EXPOSITION : UNE HISTOIRE DE LA MODE AU MUSÉE GALLIERA À PARIS


Lors de la dernière Fashion Week parisienne, j’ai découvert une exposition qui plaira aux amateurs de mode comme d’histoire : «Une histoire de la mode. Collectionner, exposer au Palais Galliera» qui se tient du 2 octobre 2021 au 26 juin 2022 au Musée de la Mode, le Palais Galliera à Paris. A travers cet article loin d’être exhaustif, je vous propose de vous partager les principales étapes de la visite que j’en ai faite, en espérant vous donner envie de la découvrir par vous-mêmes.


En 1920, la Société de l’histoire du costume fait don de sa collection à la ville de Paris. Son Président, Maurice Leloir, appelle alors à la création d’un musée de la Mode. Les collections, exposées au Musée Carnavalet, s’installeront au Palais Galliera en 1977. Rénové et agrandi en 2020, le musée de la Mode propose aujourd’hui une exposition inédite qui présente l’histoire de la mode du 18e siècle à nos jours à travers le prisme de l’histoire du musée lui-même et de ses collections. Pour des raisons de conservations, les pièces présentées tourneront régulièrement, comme les angles et thématiques développés: l’occasion de revenir dans ce merveilleux musée!

L’exposition se situe dans les Galeries Gabrielle Chanel, au sous-sol du musée. Près de 350 vêtements, accessoires, dessins et photographies y sont rassemblées: j’ai vu plusieurs expositions de mode mais je dois dire que la richesse des pièces proposées ici est impressionnante. C’est beau, parfaitement scénographié, et on apprend beaucoup!


Avant de commencer la visite, on se retrouve confronter à deux pièces de mode très différentes : une magnifique robe volante de 1730 qui est ici mise en parallèle avec une création contemporaine issue de la collection printemps-été 2019 de la maison Comme des Garçons commence au 18e siècle, comme pour montrer les influences de la mode passée sur le style présent, mais aussi pour signifier que la création mode peut être riche et surprenante quelles que soient les époques.


La visite débute ensuite par le 18e siècle qui s’articule entre des silhouettes à la fois artificielles et en quête d'un style plus naturel. L’exposition s’ouvre ainsi sur une très belle robe à la française de 1750-55 qui est ici mise en regard avec une robe de la même époque dite à l’anglaise.

Point anecdote : connaissez-vous la différence entre une robe à la française et une robe à l’anglaise ? Alors que les vêtements d’hommes et de femmes étaient jusque-là l’apanage de tailleurs masculins, à partir de 1675, Louis XIV juge que les femmes ont le droit d’être habillées par des femmes. Ces couturières vont alors travailler les détails esthétiques et pratiques des vêtements et des atours féminins, donnant naissance à la robe à la française, caractérisée par son drapé et les doubles plis plats qui ornent son dos, et par des jupons élargis par des cercles d’osier. Elle est agrémentée d’un buste rigidifié par un corps baleiné, l’ancêtre du corset, qui lui est réalisé par les tailleurs masculins et qui marque la taille et accentue le maintien des femmes. La robe à la française va s’imposer pendant plusieurs décennies et devenir emblématique de l’élégance féminine au milieu du 18e siècle. Au-delà de son style, sa préciosité est définie par la richesse, la qualité et la créativité des étoffes avec lesquelles elle est confectionnée. A contrario, la robe à l’anglaise, qui devient à la mode en France dans les années 1780, se caractérise par un dos ajusté et un petit panier ou un bouffant, cet artifice rembourré placé au bas des reins qui accentue la cambrure de la silhouette, et qu’on va vite appeler «le cul de Paris». Les plis et drapés disparaissent de l’arrière des robes et on ajoute un fichu sur les épaules ou dans le corsage pour cacher un décolleté un peu trop profond (on qualifie alors ce fichu de «fichu menteur» car il gonfle souvent artificiellement la poitrine des femmes). Cette robe à l’anglaise qui conquiert Paris offre plus de liberté de mouvement. Elle est donc plus facile à porter en intérieur comme en extérieur, notamment lors des promenades dans les jardins... à l’anglaise eux aussi, bien sûr, comme c’était la mode alors!


Revenons maintenant à notre visite, Le parcours dans ce 18e siècle fondateur en termes de style et de silhouette, comme de diversité textile, nous ouvre les secrets des habits masculins et féminins. La première moitié du siècle des Lumières est marquée par des tissus colorés et brodés ou imprimés de motifs floraux imposants, pour les hommes comme les femmes. Les costumes masculins, couvrants, sont doublés de toile rigide et leur style dessinent les prémices de nos costumes trois pièces actuels. Les années 1770-1780 annoncent une mode moins stricte. Les robes se font droites et els vêtements d’homme plus étroits et ajustés. Les tonalités sont plus claires et les décors plus détaillés et raffinés. Le coton arrive dans la mode avec des imprimés plus légers et des mousselines plus simples et monochromes.

Pour finir sur cette mode d’avant Révolution, on découvre les marchands de mode, ces ancêtres de nos créateurs de mode (on pense ici à Rose Bertin, couturière de Marie-Antoinette) qui, en privé ou dans leurs boutiques parisiennes, coordonnent les créations mode pour les élégantes, entre les tissus, les ornements et les garnitures (passementerie, dentelles, rubans), ou encore les accessoires (plumes, pierres, fleurs). Le musée Galliera expose ainsi une belle collection de pièces originales et fonctionnelles comme le tour de gorge qui valorisait la poitrine à coup de dentelles et rubans, ou la pièce d’estomac qui, derrière de riches décors, servait à dissimuler le « corps baleiné », l’ancêtre du corset.


La suite de l’exposition se poursuit par un passage transitoire sur l’histoire du gilet masculin. Coloré, richement décoré et réalisé dans des étoffes précieuses, le gilet est un accessoire de mode à part entière au 18e siècle, avant de se faire de plus en plus discret et monochrome au cour du 19e siècle.


On découvre ensuite une section dédiée aux collections du musée datant du 19e siècle. Un siècle où, avec la mécanisation de la filière textile, la mode se diversifie en termes de qualités textiles et de décors et d’imprimés. Ici on peut observer de nombreuses pièces historiquement précieuses : les robes aux imprimés complexes et romantiques ; les robes fragmentées du milieu du 19e, dont les parties qui la composent -jupe, corsage, crinoline, pouf (pièce de tissu accrochée au niveau des hanches), manches, nœuds et rubans-, selon comme elles sont associées, ajoutées ou enlevées, permettent d’adapter les tenues en fonction des moments de la journée et des occasions (visite, voyages, dîner, bal). On découvre aussi ce qu’on appelle la visite : un compromis entre la cape et le manteau imaginé pour s’adapter à la nouvelle silhouette qui se dessine dès les années 1870. On laisse en effet tomber la crinoline et les robes larges. La silhouette s’allonge et la taille s’affine, tandis que les tournures ou « queues d’écrevisse », ces empiècements à baleines qui se placent sous la robe au niveau du fessier, marquent et amplifient la cambrure des reins.


La partie suivante de l’exposition nous emmène dans la première moitié du 20e siècle, de la Belle époque aux années 1940. La fin du 19e siècle et le début du 20e voient naître la Haute Couture, avec notamment le succès du plus parisien des créateurs anglais, Charles Frederick Worth, qui, depuis le Second Empire, contribue à assoir le prestige de Paris comme capitale de la mode. C’est aussi à cette époque que les Grands Magasins et leurs collections plus accessibles permettent à un public plus large de s’intéresser à la création mode.

Dès les années 1910, le corps se libère avec les créations de Paul Poiret ou Jeanne Lanvin. Une liberté centrale dans les années 1920 où le corset rigide est oublié, avec des robes fluides, plus courtes, pratiques pour le jour et très décorées pour le soir, et avec des silhouettes plus androgynes, comme celles proposées par Gabrielle Chanel.


Les années 30, marquées par la crise de 1929, reviennent à un classicisme sophistiqué avec notamment le travail de la coupe en biais symbolisée par le travail de Madeleine Vionnet. Une richesse créative qui s’interrompt avec les privations de la guerre dans les années 40 où l’accessoire devient central pour agrémenter des tenues plus difficiles à renouveler.


Nous gagnons ensuite la 2e moitié du 20e siècle, avec le retour au faste dans les années 50, après des années de rigidité dues à la guerre, et une féminité idéalisée, symbolisée par le New-Look de Christian Dior dès 1947 : épaules arrondies, taille marquée, jupe ample. Paris redevient capitale de la Haute Couture et de la Mode. En parallèle, conscient que la mode s’inscrit aussi dans le présent, le musée de la Mode commence l’acquisition de pièces contemporaines.


Les années 1960 et 70, au contraire, sont éprises de liberté. Moins près du corps, les vêtements se conçoivent pour permettre plus d’aisance de mouvement, dont l’exemple parfait est le tailleur de Chanel. Les créateurs s’inspirent de la construction des créations de Cristobal Balenciaga où le volume et la forme du vêtement sont essentiels pour un porté confortable et élégant. De nouvelles pièces s’imposent dans le vestiaire féminin : la mini-jupe d’André Courrèges, mais aussi le short et le pantalon révèlent les jambes des femmes et libèrent la marche. D’autres créateurs vont également innover et utiliser de nouvelles matières (métal, plastique) pour imaginer une mode futuriste, à l’instar de Paco Rabanne ou Pierre Cardin. A cette époque, le musée de la Mode fait un appel aux dons pour que les maisons de couture transmettent leurs créations. En parallèle, c’est l’essor du prêt-à-porter adapté aux nouveaux modes de vie plus actifs, et notamment à la libération féminine. La Haute Couture s’essouffle et les couturiers, comme Yves Saint-Laurent pour lui-même, ou Karl Lagerfeld pour Chloé, vont créer des lignes de prêt-à-porter.


Nous poursuivons la visite par la création contemporaine, avec les années 80 d’abord, qui voient l’émergence d’une nouvelle génération de créateurs qui, à la tête de leur propre maison de couture ou de leur griffe de prêt-à-porter, engagent une réelle diversification de la création mode: carrure large chez Claude Montana et Thierry Mugler ; mélange des genres chez Jean-Paul Gaultier ; renouveau de la Haute Couture avec Christian Lacroix… à l’inverse un courant de stylistes japonais emmenés par Yohji Yamamoto, Kenzo, Issey Miyake, Rei Kawabuko inventent des tenues plus amples, asymétriques et peu colorées. C’est à cette époque qu’un département jeunes créateurs est créé au musée de la mode pour repérer les étoiles montantes.


Après les extravagantes années 1980, les années 1990 voient arriver une nouvelle génération de créateurs qui questionnent le système de la mode, emmenés par une nouvelle vague belge venue d’Anvers avec Anne Demeulemesteer et ses collections minimalistes, ou Martin Margiela qui va déconstruire la mode avec son concept de couture artisanale basée sur la récupération et le détournement de pièces de seconde-main recyclées, réemployées différemment et remontées.


Les espaces dédiés à la création contemporaine se termine par une salle regroupant de nombreuses pièces des années 1990, 2000 et 2010. Une mode pensée comme mondiale, influencée par le numérique et les nouveaux systèmes de communication, mais aussi par les questions environnementales ; et une Haute Couture qui se réaffirme en contribuant à préserver les savoir-faire de la mode créative. De son côté, le musée de la Mode, accompagné depuis 2014 pour la Vogue Paris Foundation, travaille à l’identification et la sauvegarde de la création contemporaine.


Pour finir ce voyage à travers l’histoire de la mode grâce aux collections du Palais Galliera, nous poursuivons l’exposition par une galerie consacrée à la relation entre l’art et la mode, mais aussi aux arts graphiques et à la photographie qui ont accompagné et accompagnent encore la mode, pour la diffuser, la communiquer ou la sublimer.


Ainsi se finit cet aperçu de l’exposition « Une Histoire de la mode au Palais Galliera ». Vous l’aurez compris, même si vous la mode n’est pas votre principal centre d’intérêt, cette exposition qui met au centre l’histoire de la mode à travers l’évolution de notre société mais aussi les enjeux de conservation d’un musée comme le Palais Galliera, ne peut que vous émerveiller et vous passionner.

Informations Pratiques


Le Musée de la Mode, hébergé au Palais Galliera dans le 16e arrondissement de Paris, est facilement accessible en métro (lignes 9, stations Iéna ou Alma-Marceau) et en bus (lignes 32, 42, 63, 72, 80, 82, 92).


Les horaires :

  • Du mardi au dimanche de 10h à 18h

  • Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

Une application smartphone vous permet de suivre la visite guidée de l’exposition.

Des cartels spécialement pensés pour les enfants permettent aux plus jeunes de suivre et comprendre les évolutions de la mode au fil de l’exposition.


Le reste des informations est à retrouver sur le site web du musée.


Cette exposition est organisée avec le soutien de la CELC (Confédération Européenne de Lin et du Chanvre).


Sources

  • Site Internet du Musée de la Mode-Palais Galliera.

  • Catalogue de l’exposition « Une Histoire de la Mode au Palais Galliera » aux éditions Paris Musées.

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