ANECDOTE: L’ORIGINE DES FONTAINES WALLACE

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Si vous avez déjà arpenté les rues de Paris, vous avez certainement remarqué les célèbres fontaines Wallace, en fonte vert foncé et décorée de 4 cariatides au milieu desquelles coule un filet d’eau potable. On en dénombre 107 dans la capitale aujourd’hui, mais avez-vous d’où elles viennent?


Leur nom est directement lié à leur inventeur, Sir Richard Wallace, un riche héritier Anglais installé à Paris dans la deuxième moitié du 19e siècle.


L’eau a toujours été un enjeu à Paris. Dès Philippe Auguste (règne 1180-1223), la population grandissante accentue la pollution des eaux de la Seine. Deux aqueducs souterrains sont créés pour alimenter trois nouvelles fontaines dont celle des Innocents, mais c’est insuffisant. Si à la Renaissance on réalise des fontaines monumentales, on ne comptera à Paris que 35 fontaines en 1669 et 127 en 1835. Ce sont, avec la Seine polluée, les seuls points d’accès à l’eau (l’eau courante dans les immeubles, bien qu’expérimentée en 1784, n’est pas encore d’actualité). Sous le Premier Empire (1804-15), quand Napoléon demande à Chaptal, préfet de Paris, ce qui ferait plaisir aux Parisiens, il se voit répondre: «Donnez-leur de l’eau!». L’eau manque, elle est souvent insalubre et draine des maladies. Seuls les plus riches peuvent se payer de l’eau potable. Aussi, longtemps les plus pauvres n’ont eu de choix que de boire du vin ou de la bière pour ‘se désaltérer’ sans se contaminer. Et bien que Napoléon III ait amélioré l’accès à l’eau potable avec les réaménagements d’Haussmann, et la création des égouts et l’acheminement d’eau fraîche par Eugène Belgrand, Directeur de l’Eau et des Egouts de Paris, la situation restera critique. Elle se détériorera même pendant la guerre franco-prussienne de 1870-71 qui voit s’accentuer le manque d’eau potable avec le siège de Paris par les Prussiens, puis lors des affrontements liés à l’épisode de la Commune de Paris (18 mars-28mai 1871).

C’est alors qu’intervient Richard Wallace. Resté à Paris pendant la Commune, il a vu les plus pauvres, dont les enfants, s’enivrer et se condamner à une vie de misère à cause du manque d’eau potable abordable. Fortuné et philanthrope, il décide d’agir et d’offrir à la ville des points d’eau potable gratuits. Amateur d’art, il souhaite des fontaines décoratives afin de joindre l’utile à l’agréable. Il dessine alors un modèle et fait appel au sculpteur nantais Charles-Auguste Lebourg qui adaptera ses croquis et fera de ses ‘fontaines Wallace’ de véritables œuvres d’art. 50 seront installées dès 1872, puis Wallace en commandera 10 de plus en 1876 et 10 autres en 1879. Quatre modèles existent aujourd’hui mais Richard Wallace en concevra deux (le classique autoportant et un mural).

La fontaine Wallace mesure 2.75 mètres et pèse 590kg. Wallace l’a voulue «assez grande pour être vue de loin, mais pas trop grande pour détruire l’harmonie du paysage environnant». En fonte vert foncé pour se fondre dans le paysage, les fontaines Wallace présentent quatre cariatides qui, dit-on, seraient inspirées de celles de la salle des Cariatides réalisées par Jean Goujon au Louvre. Elles représentent quatre vertus: la gentillesse, la simplicité, la charité et la sobriété, même si certains y voient les quatre saisons. Le filet d’eau continue assurait la qualité de l’eau et empêchait les chiens errant d’y boire, tout comme les chevaux qui en pouvaient y accéder, l’espacement entre les cariatides étant trop étroit. Si, à l’origine, deux tasses de fer blanc étaient accrochées à des chainettes pour permettre d’y boire, elles ont été retirées en 1952 pour des raisons évidentes d’hygiène. De nombreuses répliques existent aujourd’hui, mais pour reconnaître les fontaines originales, fiez-vous aux inscriptions CH. LEBOURG SC, du nom du sculpteur, avec l’année 1872, et VAL D’OSNE, du nom de la fonderie.

Pensez à regarder quand vous en croiserez. Les originales ne sont qu’à Paris et il ne reste plus qu’une fontaine Wallace murale d’époque dans le 5e arrondissement.

Sources


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