LA BIBLIOTHÈQUE DE L’EMPEREUR À COMPIÈGNE
- Igor Robinet-Slansky

- 30 juin 2022
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 mai

Située au Château de Compiègne, dans l’Oise, la Bibliothèque de l'Empereur, est un joyau du patrimoine architectural du Premier Empire (1804-1815). Soumise aux affres du temps, elle a retrouvé son éclat d'antan grâce à une restauration minutieuse menée entre 2023 et 2025 par de nombreux artisans garants de savoir-faire exceptionnels.
Ce projet a redonné vie à un espace chargé d'histoire, qui porte encore l’emprunte des deux empereurs qui ont fait de l’ancienne résidence royale un véritable palais impérial : Napoléon 1er (1769-1821), puis son neveu Napoléon III (1808-1873).
J’avais déjà exploré les lieux avant les travaux. J’ai eu le privilège de les visiter en pleine rénovation et d’observer les artistes de sa renaissance en action. J’ai été ravi de de les redécouvrir une fois restaurés à l’automne 2025.
Le travail accompli est unique. Et observer les artisans à l’œuvre, c’est toucher du doigt (ou plutôt des yeux) le patrimoine vivant exceptionnel que représentent leurs gestes, leurs techniques et leurs talents.
PRESTIGE ET INTIMITÉ DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L’EMPEREUR
Si Compiègne est d’abord une résidence royale (depuis Charles V à la fin du 14e siècle jusqu’à Louis XVI en passant par Louis XIV et Louis XV qui y séjourneront régulièrement), le château devient Palais Impérial après la Révolution quand Napoléon 1er le redécouvre et décide de le rénover entre 1808 et 1810. C’est ici qu’après son divorce d’avec Joséphine, fin 1809, il recevra pour la première fois sa future épouse, la jeune archiduchesse d’Autriche Marie-Louise.
Napoléon réaménage ainsi les lieux, créant des appartements d’apparat comme des espaces plus privés pour lui et l’impératrice.
UNE BIBLIOTHÈQUE POUR L’EMPEREUR
L’empereur est un bourreau de travail. Il dort peu et s’attèle à la tâche dès qu’il le peut. Aussi fait-il construire en 1808 un bureau-bibliothèque à l'emplacement de l'ancien cabinet intérieur du Roi Louis XVI. Située à l’extrémité de son grand appartement, juste à côté de sa chambre, cette pièce de travail est placée en dessous de son appartement topographique où il étudie les cartes et la stratégie militaire. Il peut ainsi travailler, tout en restant proche de ses espaces personnels, mais aussi des appartements de son épouse à qui il peut rendre visite rapidement via une porte en trompe-l’œil façon bibliothèque.
UNE BIBLIOTHÈQUE IMPÉRIALE
Sous la supervision de l’architecte du palais impérial, Louis-Martin Berthault, la décoration de la bibliothèque est confiée aux peintres Dubois et Redouté, qui vont réaliser le plafond et la frise. Les décors et boiseries surmontés d’empiècements en bronze doré donnent ici à l’ensemble un style très Premier Empire.
Au centre du plafond, la sublime peinture néoclassique dessinée par Anne-Louis Girodet pour l’empereur ne sera exécutée qu’en 1815 par Dubois et Redouté, sous le règne de Louis XVIII et à la fin de la première Restauration (avril 1814 – mars 1815). Ce médaillon ovale représente Minerve, déesse de la sagesse et de l’intelligence, entourée d'Apollon, dieu de la beauté, des arts et de la poésie, et de Mercure, dieu du commerce, du voyage et messager des dieux. Il s’agit ici de démontrer que la sagesse est bien à la source de toute connaissance.
Le mobilier, signé Jacob-Desmalter et réalisé entre 1808 et 1810, est lui aussi typique du Premier Empire : massif, rectiligne, en acajou et décoré de bronze ou de dorures ostentatoires et inspirées de l’Antiquité, comme ici les assises en bois doré recouvertes d’une étoffe vert empire, ou encore les tables pliantes en bois d’acajou.
On remarque aussi le sublime et impressionnant bureau mécanique, également créé pour l’empereur par Jacob-Desmalter, et les échelles en bois qui rappellent la fonction de la pièce et permettent d’accéder aux 4000 ouvrages exposés - ce ne sont pas ceux de Napoléon, les siens ayant été dispersés en 1889, mais des livres de la bibliothèque nationale, installés ici à l’occasion de la venue du Tsar de Russie Nicolas II en 1902.
Plus tard, sous le Second Empire (1852-1870), l’empereur Napoléon III utilisera à son tour la bibliothèque de son oncle célèbre, sans vraiment en changer ni les décors, ni les aménagements.
Pour ne savoir plus, rendez-vous dans mon article dédié à la restauration de la bibliothèque de l’Empereur, et dans celui consacré à l’histoire et ma visite du château de Compiègne – l’un de mes palais préférés.
SOURCES
Visite presse du chantier de restauration
Visite du château de Compiègne
Dossier de Presse dédié à la restauration de la bibliothèque
Guide de visite « Musées nationaux du château de Compiègne » aux éditions de la Rmn-Grand Palais






























































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