POINT ANECDOTE: LE BLASON & LA DEVISE DE PARIS

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‘Fluctuat Nec Mergitur’, soit en français ’il est battu par les flots, mais ne sombre pas’.

Que vous soyez Parisien/Parisienne ou non, vous avez certainement déjà lu ou entendu la devise de Paris. Elle a notamment été particulièrement reprise et scandée après les tristes attentats de 2015, lorsque la nation, rassemblée, s’unissait pour la liberté et contre le terrorisme. Cette devise, on la connaît aussi accompagnée d’un blason, celui de Paris, où l’on voit un bateau voguant sur les flots agités. Ce bateau, c’est le ‘il’ dans ‘il est battu par les flots […]’. C’est lui qui, symbole de la capitale française, se bat avec force pour ne jamais sombrer et toujours se relever face à l’adversité. Mais pourquoi ce choix d’un bateau naviguant comme emblème, alors que Paris est à plusieurs centaines de kilomètres de la mer?


Ce blason n’est pas nouveau. Dès 1210, au Moyen-Âge, on retrouve un bateau voguant sur les flots sur le sceau des Nautes, ou littéralement les ‘marchands de l’eau’, des commerçants maritimes qui organisaient et contrôlaient le trafic fluvial sur la Seine, mais aussi les échanges commerciaux entre la ville de Paris et les autres cités du pays ou étrangères. La corporation des Nautes est à l’origine de la municipalité de Paris qui sera ainsi dirigée jusqu’à la Révolution par un prévôt des marchands qui jouait le rôle de maire. Au fil des siècles, c’est le blason des Nautes qui va donc s’imposer comme emblème de Paris.

Le bateau prendra différentes formes au cours de l’Histoire, en fonction des époques et des événements. Ainsi, le simple bateau de rivière (ancêtre de nos péniches) que l’on trouve à l’origine va devenir une nef au 15e siècle. Cette nef, ce grand navire à voiles, sera agrémentée d’une statue de la déesse Isis à sa proue pendant le Premier Empire, puis sera remplacée à la Restauration (1815-1830) par un navire de haut bord à plusieurs ponts, et, sous la 2e République (1848-1852), par un bateau-lavoir (en référence à ces nombreux bateaux installés sur les bords de Seine où les lavandières pouvaient laver le linge). Depuis 1942, et jusqu’à aujourd’hui, le blason parisien reprend la nef du Moyen-Âge, sur le modèle créé en 1412.


Mais le navire n’est pas seul à orner les armes de Paris. Depuis le décret du 20 août 1949 promulgué par le Président de la République Vincent Auriol, il est surmonté d’une couronne qui rappelle les remparts de la cité médiévale, symbole de son indépendance vis-à-vis du pouvoir central. Sur le côté gauche, la branche de chêne avec des glands représente la bravoure des Parisiens. Côté droit, la branche de laurier avec des baies est symbole de victoire. Plus bas, on trouve également trois décorations décernées à la ville au cours de son histoire: la Légion d’Honneur (1900) au centre, la Croix de Guerre (1919) à droite, et la Croix de la Libération (1945) à gauche.

Concernant les couleurs, le bleu et le rouge, elles sont traditionnellement attribuées à la ville de Paris depuis qu’en 1358, sous la conduite du prévôt des marchands Étienne Marcel, des bourgeois parisiens se sont insurgés contre l’augmentation des prélèvements fiscaux par le pouvoir royal. Pour marquer leur mécontentement et se reconnaître, les partisans d’Etienne Marcel avaient alors choisi de porter une cagoule à moitié rouge et à moitié bleue. C’est comme cela que le bleu et le rouge sont apparus officiellement sur le blason.

Cependant, après ces révoltes, et pour marquer l’autorité royale, les fleurs de lys firent leur apparition sur les armes de Paris, dans la partie haute du blason (la partie bleue). Retirées sous la Révolution, elles ont été remplacées par des abeilles impériales sous Napoléon 1er, puis par des étoiles sous la 2e République (1848-52). Après la guerre franco-prussienne de 1870-71, l’homme politique Edgar Quinet propose même qu’on remplace les fleurs de lys par des pigeons voyageurs, ces derniers ayant rendu service pendant le siège de Paris par les Prussiens. Quand on sait combien les pigeons sont aujourd’hui mal vus à Paris, je ne suis pas sûr que le symbole serait encore apprécié. Quoi qu’il en soit, pas de pigeon sur les blasons de la capitale aujourd’hui, mais bel et bien des fleurs de lys qui sont réapparues au 20e siècle.


Du point de vue de la célèbre devise ‘fluctuat Nec Mergitur’, il faut savoir qu’elle ne devient officiellement celle de Paris que le 24 novembre 1853 sur décision du baron Haussmann, alors préfet de la Seine. Déjà présente au 16e siècle, elle alternait jusqu’alors avec d’autres devises dont ‘Sigillum mercatorum aquae Parisus’ qui, depuis le 15e siècle, signifie simplement le ‘Sceau des marchands de l’eau de Paris’. Ici encore, la référence aux Nautes est claire.


Pour en savoir plus sur cet emblème et sur l’Histoire de Paris, je vous invite à visiter le magnifique musée Carnavalet, logé au cœur du quartier Marais, et qui a rouvert ses portes l’an dernier. Un passage obligé pour les amoureux de la capitale, mais aussi les férus d’Histoire et d’arts décoratifs.

Sources

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