EXPOSITION: ‘TINA MODOTTI, L’ŒIL DE LA RÉVOLUTION’ AU JEU DE PAUME
- Igor Robinet-Slansky

- 4 mars 2024
- 3 min de lecture

Pour ses 20 ans, le musée du Jeu de Paume, à Paris, inaugure la première rétrospective, et l’exposition la plus importante, dédiée à la photographe engagée d’origine italienne, Tina Modotti (1896-1942): ‘Tina Modotti, l’œil de la Révolution’, du 13 février au 12 mai 2024. À travers 240 tirages, mais aussi divers supports -documents, archives, vidéos, magazines-, l’exposition revient sur la carrière de cette artiste qui fera de son art un engagement avant tout politique et journalistique, témoignant des grands événements qui bouleversent le monde, et en particulier son pays d’adoption, le Mexique, dans les années 1920-1930.
Tina Modotti, Edward Weston exposition Tina Modotti Tina Modotti, Edward Weston
Tina Modotti émigre d’Italie vers les États-Unis à l’âge de 16 ans. Couturière à San Francisco, puis mannequin, elle se lance dans le cinéma muet en 1918 et s’installe à Los Angeles où elle rencontre, en 1921, le photographe Edward Weston (1886-1958) pour qui elle pose. Très vite, l’artiste et son modèle deviennent amants, et le couple s’installe au Mexique en 1923, où Tina débute alors une carrière de photographe. Influencée par le ‘flou artistique’ de son mentor d’amant, la jeune photographe travaille la recherche de pureté, mêlant dans ses compositions une rigueur quasi-géométrique à une certaine forme d’abstraction.
Tina Modotti, Edward Weston Tina Modotti, Edward Weston Pot de Géranium, Tina Modotti exposition Tina Modotti Lys, 1924, Tina Modotti Expérience avec verres, 1924 Câbles télégraphiques, 1927 Palmiers, 1926, Tina Modotti Chapiteau de cirque, Mexique Intérieur de clocher, 1924 Cannes à sucre, 1925 Tina Modotti par Edward Weston
Mais rapidement, Tina Modotti va développer son propre regard photographique à travers une «photographie incarnée» et réaliste. Car dans le Mexique post-révolutionnaire où elle s’installe avec Edward Weston -entre 1910 et 1920, une série de coups d’État, de mouvements populaires et d’affrontements militaires ont troublé le pays-, les revendications et les conflits sociaux sont encore nombreux – réformes agraires, luttes entre trotskistes et stalinistes, revendications de la culture indigène. Militante révolutionnaire, Tina Modotti va ainsi chercher à montrer cette effervescence politique et sociale en réalisant des clichés plus journalistiques et engagés. Après une collaboration avec l’écrivaine et anthropologue Anita Brenner, pour qui elle parcourt le Mexique afin d’immortaliser la culture populaire et architecturale du pays, elle commence à travailler pour différentes revues -Mexican Folkways, Horizonte, Forma, El Machete…En parallèle, proche des cercles intellectuels et artistiques mexicains, souvent communistes, elle documente les travaux des ‘muralistes’, dont les œuvres militantes - grandes peintures ou fresques murales - s’inspirent de la culture et des aspirations populaires. Parmi les artistes dont elle devient l’amie, Diego Rivera et Frida Khalo tiennent une place importante.
Femme assise sur une natte Paysanne et petite fille, 1926 Couvent de Tepotzoltàn, 1924 Anita Brenner par Tina Modotti Filles assises chez Tina, 1927 L'Arsenal par Diego Rivera S.Pestkowski, ambassadeur URSS Tina Modotti par Diego Rivera Esquisse de Diego Rivera Diego Rivera peignant, 1924 Diego Rivera peignant, 1927 Manuel Rodriguez Lozano, 1929 Effigie en paille du Christ Groupe de Judas, 1925 Anita Brenner, 1925 Masque sur natte, 1926 Idols behind Altars, A.Brenner Patio, 'Grève' & 'Trinité' Scène de rue, Guanajuato, 1926 Un quartier de Tehuantepec Île de Janitizio, 1925 Marionnettes de Yank, 1929 Lou Bunin, marionnettiste,1929 Petite fille devant une porte Diego Rivera dans un meeting
Désireuse de montrer la réalité du peuple derrière les clichés, elle consacre ensuite une grande partie de son travail à tirer le portrait de celles et ceux qui travaillent dans l’ombre -paysans, porteurs, vendeuses de marché, lavandières…- et qui vivent souvent dans la pauvreté, afin de montrer leur diversité, leurs souffrances et leurs préoccupations quotidiennes, comme leurs engagements plus affirmés, qu’ils soient politiques ou solidaires. Photographe politique assumée, elle va également chercher à témoigner des inégalités sociales et de la misère urbaine, comme de la condition féminine de son pays, contribuant, à sa façon, au combat d’émancipation des laissés-pour-compte.
Femme à Tehuantepec, 1929 Pionniers de l'URSS Femme vendant des choux, 1927 Fabrication de tortillas, 1927 Marché de paniers, Oaxaca 2 femmes de Tehuantepec, 1929 Femmes de Tehuantepec, 1929 Mains de marionnettiste, 1929 Pandurang Khankhoje, 1928 Paysans dans un meeting, 1928 Femme jouant de la guitare Marche politique, 1928-29 Petit garçon au poncho, 1928 Paysans, 1927 Cartouchière faucille guitare Cartouchière faucille maïs La Palanca, pulqueria Femme au drapeau, 1927 Femme lavant du linge, 1928 réunion d'agriculteurs, 1926
MON AVIS
La photographie est toujours une source de curiosité et de plaisir pour les passionnés d’histoire comme moi. Témoins directs du passé, de la vie quotidienne d’une époque comme des grands événements qui s’y sont déroulés, les photos permettent de plonger dans une réalité figée, certes, et pourtant bien vivante.
L’exposition du Jeu de Paume dédiée à Tina Modotti est un incontournable pour les amateurs de photojournalisme, mais aussi pour les curieux et curieuses qui auraient envie de découvrir et d’explorer le travail de cette photographe engagée trop peu connue - je ne la connaissais pas moi-même.
INFORMATIONS PRATIQUES
Où ? Musée du Jeu de Paume: 1, place de la Concorde, Jardin des Tuileries (Paris 1er) Métro Concorde (lignes 1, 8, 12)
Quand ? Du 13 février au 12 mai 2024. Mardi 11h-21h / du mer. au dim. 11h-19h (fermé le lundi)
Combien ? Plein tarif: 12€ / Tarif réduit: 9€ / Tarif -25 ans & étudiant: 7,50€ (en semaine)
Tout sur www.jeudepaume.org
SOURCES
Visite commentée de l’exposition
Dossier de presse de l’exposition




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