte Bayeux intervient ensuite sur la poursuite des travaux. Enfin, en 1776, Charles de Wailly (1730-1798) réalise notamment les deux bâtiments circulaires qui encadrent la cour d’Honneur.
Le monastère que nous découvrons aujourd’hui est donc principalement celui du XVIIIe siècle: un vaste ensemble qui mêle classicisme français, rocaille tardive et premiers accents néo-classiques - le porche monumental, en forme d’arc de triomphe romain, sera ajouté ultérieurement au XIXe.
La Révolution bouleverse les lieux
La Révolution française marque une rupture brutale. Les religieux quittent l’abbaye en 1792 et les bâtiments deviennent propriété de l’État. La basilique est fermée au culte et l’ancienne abbaye connaît plusieurs usages administratifs et militaires.
En 1793, les tombeaux royaux de la basilique sont profanés sur ordre de la Convention. Les sépultures sont ouvertes et les restes des souverains sont jetés dans des fosses communes à l’extérieur de l’église. Les monuments funéraires, eux, sont en grande partie démontés et déplacés.
L’ancien monastère est notamment transformé en hôpital militaire en 1795. Les bâtiments conventuels perdent ainsi leur fonction religieuse, tandis que la basilique devient un symbole particulièrement exposé de l’ancienne monarchie.
Quelques années plus tard, Napoléon va offrir à l’ensemble une nouvelle destinée.
LA LÉGION D’HONNEUR : DE QUOI PARLE-T-ON EXACTEMENT ?
Avant de comprendre les Maisons d’Éducation, un petit rappel s’impose. La Légion d’honneur est créée le 19 mai 1802 par Napoléon Bonaparte, alors Premier consul. Dans une France qui a aboli les anciens ordres de chevalerie de la monarchie, il souhaite instaurer une distinction capable de récompenser aussi bien la bravoure militaire que le mérite civil.
Une idée alors assez novatrice : la naissance ou l’origine sociale ne doivent théoriquement pas déterminer l'accès à cette distinction. Le mérite et les services rendus à la Nation doivent primer. Plus de deux siècles plus tard, la Légion d’honneur demeure le premier ordre national français.
Hôtel de Salm - Palais de la Légion d'honneur à Paris Napoléon Bonaparte Légion d'honneur - médailles Hôtel de Salm - Palais de la Légion d'honneur à Paris Hôtel de Salm - Palais de la Légion d'honneur à Paris Hôtel de Salm - Palais de la Légion d'honneur à Paris
Le président de la République en est le grand maître. À ses côtés, le grand chancelier de la Légion d’honneur, nommé par le chef de l’État, occupe une fonction essentielle : il veille au fonctionnement des ordres nationaux et à la cohérence du système français des décorations. Et ses responsabilités ne s’arrêtent pas là.
La Grande Chancellerie exerce aujourd’hui trois grandes missions de service public : l’administration des décorations nationales, la gestion du musée de la Légion d’honneur et des ordres de chevalerie à Paris… et la direction des Maisons d’Éducation de la Légion d’honneur.
POURQUOI NAPOLÉON CRÉE-T-IL DES MAISONS D’ÉDUCATION ?
Au début du XIXe siècle, Napoléon constate un déséquilibre: l’État dispose d'établissements destinés à former les garçons, mais les possibilités d’éducation des jeunes filles restent beaucoup plus limitées. Le 15 décembre 1805, il signe donc à Schönbrunn le décret créant les Maisons d’Éducation de la Légion d’honneur.
À l’origine, l’ambition est aussi sociale : assurer l’éducation des filles de légionnaires, notamment de familles modestes ou fragilisées par les guerres. Une femme va jouer un rôle essentiel dans les débuts de cette aventure : Henriette Campan, plus connue sous le nom de Madame Campan.
Madame Campan Château d'Ecouen Château d'Ecouen
Ancienne lectrice des filles de Louis XV puis première femme de chambre de Marie-Antoinette, elle avait créé après la Révolution un pensionnat réputé à Saint-Germain-en-Laye, fréquenté notamment par Hortense de Beauharnais - fille de l’impératrice Joséphine - et plusieurs membres de la famille Bonaparte.
Napoléon lui confie la direction de la première Maison d’Éducation, ouverte au château d’Écouen en 1807.
De plusieurs Maisons… à deux établissements
Le système évolue rapidement. En 1809, Napoléon décide d'installer une deuxième Maison d’Éducation dans l’ancienne abbaye royale de Saint-Denis. Parallèlement sont créées des « maisons d’orphelines » dépendant elles aussi de la Légion d’honneur, notamment aux Loges à Saint-Germain-en-Laye, à Paris et à l’abbaye de Barbeau près de Fontainebleau.
Maison d'éducation de la Légion d'honneur - Saint-Germain en Laye Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Germain-en-Laye Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Germain en Laye
Réorganisés à plusieurs reprises au XIXe siècle, ces établissements voient également leur enseignement évoluer. Écouen reste une Maison d’Éducation jusqu’en 1962. Le château est alors mis à la disposition du ministère de la Culture et abrite aujourd’hui le musée national de la Renaissance.
Il ne subsiste désormais que deux Maisons d’Éducation : Les Loges, à Saint-Germain-en-Laye, pour les collégiennes, et Saint-Denis, pour les lycéennes et les étudiantes post-bac.
DES PENSIONNAIRES DU XIXE SIÈCLE AUX ÉLÈVES D’AUJOURD’HUI
Ne vous fiez donc pas aux uniformes et aux traditions : les Maisons d’Éducation ne sont ni des écoles militaires ni des établissements privés. Ce sont aujourd’hui deux établissements publics d’enseignement, placés sous l’autorité du grand chancelier de la Légion d’honneur. Les programmes sont ceux de l’Éducation nationale et les enseignants sont détachés de celle-ci.
Près de 1 000 jeunes filles y sont scolarisées en internat : environ 480 collégiennes aux Loges, 440 lycéennes et près de 70 étudiantes post-bac à Saint-Denis.
Qui peut y entrer ?
Contrairement à une idée parfois répandue, il ne faut pas nécessairement avoir un parent directement décoré de la Légion d’honneur. Les admissions sont ouvertes aux filles, petites-filles et arrière-petites-filles de décorés français ou étrangers de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire ou de l’ordre national du Mérite.
L’admission n’est toutefois pas automatique. Les résultats scolaires et le comportement sont étudiés, tout comme la motivation de la candidate à vivre en internat. Le contexte familial et social est également pris en compte, conformément au rôle social historique des Maisons.
Uniformes et traditions
L’une de leurs particularités les plus visibles reste bien sûr l’uniforme. Dans le secondaire, les élèves portent une tenue bleu marine et blanche accompagnée d’une ceinture en baudrier dont la couleur indique leur niveau : verte en 6e, violette en 5e, aurore en 4e, bleue en 3e, nacarat (rouge) en seconde, blanche en première et multicolore en terminale.
Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis
Derrière ce cérémonial se trouve pourtant une école bien de son temps. Les Maisons revendiquent précisément cet équilibre entre tradition et modernité, avec un suivi pédagogique important, des classes d’environ 25 élèves en moyenne, des activités culturelles, sportives et artistiques et une place particulièrement importante accordée à la musique.
À Saint-Denis, les élèves suivent leur scolarité de la seconde à la terminale. La Maison accueille également des classes préparatoires littéraires et un BTS de commerce international.
Et c’est justement dans ce cadre scolaire toujours en activité que nous allons pénétrer.
VISITER LA MAISON D’ÉDUCATION DE SAINT-DENIS
Tout commence au 5, rue de la Légion d’Honneur. Après avoir franchi le monumental portail d’entrée, on se retrouve dans un sas. Bâti au XIXe siècle, il devait permettre le contrôle des entrées et sorties des jeunes filles et de leurs visiteurs.
Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis
Une fois la deuxième porte passée, nous voilà face à l’ancienne abbaye, dans la vaste cour d’Honneur.
La cour d’Honneur
La cour d’Honneur offre une première vision spectaculaire de l’ancienne abbaye. L’architecture classique s’y révèle dans toute sa rigueur : lignes régulières, symétrie des façades et équilibre des proportions.
Cour d'honneur Façade cour d'honneur Façade cour d'honneur
Les deux bâtiments circulaires qui encadrent la cour ont été réalisés par Charles de Wailly en 1776, dans les dernières décennies de l’Ancien Régime. Difficile alors d’imaginer que derrière ces façades historiques se déroule toujours la vie quotidienne d’un lycée.
Cour d'honneur cour d'honneur Façade avant
Le grand vestibule
La visite se poursuit par le grand vestibule, espace octogonal traditionnellement réservé aux visiteurs de marque de l’ancienne abbaye. Il servait aussi de parloir pour les jeunes filles et leur famille lorsque la Maison d'éducation est créée. Aujourd’hui, il n’est plus emprunté quotidiennement par les élèves, et sert donc lors de circonstances exceptionnelles, pour accueillir les invités officiels.
Son décor rappelle la vocation actuelle des lieux. Deux médaillons reprennent les insignes de la Légion d’honneur et de la Médaille militaire, tandis qu’un dessus-de-porte arbore la devise du premier ordre national, "Honneur et Patrie", entourée de deux anges.
Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Vestibule - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Hôtel de Salm - palais de la Légion d'honneur Palais de la Légion d'honneur - Hôtel de Salm
On y remarque également des sculptures d’Albert-Antoine-Michel Bertolini, réalisées d’après des modèles de Jean-Guillaume Moitte. Elles ornaient autrefois le toit de la rotonde du palais de la Légion d’honneur à Paris, siège de la Grande Chancellerie. Si les originaux ont été placées ici, c'est avant tout pour des raisons de conservation.
Un cloître monumental
On pénètre ensuite dans l’un des espaces les plus impressionnants de la Maison : le cloître, réputé être le plus vaste de France. Ses très hautes galeries voûtées desservent toujours le réfectoire, les escaliers conduisant aux dortoirs et différents espaces de travail de l’établissement. Une porte permettait également de rejoindre directement la basilique voisine, ancienne église abbatiale - elle est aujourd'hui condamnée.
Cloître - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Cloître - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Cloître - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Cloître - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Cloître - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis
Au centre, le jardin à la française a été reconstitué à l’occasion du bicentenaire de l’institution, d’après des dessins de Robert de Cotte et le Monasticon Gallicanum, recueil du XVIIe siècle représentant les abbayes de la congrégation de Saint-Maur.
Les différentes galeries racontent également l’histoire de la Maison et son héritage napoléonien. On y découvre notamment un tableau de Georges Frédérique Roussel représentant Napoléon Bonaparte distribuant les premières croix de la Légion d’honneur au camp de Boulogne en 1804.
tableau de Georges Frédéric Roussel Tableau de Napoléon au camp de Boulogne aile des pianos Aile des pianos Porte condamnée menant à l'ala basilique Statue de la Vierge statue tombeau Napoléon Aile des statues Statue tombeau Napoléon Statue tombeau Napoléon Statue tombeau Napoléon
Plus loin, une succession d’anciens pianos rappelle l’importance historique de l’éducation musicale au sein de l’établissement: aujourd’hui encore, près de la moitié des élèves pratiquent le chant ou un instrument.
Dans une autre galerie, une sculpture de la Vierge réalisée au XVIIIe siècle par Pierre Surugue fait face à plusieurs statues de monarques. Celles-ci étaient destinées à orner le tombeau de Napoléon Ier dans la basilique voisine, dans le cadre du projet impérial visant à faire de Saint-Denis une nécropole de la nouvelle dynastie. Le projet ne vit finalement jamais le jour.
Le salon des Mécènes et ses femmes illustres
La visite nous conduit ensuite dans le salon des Mécènes, qui dessert notamment la chapelle, le cloître et la grande bibliothèque.
C’est ici que l’on retrouve plusieurs sculptures de femmes ayant marqué l’histoire de France, installées à la fin du XIXe siècle afin de proposer des figures exemplaires aux jeunes élèves. Parmi elles figurent notamment Blanche de Castille, reine de France et mère de Saint Louis, Madame Roland, femme de lettres et figure politique de la Révolution française, ou encore la célèbre chroniqueuse épistolaire, Madame de Sévigné.
Salon des mécènes - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salon des mécènes - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salon des mécènes - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salon des mécènes - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salon des mécènes - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salon des mécènes - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis
Depuis 2025, le lieu rend également hommage aux principaux donateurs ayant participé à la restauration du patrimoine de la Grande Chancellerie.
Le salon ouvre sur la cour Bayard, baptisée ainsi en référence à la statue du célèbre chevalier que l’on aperçoit dans le parc, au bout de la grande perspective.
Vers la cour Bayard Cour Bayard Cour Bayard
Mais qui était le chevalier Bayard ? Pierre Terrail, seigneur de Bayard, né vers 1475 et mort en 1524, est l’un des plus célèbres chevaliers français de la Renaissance. Combattant lors des guerres d’Italie sous Charles VIII, Louis XII puis François Ier, il est entré dans la légende sous l’image du chevalier « sans peur et sans reproche », modèle de courage, de fidélité et d’honneur. Pas étonnant, finalement, de le retrouver au milieu d'une institution dont la devise est « Honneur et Patrie » !
La grande bibliothèque
Ancienne « salle des rois », la grande bibliothèque conserve aujourd’hui quelque 8 300 ouvrages historiques, datés du XVIIIe au XXe siècle. Elle abrite également des photographies et objets d’archives ainsi que des pièces de porcelaine offertes par la manufacture de Sèvres entre 1869 et 1944, ou encore des objets évoquant les résidentes au fil des années.
Bibliothèque - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Bibliothèque - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Bibliothèque - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Bibliothèque - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Bibliothèque - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Bibliothèque - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis
Mais là encore, le patrimoine reste vivant : la bibliothèque continue d’être utilisée par les élèves, notamment pour des conférences, des répétitions artistiques ou de petites représentations musicales.
La salle d’arts plastiques
Autre espace spectaculaire : la salle d’arts plastiques, installée dans l’ancienne salle capitulaire de l’abbaye. C'est la seule salle de classe que nous visitons, mais quelle salle ! Depuis 1985, alors que les autres enseignements ont rejoint des bâtiments scolaires spécialement construits dans le parc, les cours d’arts plastiques sont toujours dispensés ici.
Salle d'arts plastiques - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salle d'arts plastiques - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salle d'arts plastiques - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salle d'arts plastiques - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salle d'arts plastiques - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis Salle d'arts plastiques - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis
La pièce impressionne par ses volumes, mais aussi par sa vaste collection de moulages en plâtre réalisés au XIXe siècle d’après de grands chefs-d’œuvre de la sculpture. Un bel exemple, là encore, de la manière dont l’ancienne abbaye continue d’être quotidiennement utilisée par les élèves.
La grille du frère Denis et l’escalier de Milan
On arrive ensuite devant l’un des ensembles les plus spectaculaires de l’ancienne abbaye : la grande grille et l’escalier dit « de Milan ». Construit en pierre de Saint-Leu, ce majestueux escalier se développe sur trois volées autour d’un vide central. Il permet notamment de rejoindre les étages où se trouvent les dortoirs des lycéennes. Ces derniers ne se visitent évidemment pas : la Maison étant toujours un internat, ils appartiennent à la vie privée des élèves qui y résident.
Grille du frère Saint-Denis - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Grille du frère Saint-Denis - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S escalier escalier escalier vers les dortoirs Grille du frère Saint-Denis - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Grille du frère Saint-Denis - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Grille du frère Saint-Denis - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S
L’escalier est complété par un remarquable garde-corps en fer forgé et surtout par une imposante grille attribuée réalisée au XVIIIe siècle par le frère Pierre Denis, considéré comme l’un des grands ferronniers de son époque. Volutes, feuilles d’eau, fleurons, rinceaux et rosaces composent un décor d’une remarquable finesse. L’ensemble a été restauré en 2016.
Un détail plus discret m’a également été signalé lors de ma visite. Au sommet de la grille, au milieu du décor fleurdelisé, une pointe est traditionnellement présentée comme l’un des clous supposés de la Sainte-Croix rapportés en France à l’époque de Saint Louis - une information qui m'a cependant été démentie par notre guide. Une tradition à considérer comme telle, mais qui ajoute une étonnante anecdote à la découverte des lieux !
La chapelle
La chapelle constitue un autre temps fort de la visite. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il ne s’agit pas de l’ancienne église abbatiale, puisque celle-ci n’est autre que la basilique de Saint-Denis voisine.
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Inaugurée en 1827, la chapelle actuelle a remplacé l’ancienne salle des gardes et le salon des Princes légitimes. Son mobilier, composé notamment du lustre, du chœur et des bancs, remonte en grande partie aux débuts de la Maison d’Éducation. Les murs conservent plusieurs copies d’œuvres religieuses installées en 1827 et 1832, tandis que le maître-autel en marbre date de 1851.
Regardez bien les bancs : ils racontent eux aussi le fonctionnement historique de la Maison. À leur extrémité, on remarque un siège plus confortable, rembourré et recouvert de velours rouge, alors que le reste du banc est constitué d’une simple assise en bois. Ces places étaient réservées aux professeurs ou aux chargées de classe qui encadraient les élèves ; les jeunes pensionnaires, elles, s’installaient sur les bancs de bois.
Chapelle - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Chapelle - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Chapelle - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S
Aujourd’hui, les Maisons d’Éducation sont des établissements publics et laïques. La chapelle demeure néanmoins consacrée et les élèves sont libres de s’y rendre.
Le réfectoire
Nous découvrons ensuite l’impressionnant réfectoire, qui occupe à lui seul tout un côté du quadrilatère formé par le cloître. Sa fonction n’a pratiquement jamais changé : les moines y prenaient déjà leurs repas avant que les pensionnaires ne leur succèdent.
Les longues tables en chêne et en marbre, tout comme les bancs sur lesquels les jeunes filles prennent toujours leurs repas trois fois par jour, remontent aux origines de la Maison d’Éducation. La vaste salle, couverte d’une voûte en plein cintre, est éclairée par de grandes baies donnant sur la cour des Quinconces.
Réfectoire - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Réfectoire - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Réfectoire - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Réfectoire - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Réfectoire - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Réfectoire - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S
Deux œuvres monumentales se font face à ses extrémités. D’un côté, Le Martyre de saint Denis de Gaspard de Crayer, peintre flamand du XVIIe siècle ; de l’autre, un portrait en pied de Napoléon Ier en costume de sacre, réalisé en 1807 par Robert Lefèvre. Sous ce portrait, une plaque rappelle la visite effectuée ici par Napoléon Ier et Marie-Louise le 6 août 1811.
Les salons de l’aile Intendance
La visite se poursuit dans une partie particulièrement intéressante pour comprendre le lien historique entre l’abbaye et la monarchie : les salons de l’aile Intendance. Avant de les découvrir, nous passons devant un majestueux escalier en pierre de Saint-Leu, qui permet aux élèves de rejoindre leurs dortoirs. Il se développe sur trois volées autour d’un vide central et est bordé d’un remarquable garde-corps en fer forgé réalisé par le frère Denis entre 1713 et 1723.
Sous l’Ancien Régime, cette aile accueillait les appartements réservés à la famille royale lorsqu’elle séjournait à Saint-Denis à l’occasion des cérémonies funéraires organisées dans l’abbatiale.
Le salon des Princes en constitue aujourd’hui l’un des principaux témoignages. Son décor permet d’apprécier le raffinement de la stéréotomie, c’est-à-dire l’art de tailler et d’assembler les pierres ! voûtes, chapiteaux fleuris et mufles de lions témoignent du soin apporté à cet espace.
Salon des Princes - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Salon des Princes - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Portrait de Napoléon 1er Salon des Princes - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Galerie des intendantes
La pièce est aujourd’hui utilisée pour des conseils de classe et des rencontres officielles. Deux autres salons la jouxtent : le salon des Grands du Royaume et celui du Dauphin et de la Dauphine, désormais affectés à l’administration de la Maison et servant notamment de salles à manger pour les professeurs.
Dans la galerie qui les dessert se trouvent également les portraits des différentes surintendantes ayant dirigé les Maisons d’Éducation, ainsi qu’un buste d’Henriette Campan, qui fut la première à exercer cette fonction à la tête de la première Maison d’Éducation, à Écouen.
Un parc de 24 hectares
La découverte se poursuit enfin dans le vaste parc qui entoure l’ancienne abbaye. Au-delà de ses perspectives et de ses arbres, il permet surtout de comprendre comment l’établissement a su évoluer au fil des XIXe, XXe et XXIe siècles sans renoncer à son patrimoine historique.
Parc - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Parc - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Parc - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Parc - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Nouvelles salles de Classe - Parc - Maison d'éducation de la Légion d'honneur de S Vue depuis les nouvelles salles de classe
Plusieurs constructions sont ainsi venues compléter les anciens bâtiments conventuels: une infirmerie, un gymnase, des bâtiments scolaires et, plus récemment, un édifice destiné aux étudiantes post-bac. Le bâtiment scolaire inauguré en 1985 par François Mitterrand a notamment été conçu de manière discrète et en partie semi-enterrée afin de préserver les perspectives du domaine.
Le pavillon de Musique
Construit en 1896, le pavillon de Musique est l’un des bâtiments emblématiques du parc. Sa création répondait à un besoin très concret : disposer d’un lieu suffisamment vaste pour réunir l’ensemble des élèves.
Pavillon de musique - Maison d'éducation de la Légion d'honneur Pavillon de musique - Maison d'éducation de la Légion d'honneur
Le pavillon accueille également des activités culturelles et artistiques ainsi que les grandes cérémonies officielles de la Maison. Une manière supplémentaire de constater que, plus de deux siècles après sa création, ce patrimoine exceptionnel continue d’être pleinement habité et utilisé.
MON AVIS SUR LA MAISON D’ÉDUCATION DE LA LÉGION D’HONNEUR
Vous le savez, j’aime particulièrement découvrir des lieux habituellement fermés au public. Et la Maison d’Éducation de la Légion d’honneur de Saint-Denis fait clairement partie de ces visites qui méritent le détour.
D’abord pour son patrimoine exceptionnel : l’ancienne abbaye royale, son architecture classique, son immense cloître, le grand escalier, le réfectoire ou encore son parc constituent à eux seuls une très belle découverte.
Mais ce qui m’a peut-être le plus intéressé ici est que ce patrimoine n’est pas figé. Plus de deux siècles après la création de la Maison, les bâtiments continuent de remplir leur fonction éducative. Des traditions héritées de l’histoire de l’institution subsistent, tandis que les enseignements, les équipements et la vie des élèves ont évidemment évolué avec leur époque.
Une rencontre assez fascinante entre patrimoine, histoire et éducation contemporaine. Si vous en avez l’occasion, je vous recommande donc sans hésiter la visite.
Et puisque vous êtes sur place, profitez-en évidemment pour découvrir la basilique-cathédrale de Saint-Denis, toute proche. Vous pouvez également prolonger la balade jusqu’à l’ancien Carmel de Saint-Denis, aujourd’hui musée d’Art et d’Histoire Paul Éluard.
Une belle journée de patrimoine aux portes de Paris !
INFORMATIONS PRATIQUES
Quoi ? Maison d’Éducation de la Légion d’honneur de Saint-Denis.
Où ? 5 rue de la Légion-d’Honneur, 93200 Saint-Denis.
Que peut-on visiter ? La Maison est avant tout un établissement scolaire et n’est donc pas librement accessible au public. Les espaces ouverts peuvent par ailleurs varier selon les visites et les nécessités de fonctionnement de l’établissement.
Quand ? La Maison ouvre notamment ses portes lors des Journées Européennes du Patrimoine. Des visites guidées sont également proposées ponctuellement en dehors de ces journées par l’Office de tourisme.
Accès ? À proximité immédiate de la basilique-cathédrale Saint-Denis et du centre historique de Saint-Denis.
N’hésitez pas à consulter le site de la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur et les visites proposées par l’Office de tourisme de Saint-Denis.





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