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DÎNER DE FÊTE DANS LA SALLE A MANGER DE L'HÔTEL NISSIM DE CAMONDO


En ces temps de fêtes et de copieux repas, direction l’Hôtel Nissim de Camondo pour une soirée de fastes. Situé aux abords du Parc Monceau à Paris, l’hôtel accueille à la fin des années 1860 la famille de Camondo, des banquiers italiens d’origine turque et grands collectionneurs d’arts du 18e siècle. Le 1er hôtel particulier a été détruit et reconstruit au début du 20e siècle sur le modèle du Petit Trianon à Versailles. Ce nouveau bâtiment, réalisé avec toutes les innovations et le confort moderne de l’époque, accueille alors les meubles et autres œuvres d’arts de la famille, l’une des plus riches collections d’arts décoratifs du 18e siècle.


Moïse de Camondo, dernier héritier et propriétaire des lieux, lègue l’hôtel particulier et toutes ses œuvres à l’Etat français et au Musée des Arts Décoratifs de Paris à sa mort en 1935. Le Musée Nissim de Camondo -du nom de son fils mort durant la Première Guerre Mondiale- est ouvert au public le 21 décembre 1936.


Rendez-vous aujourd’hui au premier étage de l’hôtel, au niveau des espaces de réceptions. Après une enfilade de salons où les invités de Moïse de Camondo pouvaient sociabiliser au milieu d’œuvres d’arts et de meubles d’exception, la soirée se poursuivait dans la salle à manger autour d’un dîner fastueux.

Au centre de cette salle à manger, la table en Acajou, à laquelle on pouvait ajouter deux demi-lunes, pouvait accueillir une vingtaine de convives, bien souvent des personnalités du monde de l’art et des musées, ou encore des membres du Club des Cents, un club créé en 1912 par de riches gastronomes qui, avec l’arrivée de l’automobile et des voyages touristiques, avaient décidé de se réunir pour partager leurs meilleures adresses et leurs meilleures tables. Sachez que ce club existe encore aujourd’hui.

Sur cette table, les pièces d’argenterie comme la terrine ou les pots à oille (à ragout si vous préférez) proviennent du service commandé en 1770 par l’impératrice Catherine II de Russie. Le buste de femme noire en bronze qui se trouve sur la cheminée a été réalisé par Pierre-Philippe Thomire (1751-1843) d’après une sculpture de Jean-Antoine Houdon (1741-1828) issue d’un ensemble sculpté qui devait faire partie d’une fontaine installée dans les jardins du duc d’Orléans, l’actuel Parc Monceau. La fontaine devait représenter une servante noire qui versait de l’eau sur une femme de marbre blanc. Avec la Révolution et l’abolition de l’esclavage qui est décrétée une première fois le 4 février 1794, la sculpture est démontée. Le buste que l’on peut observer ici porte ainsi l’inscription: «rendue à la liberté et à l’égalité par la Convention Nationale le 16 Pluviose deuxième de la République Française unie et indivisible», comme pour rappeler que cette esclave a gagné sa liberté.


Attenant à la salle à manger se trouve le Cabinet des Porcelaines. Si cette pièce servait à ranger et exposer la collection de porcelaine de Sèvres de Moïse de Camondo, c’est aussi ici qu’il dînait lorsqu’il était seul, et notamment après la mort de son fils Nissim en 1917 qui a aussi marqué la fin des grandes réceptions à l’hôtel de Camondo. On y trouve de magnifiques services Buffon, en référence à Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788). Soutenu par Louis XV et Louis XVI, ce naturaliste, mathématicien, biologiste, cosmologiste, philosophe et écrivain français transformera le jardin royal des plantes en centre de recherche scientifique et en musée (l’actuel Musée d’Histoire Naturelle de Paris). Son œuvre, «Histoire Naturelle», publiée à partir de 1749, le fera entrer à l’Académie Française en 1753. Ce sont les illustrations de François-Nicolas Martinet pour le volume «L’Histoire Naturelle des oiseaux» qui sont reprises sur les pièces de porcelaines réalisées par la Manufacture de Sèvres dans les années 1784-1787.


Vos repas de fêtes ont peut-être, comme les miens, été moins fastueux. Quoi qu’il en soit, on (je) peut toujours rêver d’une soirée chez les Camondo. En attendant, n’oubliez pas de visiter ce lieu unique et étonnant de la capitale.


Pour en savoir plus, retrouvez le récit de ma visite dans l’article et le podcast dédiés sur ce blog.

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