« LE TRÉSOR RETROUVÉ DU ROI-SOLEIL » : QUAND LES TAPIS DE LOUIS XIV RETROUVENT LEUR GRANDEUR SOUS LA NEF DU GRAND PALAIS
- Igor Robinet-Slansky
- il y a 2 jours
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Sous l’immense verrière de la Grand Palais, à Paris, la Nef se transforme, le temps de quelques jours, en une galerie royale hors norme. Du 1er au 8 février 2026, l’exposition Le Trésor retrouvé du Roi-Soleil dévoile pour la première fois au public un ensemble aussi spectaculaire que méconnu : les tapis monumentaux commandés par Louis XIV(règne : 1643-1715) pour la Grande Galerie du Louvre, chefs-d’œuvre tissés au 17ᵉ siècle par la manufacture royale de la Savonnerie.
Pensée comme une expérience immersive et monumentale, cette exposition exceptionnelle permet d’approcher au plus près l’un des plus ambitieux projets décoratifs de l’histoire de la monarchie française : un décor de sol long de plus de 400 mètres, conçu pour magnifier la puissance du Roi-Soleil… mais jamais déployé.
UNE COMMANDE DÉMESURÉE POUR GLORIFIER LE POUVOIR ROYAL
Tout commence en 1668, au début du règne personnel de Louis XIV, alors que le Louvre est encore destiné à être la résidence officielle du souverain. Sous l’impulsion de Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), contrôleur général des finances du roi, une commande hors normes est passée à la manufacture royale de la Savonnerie : 92 tapis monumentaux, larges de près de neuf mètres, destinés à recouvrir le sol de la Grande Galerie reliant le Louvre aux Tuileries.
Le projet est colossal : près de 4000 m² de tissage, réalisés sur une période de vingt ans, entre 1668 et 1688. Pour en concevoir les motifs, le roi fait appel à son Premier peintre, Charles Le Brun (1619-1690), qui imagine un décor foisonnant, à la fois allégorique, politique et cosmique. Chaque tapis devient une pièce unique, conçue pour participer à un véritable parcours d’apparat, guidant le visiteur vers la salle du trône.
Mais l’histoire en décide autrement. Après la mort de Colbert, Louis XIV se détourne progressivement du Louvre au profit de Versailles – où la cour de France s’installe en 1682. Les tapis ne seront jamais installés dans la Grande Galerie. Dispersés, découpés, vendus, parfois offerts comme cadeaux diplomatiques, ils traversent les siècles au gré des bouleversements politiques, frôlant souvent la disparition.
« LE TRÉSOR RETROUVÉ DU ROI SOLEIL » : UNE RENAISSANCE SPECTACULAIRE SOUS LA NEF
L’exposition réunit aujourd’hui, dans un espace à la mesure de leur ambition, près d’une trentaine de tapis de la Grande Galerie du Louvre, parmi les quarante et un encore conservés dans les collections publiques. Jamais, depuis leur création il y a plus de 350 ans, un ensemble aussi important n’avait été présenté dans un même lieu.
La scénographie exploite pleinement les volumes de la Nef : les tapis, déployés au sol ou présentés à hauteur de regard, révèlent toute la richesse de leurs compositions. Fonds bruns profonds, rinceaux d’acanthe, paysages idéalisés, allégories des vertus royales ou des éléments… Chaque détail raconte la vision d’un monde ordonné autour du monarque, placé au centre d’un univers symbolique infini.
On s’attarde devant La Terre, où les quatre parties du monde s’organisent autour du globe terrestre, ou encore devant les tapis consacrés aux vertus - L’Abondance, L’Amour, La Vigilance - véritables manifestes tissés de la propagande monarchique. À mesure que l’on avance, le regard se perd dans la profusion des motifs, la finesse du velours, la virtuosité technique du point noué, signature de la Savonnerie.
L’HISTOIRE DU ROI : UN DIALOGUE ENTRE TAPIS ET TAPISSERIES
Pour évoquer l’atmosphère d’une galerie de palais au 17ᵉ siècle, l’exposition met en regard les tapis de la Grande Galerie avec l’une des plus prestigieuses tentures des Gobelins : L’Histoire du Roi. Tissée entre 1665 et 1681 d’après les cartons de Charles Le Brun, cette tenture monumentale retrace les grands événements du règne de Louis XIV : sacre, victoires militaires, entrées royales, diplomatie.
Douze pièces sont présentées, soit le nombre exact du premier tissage, reconstituant un ensemble qui n’avait plus été montré dans son intégralité depuis 1976. Le dialogue entre les tapis de sol et les tapisseries murales permet de saisir toute la cohérence du programme décoratif imaginé pour glorifier le souverain, dans un langage visuel total.
RESTAURER, PRÉSERVER, TRANSMETTRE
L’exposition met également en lumière le travail de restauration mené depuis plusieurs années par les ateliers du Mobilier national. Nettoyage, stabilisation, consolidation des fibres : chaque tapis a fait l’objet d’interventions minutieuses, respectueuses du tissage d’origine. Certaines altérations, liées aux pigments utilisés au 17ᵉ siècle, racontent aussi l’histoire matérielle de ces œuvres, leur fragilité, leur long parcours à travers les siècles.
À travers cette présentation exceptionnelle, l’exposition Le Trésor retrouvé du Roi-Soleil ne se contente pas de montrer des chefs-d’œuvre : elle raconte une aventure artistique, politique et patrimoniale, faite de grandeur, d’oubli et de renaissance.
INFORMATIONS PRATIQUES
Quoi ? Le Trésor retrouvé du Roi-Soleil
Où ? Nef du Grand Palais – Entrée Gabrielle Chanel
Accès ? Métro : Champs-Élysées-Clemenceau (lignes 1 et 13) ou Franklin D. Roosevelt (ligne 9)
Quand ? Du 1ᵉʳ au 8 février 2026
Tous les jours de 10h à 19h30
Vendredi 6 février: nocturne jusqu’à minuit
Dimanche 8 février: fermeture à 16h
Combien ? Tarif plein : 8 € / Tarif réduit : 5 €
Gratuit pour les moins de 18 ans et publics éligibles
SOURCES
Visite de l’exposition
Dossier de presse officiel de l’exposition






































































