EXPOSITION VOGUE PARIS 1920-2020 AU PALAIS GALLIERA



Pendant la dernière semaine de la mode parisienne, j’ai eu la chance de visiter une exposition inédite au musée de la Mode de Paris -le Palais Galliera : Vogue Paris 1920-2020 qui se tient du 2 octobre 2021 au 30 janvier 2022. Une exposition qui retrace et célèbre les 100 ans d’existence, de mode, de culture, de création, d’influences et de photographies du magazine Vogue Paris.


Fondé par le groupe américain Condé Nast en 1920, Vogue Paris, qui est le seul titre du groupe à porter le nom d’une ville, marquant ainsi le rayonnement de la capitale de la mode mondiale, est aussi le plus ancien magazine de mode français toujours publié. A travers un parcours chronologique et près de 400 œuvres (photographies, illustrations, documents, films, pièces de haute couture et de prêt-à-porter), l’exposition revient sur les talents et collaborateurs qui ont fait la réputation du Vogue Paris: rédacteurs et rédactrices en chef; illustrateurs puis photographes; artistes et mannequins; créateurs et grands couturiers.


Ma visite commence par un espace en forme de rotonde où je suis directement plongé dans l’univers de Vogue, entouré des 1007 couvertures du magazine parues en un siècle.

La pièce suivante relate l’éclosion de l’identité nationale du magazine, de sa naissance le 15 juin 1920 à la Seconde Guerre Mondiale, en passant par la nomination, en 1929, comme rédacteur en chef, de Michel de Brunhoff qui inscrira le magazine dans les cercles influents de mode et de culture parisiens avec des collaborations avec le photographe Man Ray ou l’illustrateur Carl Erickson dit Eric.

Je découvre ensuite que Vogue Paris sera interdit de publication pendant la guerre, à partir de l’automne 1940. La Libération marque la renaissance du magazine, emmenée par Brunhoff, avec des numéros hors-série de 1945 à 1947, puis une publication mensuelle qui accompagne la reprise de la Haute Couture parisienne et le renouveau de la création avec des couturiers comme Christian Dior et son New-Look. A cette époque, l’illustration et els dessin laissent peu à peu place à la photographie avec des artistes comme Robert Doisneau ou Cecil Beaton, et les pages culturelles apparaissent dans le magazine.

En pénétrant dans les pièces suivantes, je suis directement plongé dans le tourbillon créatif des années 50 et 60 qui marquent le départ de Brunhoff et l’arrivée d’une rédaction en chef féminine avec Edmonde Charles-Roux et Françoise de Langlade. Au cœur de Vogue Paris, la mode en plein changement est mise en lumière par la promotion de designers comme Yves Saint-Laurent ou Courrèges. L’angle culturel se renforce avec des chroniques cinéma proposées par la jeune génération des Louis Malle, François Truffaut ou Jean-Luc Godard; et des colonnes littéraires signées par Sagan, Giroud ou Mauriac. La photographie devient indissociable du magazine qui met en avant des talents comme Guy Bourdin, Irving Penn, William Klein, Richard Avedon ou Helmut Newton. Dans cette partie, je découvre aussi les liens intimes et les collaborations régulières entre le magazine et deux personnalités, Yves Saint-Laurent et Catherine Deneuve, à travers un ensemble de photographies, d’illustrations, de couvertures (Deneuve en fera 16, un record !) et de vêtements emblématiques (comme la robe Mondrian de Saint-Laurent).

Le parcours se poursuit sur la période 1968-1986, un âge d’or pour Vogue Paris qui prône la liberté de ton, de style et d’images avec l’arrivée comme rédactrice en chef de Francine Crescent. La création et la jeunesse sont à l’honneur. Les photographes de mode ont carte blanche: Helmut Newton, Guy Bourdin, Jean-Loup Sieff, Sarah Moon… ils diversifient les points de vue sur la mode et la femme. Le magazine est prêt pour entrer dans l’ère folle et créative des années 80.

Justement, la suite de l’exposition m’entraîne dans le tourbillon des années 1987 à 2000 où le changement s’impose. Le directeur, Jean Poniatowski, s’entoure de deux rédactrices en chef, Colombe Pringle et Joan Juliet Buck qui vont ouvrir le magazine à l’actualité et aux sujets de société, et qui ancrent la mode dans un environnement social, créatif et culturel. L’image est plus que jamais au cœur de Vogue Paris avec des superproductions de séries mode emmenées par des photographes stars comme Jean-Baptiste Mondino, David LaChapelle, Peter Lindbergh, Steven Meisel ou Dominique Issermann. Ils mettent en scène les supermodels qui incarnent l’avènement d’une mode et d’une culture mondialisées, hédoniste et sans limite.

Pour finir ce parcours chronologique, j’entre dans la partie de l’exposition consacrée aux années 2001 à 2020, marquées par le talent visionnaire des rédactrices en chef Carine Roitfeld et Emmanuelle Alt. La première, qui est à la tête de Vogue Paris jusqu’en 2011, redonne au magazine sa place de référent et remet son identité parisienne en lumière. Elle y propulse de nouveaux talents comme Tom Ford et Anthony Vaccarello, et, consciente du pouvoir de l’image, elle collabore avec une nouvelle génération de photographes: Mario Testino, Inez & Vinoodh, David Sims, Mario Sorrenti, Terry Richardson ou Patrick Demarchelier. Elle créera « l’érotique-chic » ou « porno-chic », un style de mise en scène photographique provocant, où la sensualité s’exprime à travers les poses quasi-sexuelles, parfois à la limite de la vulgarité, prises par les mannequins habillées de luxe. A l’instar de la rédactrice en chef du Vogue américain, Anna Wintour, identifiable à sa coupe au carré et ses larges lunettes de soleil, Carine Roitfeld incarne la mode et la sensualité parisiennes avec sa silhouette de bourgeoise rock reconnaissable à ses yeux smokés, sa jupe crayon, son chemisier ouvert et ses talons hauts. A partir de 2011, Emmanuelle Alt travaillera à intégrer le magazine dans une société qui évolue à un rythme effréné avec l’avènement du numérique et des nouveaux moyens de communiquer l’image et la mode. C’est elle qui fera entrer Vogue Paris dans son ère digitale. Cette dernière partie de l’exposition se termine par un focus sur les talents de photographe du célèbre couturier Karl Lagerfeld, et sur les plus beaux clichés de Kate Moss, véritable icône de mode et muse de Vogue Paris depuis plus de 20 ans.


Ainsi se termine cette superbe et instructive exposition « Vogue Paris 1920-2020 ». Pour être franc, avant de la visiter, je pensais ne trouver ici que quelques clichés de mode, des extraits d’articles ou encore une sélection de reproductions des couvertures emblématiques. Mais je ne pensais pas que l’expérience et le parcours de visite seraient si passionnants. Par son aspect chronologique et sa scénographie immersive, cette exposition est efficace et facile à suivre. Que l’on soit fan de mode ou non, on est indéniablement transporté dans le monde du plus célèbre des magazines de mode parisiens. Par la richesse des archives, des documents et des collections présentées, on en apprend autant sur l’histoire de Vogue Paris que sur celle de la mode, sur les évolutions sociales et culturelles des 20e et 21e siècles, ou encore sur le rôle croissant de l’image et de la communication visuelle au fil des années.


Rendez-vous au musée de la Mode de Paris – Palais Galliera jusqu’au 30 janvier 2022. Et comme moi, j’espère que vous aussi vous prendrez plaisir à contempler chaque couverture, chaque photographie, chaque dessin, chaque document ou chaque objet de cette exposition.

Informations Pratiques

Le Musée de la Mode, hébergé au Palais Galliera dans le 16e arrondissement de Paris, est facilement accessible en métro (lignes 9, stations Iéna ou Alma-Marceau) et en bus (lignes 32, 42, 63, 72, 80, 82, 92).


Les horaires

  • Du mardi au dimanche de 10h à 18h

  • Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

Le reste des informations est à retrouver sur le site web du musée.


Sources

  • Site Internet du Musée de la Mode-Palais Galliera.

  • Dossier de presse de l’exposition.

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