ANECDOTE: Y AVAIT-IL DES TOILETTES À VERSAILLES?

Ecoutez le podcast ici

On raconte souvent que Versailles était un endroit sale, où la famille royale comme les courtisans et visiteurs faisaient leurs besoins n’importe où, que ce soit dans les couloirs, derrière une porte ou un rideau, n’hésitant pas à jeter leurs excréments par les fenêtres. Mais qu’en était-il réellement?


Et bien, au risque de remettre en cause ce que l’on nous a appris depuis le 19e siècle, il existait bien des toilettes à Versailles. Dès la construction du château, Louis XIV, qui veut faire de son palais le plus luxueux et le plus moderne de son époque, fait prévoir des espaces d’aisance.

Le roi et la reine, comme les membres de la famille royale, possèdent leurs propres cabinets d’aisance pour pouvoir se soulager en toute tranquillité. Ces pièces intimes sont souvent décorées avec attention et meublées de chaises ou fauteuils percés, appelés aussi chaises d’aisance, réalisés dans des matériaux précieux. Sous Louis XV, mais surtout sous Louis XVI, on installe même des toilettes à l’anglaise, c’est-à-dire des water-closets (WC) importés d’Angleterre, fixés dans le mur et reliés à un système d’évacuation grâce à une chasse d’eau.

Les nobles et courtisans qui logent à Versailles, appelés les ‘logeants’, bénéficient de garde-robes qui, en plus de leurs vêtements, accueillent leurs chaises d’aisance. On répertorie ainsi des centaines de ces toilettes de l’époque, à Versailles mais aussi dans d’autres résidences royales. Pour la nuit, on possède souvent un pot de chambre qui est vidé le matin.


Les serviteurs qui vivaient au château pouvaient utiliser, eux, une chaise percée qu’ils se partageaient, ou encore des toilettes publiques. Car au-delà des garde-robes et cabinets d'aisance privées, il y avait bien des toilettes publiques à Versailles. En effet, il faut savoir qu’à la différence des autres cours européennes, la cour de France est ouverte à tous les sujets. Sous certaines conditions peu sélectives, chacun peut ainsi entrer au château de Versailles et accéder au roi. Ce sont ainsi des milliers de personnes, qu'on appelle les ‘galopins’, qui circulent dans le palais chaque jour.


Déjà Louis XIII avait prévu des latrines dans son relais de chasse versaillais. Quand son fis, Louis XIV, décide d’en faire un palais grandiose à sa gloire, il fait construire des toilettes publiques dans les différentes ailes du château, souvent sous les escaliers. Et pour éviter les accidents et que les visiteurs ne "s’oublient" dans les couloirs, on place aussi des chaises percées à de nombreux endroits.


Mais où évacuer ces latrines et chaises d’aisance? S’il était courant que dans les villes, les habitants vident leurs pots de chambre par la fenêtre en criant "gare à l’eau!", à la cour, il n’en était rien. Pour le roi, la famille royale et les logeants, des porte-chaises d’affaires étaient employés pour vider les chaises percées dans des fosses d’aisance prévues à cet effet. En 1710, on en comptait ainsi 34 creusées sous le château. Elles se jetaient dans des aqueducs souterrains qui fonctionnaient comme un système d’égouts à travers lesquels passaient aussi les eaux usées de la ville. C’est également par ces fosses d’aisances que, par un système de tuyaux reliés à des sièges de pierre, les latrines publiques évacuaient les besoins des visiteurs.


Ces égouts de l’époque rejetaient leurs eaux dans plusieurs étangs comme celui du Marais, au sud du château, vers la Petite Écurie, que l’on surnommera vite l’étang puant, ou l’étang de Clagny, au nord, vers la Grande Écurie.


Vous voyez donc que le château de Versailles n’était pas vraiment ce lieu de puanteurs que l’on a pu décrire. Cependant, derrière la légende se cache tout de même un peu de vérité. En effet, les nombreux visiteurs qui circulaient dans le palais n’étaient pas toujours éduqués ou au fait des usages de la cour. Aussi, il arrivait que certains s’oublient dans des coins du château sans utiliser les toilettes publiques. Mais cela restait le lot de faits exceptionnels. De même, on raconte que ces ‘oublis’ pouvaient arriver à certains logeants. Ce fût le cas de l’évêque de Noyon qui, selon le duc de Saint-Simon, aurait ‘pissé par-dessus la balustrade’ de la chapelle du château. Cependant, là aussi, c'était inhabituel. preuve en est le fait que l’évêque ait été réprimandé.


Mais alors, comment est née cette idée d’une cour sale ?

Après la Révolution, tout est bon pour dénigrer l’Ancien Régime et faire passer la cour pour un lieu de dépravation. Cependant, c’est surtout dans la seconde moitié du 19e siècle que l’on va accentuer la légende d’un Versailles infréquentable. Alors que la 2e République est proclamée en1848, suivie par le Second Empire qui essaie d’imposer un nouveau régime impérial, et tandis qu’à partir de 1870, la 3e République cherche à apparaître comme le système au-dessus des autres, on va tenter par tous les moyens de discréditer la monarchie d’Ancien régime. Après la période de Restauration qui voit monter sur le trône les frères de Louis XVI entre 1815 et 1830, puis la Monarchie de Juillet (1830-48) qui met au pouvoir le roi des Français Louis-Philippe d’Orléans, il s’agit d’éviter tout retour d’un roi à la tête du pays. Dans ce 19e siècle très axé sur l’hygiène, quoi de mieux, alors, que d’insister sur la supposée insalubrité de la cour versaillaise!


Sources:

  • ‘Vivre à la cour de Versailles en 100 questions’ de Mathieu da Vinha – éditions Tallandier



287 vues1 commentaire