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ANECDOTE: LOUIS XIV, AUX ORIGINES DE L’HYMNE ANGLAIS?

Pont de Londres
London Bridge

Ce 6 mai 2023, à Londres, le roi Charles III, fils et successeur de la célèbre Reine Elizabeth II (1926-2022), ainsi que son épouse Camilla, seront couronnés roi et reine consort du Royaume-Uni et des royaumes du Commonwealth.

L’hymne britannique résonnera alors dans l’Abbey de Westminster, reprenant à cette occasion ses paroles initiales ‘God save the King’ et non plus ‘the Queen’ comme c’était le cas depuis plus de 70 ans. S’il est reconnu comme l’hymne de la Grande-Bretagne, il faut savoir que le royaume n’en compte pourtant aucun d’officiel, ou plutôt plusieurs. Cependant, celui-ci étant le plus repris, il s’impose ainsi implicitement comme l’hymne national britannique. Un hymne que le roi (ou la reine) du pays est le seul ne jamais chanter.


Cependant, savez-vous que ce chant mondialement connu pourrait avoir une origine toute française? Je dis bien ‘pourrait’ car le doute persiste et les historiens ne s’accordent pas sur la version officielle, notamment en Grande-Bretagne… et vous allez comprendre pourquoi!

Le récit officiel raconte que cet air aurait été composé au 18e siècle par l’Allemand naturalisé Anglais, Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Finalisé en 1744, il aurait alors été chanté pour la première fois à la cour d’Angleterre en 1745.


Mais l’histoire officieuse dit tout autre chose. Tout commencerait en réalité dans le Versailles du Grand Siècle, sous le règne du Roi Soleil, en 1686. Le 18 novembre de cette année-là, dans la plus grande discrétion, Charles-François Félix, chirurgien du roi, opère Louis XIV d’une fistule anale qui le fait souffrir depuis des mois. Pour l’anecdote, le médecin s’entrainera sur de nombreux miséreux atteints de fistules anales et soignés à l’hospice de Versailles. Beaucoup mourront, jusqu’à ce que Félix mettent au point un instrument efficace, un bistouri recourbé et couvert d’argent qu’on nommera «bistouri à la royale». L’opération de Louis XIV est un succès!

Pour rendre gloire au roi sain et sauf, le compositeur royal, Jean-Baptiste Lully aurait alors composé un nouveau chant en hommage à Louis XIV: ‘Dieu sauve le Roi!’. Un air complété de paroles qui auraient été écrites par les jeunes filles de l’école de Saint-Cyr. Pour rappel, fondée par la seconde épouse du Roi Soleil, Madame de Maintenon, le 15 juin 1686, la Maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr (dans les actuelles Yvelines) accueille et éduque les jeunes filles de la noblesse pauvre.


Rendons-nous maintenant au Royaume-Uni, à la même époque, pour comprendre comment cet hymne serait arrivé outre-Manche. À la mort du roi Charles II le 6 février 1685, c’est son frère Jacques II qui monte sur le trône. Or ce dernier est de confession catholique et non anglicane. Très vite, sa foi, mais aussi sa politique répressive et absolutiste comme sa proximité avec la France (il est le cousin de Louis XIV), retournent l’opinion contre lui. Une opinion qui va se révolter lorsque le risque de voir une dynastie catholique s’installer en Angleterre devient trop fort. En effet, les deux filles de Jacques II, Anne et Marie, étant protestantes, on ne s’inquiétait pas de sa succession. Mais lorsque le roi épouse en secondes noces Marie de Modène, une catholique, et que de leur union naît un fils, Jacques Edouard, lui-aussi catholique, les esprits s’échauffent. D’autant plus qu’en France, en 1685, Louis XIV a révoqué l’Edit de Nantes qui garantissait la liberté de culte aux Protestants, désormais persécutés.

Pour les aider à faire chuter le roi, les opposants à Jacques II vont ainsi faire appel au stathouder (gouverneur général) des Provinces-Unis (les Pays-Bas), le Prince protestant Guillaume III d’Orange-Naussau. Cousin de Jacques II dont il a épousé la fille Marie, Guillaume d’Orange souhaite de son côté s’allier à l’Angleterre pour contrer les politiques du roi de France. Il accepte donc d’aider les protestants anglais.


Face au débarquement en Angleterre des troupes hollandaises le 15 novembre 1688, Jacques II s’exile en France. Considérant cette fuite comme une abdication, Guillaume d’Orange conclut un accord avec le Parlement qui lui est favorable et il monte sur le trône anglais avec sa femme, en tant que roi Guillaume III et reine Marie II. En février 1689, il signe avec le Parlement la Déclaration des Droits (Bill of Rights) qui acte la naissance du régime parlementaire britannique, interdit l’accession à la couronne aux catholiques, et marque la fin de cet épisode révolutionnaire de 1688 et 1689 qu’on appellera la Glorieuse Révolution.


C’est là que l’opération médicale de Louis XIV rejoint le destin anglais. Exilé en France, Jacques II est hébergé par son cousin le roi de France au château de Saint-Germain-en-Laye. C’est ici, dans son refuge, que l’ex-roi d’Angleterre entend pour la première fois le ‘Dieu sauve le Roi!’ alors devenu populaire. L’air lui plaît tellement qu’il se jure de le garder comme hymne s’il remonte sur le trône et en fait le cri de ralliement de ses partisans. Ses tentatives de reprise de la couronne échoueront, mais son hymne lui survivra après sa mort en 1701.


Outre-Manche, à la mort sans héritier de Guillaume III en 1702, c’est Anne, la fille aînée protestante de Jacques II, qui monte sur le trône d’Angleterre. Décédée à son tour sans descendance en 1714, elle cède sa place au premier souverain britannique issu de la Maison de Hanovre, son cousin protestant George de Hanovre qui devient George 1er d’Angleterre. Il fera face aux assauts réguliers des jacobites (partisans de la dynastie de Jacques II) qu’il saura toujours repousser, tout comme son fils et successeur George II, monté sur le trône en 1727, le fera ensuite.

Pour s’imposer et reléguer définitivement aux oubliettes les opposants jacobites, George II (1683-1760) va alors décider de s’approprier leur hymne, le fameux ‘Dieu sauve le Roi!’. Les paroles inspirées du Psaume 20 verset 9 du Nouveau testament sont traduites en anglais par le pasteur Henry Carrey. Elles sont mises en musique par le compositeur allemand Georg Friedrich Haendel qui aurait ainsi remanié la partition de Lully. C’est ainsi que Le ‘God save the King!’ voit le jour en 1745 et devient l’hymne de la couronne britannique.


Une autre version raconte que Haendel aurait lui-même entendu ce chant en France et qu’il en aurait acheté les partitions avant de le retravailler et de le présenter à George II, mais le résultat reste le même quoi qu'il en soit.



UNE ANECDOTE ÉTONNANTE MAIS CONTROVERSÉE


Si cette anecdote est surprenante, un brin cocasse, et surtout plaisante pour les chauvins de Français que nous sommes, il n’existe pourtant peu voire pas d’écrits sur le sujet, ce qui rend difficile sa confirmation. Cette histoire, légendaire ou réelle, repose ainsi sur des récits oraux, mais aussi sur le seul écrit qui la mentionne: les Mémoires de la Marquise de Créquy (1714-1803).

Cette dernière y relate les souvenirs de la cour de France au 18e siècle, mais aussi ceux de la cour du Roi Soleil, en partie grâce aux récits de sa grand-mère qui a vécu à Versailles et a connu Madame de Maintenon. Toute la complexité revient à décelé le vrai du faux dans cette histoire issue de racontars plus ou moins précis.


Il n’en reste pas moins que la Marquise aurait dit à propos des origines de l’hymne anglais: «Que l’hymne des Anglais naquit d’un anus, voilà qui ne cesse de me faire rire sans toutefois un instant me surprendre!». Et on la comprend! Quand on se dit que l’hymne britannique trouverait potentiellement son origine dans le triomphe de Louis XIV sur une fistule anale, il y a de quoi sourire.

Et vous, qu’en pensez-vous?

ANECDOTE DANS L’ANECDOTE: UN HYMNE INTERNATIONAL


Au-delà d’être l’hymne de Grande-Bretagne et de certains pays du Commonwealth, le ‘God save the King!’ va séduire d’autres empires.


Ainsi, quand il devient empereur d’Allemagne en juin 1888, Guillaume II (1859-1941), petit-fils de la reine d’Angleterre Victoria (1837-1901), va s’approprier le ‘God save the Queen’ de sa grand-mère, le traduire en allemand et en faire l‘hymne national de l’empire germanique jusqu’à sa chute en 1918.


SOURCES

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