RETOUR SUR L’ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE DU MONT À PARIS


En cette période de Noël, retour sur une sublime petite église, logée à deux pas du Panthéon, à Paris, et pourtant souvent méconnue des visiteurs de la capitale: l’église Saint-Etienne du Mont.


Avant elle, se trouvait ici une église dédiée à Saint Pierre et Saint Paul, bâtie sous le règne de Clovis (r.481-511) qui y sera inhumé avec son épouse Clotilde. Sainte-Geneviève y est également enterrée au début du 6e siècle, et cette 1ère église sera rattachée à une abbaye royale dédiée à la sainte patronne de Paris qui, par la prière, protégea la ville en 451 de l’invasion des Huns menés par Attila.

Point anecdote : qui était Sainte-Geneviève, la sainte patronne de Paris ?

Geneviève est née en 423 à Nanterre près de Paris. On la représente souvent en bergère mais elle est en réalité la fille de riches propriétaires terriens dont elle va hériter en 440, date à laquelle elle s’installe à Paris qui est encore gallo-romaine. Geneviève a hérité de la charge de magistrat municipal parisien de son père. Elle bénéficie donc d’un bon revenu qu’elle utilise à des fins politiques ou pour aider les plus pauvres. Fervente catholique, elle va entrer dans le groupe des vierges consacrées, ces femmes qui vouaient leur existence à Dieu dans le célibat et la chasteté, tout en continuant à vivre parmi le reste des citoyens

.

Mais c’est en 451 que Geneviève va se révéler. Cette année-là, Attila, le chef des Huns, se dirige vers Paris. Alors que le peuple commence à s’enfuir, Geneviève appelle les hommes à rester pour se battre et les femmes à prier. Si au départ on ne la suit pas et on la croit folle au point de vouloir la tuer, les Parisiens changent d’avis lorsqu’Attila va piller Reims ou Metz mais contourner Paris. On pense alors à un miracle qu’on attribue à Geneviève qui va désormais être chargée de protéger Paris.


Ce sera ainsi le cas en 465 lorsque face au déclin de l’empire romain, Francs et Romains s’affrontent pour le pouvoir. Geneviève va négocier avec les Francs menés par Childéric pour épargner Paris.

Ces derniers vont s’exécuter mais tenir le siège autour de Paris. Geneviève va alors une nouvelle fois sauver Pais en parvenant à passer outre le blocus et à ravitailler la population.


Un peu plus tard, quand le fils de Childéric, Clovis, le roi des Francs, va vaincre les Romains, Geneviève va stratégiquement s’allier à lui. Elle va permettre à Clovis de prendre Paris s’il accepte de se convertir au christianisme. Clovis, qui est marié à Clothilde, elle-même catholique, va alors se convertir et se faire baptiser à Reims par l’évêque Rémi le 25 décembre 498 (ou 499). Pour information, c’est en référence à ce baptême que les rois de France se feront ensuite tous sacrer à Reims. Une fois baptisé, Clovis entre à Paris. Il réconcilie les peuples Francs et Gallo-Romains, et fait de Paris la capitale de son Royaume.


Revenons à Geneviève. Elle meurt en 512 et va être enterrée à côté de Clovis, qui est mort en 511, dans une basilique construite au sommet de l’actuelle montagne Sainte-Geneviève (aujourd’hui dans le 5e arrondissement de Paris). Une abbaye va alors être bâtie à cet endroit : c’est l’abbaye Sainte-Geneviève qui abrite aujourd’hui le célèbre Lycée Henri IV, près du Panthéon.


Depuis sa mort, Sainte-Geneviève est la Sainte Patronne de Paris. On lui attribuera ensuite plusieurs miracles dont la protection de Paris lors des invasions normandes en 885. Sachez que ses reliques sont aujourd’hui conservées dans l’Eglise Saint-Etienne du Mont qui se trouve juste à proximité de l’ancienne abbaye Sainte-Geneviève.


Revenons à notre histoire. Au 13e siècle, trop petite pour accueillir tous les habitants du quartier, l’abbatiale (église de l’abbaye) est doublée d’une seconde église dédiée, elle, à Saint Etienne, le premier martyr de la chrétienté. Aux origines de l’édifice actuel, cette nouvelle église sera transformée et reconstruite à la fin de la Renaissance et au début de l’époque moderne, entre 1492 et 1626, dans le contexte difficile des guerres de religions. Sous le règne de Louis XV (r. 1715-74), l’abbatiale délabrée est remplacée dans sa fonction par une église majestueuse et grandiose qui deviendra plus tard notre actuel Panthéon.

La Révolution finit d’achever l’abbaye: les bâtiments deviennent le lycée Henri IV (encore aujourd’hui), les restes de sainte Geneviève sont brûlés, et l’abbatiale est dévastée -elle sera détruite en 1804 (il ne reste aujourd’hui que le clocher dans la cour du lycée). Au début du 19e, des reliques de Saint Geneviève issues d’autres églises, ainsi que des pierres de son sarcophage, sont replacés dans l’église Saint Etienne du Mont. L’édifice religieux accueille aussi le philosophe Pascal (1623-62), paroissien du quartier, et le dramaturge Racine (1639-99), déplacé à la destruction, en 1710, de l’abbaye de Port-Royal des Champs où il reposait, pour être inhumé dans l’église paroissiale de sa famille.


L’architecture de Saint Etienne du Mont est remarquable et atypique, au croisement du gothique flamboyant et du style Renaissance inspiré de l’Antiquité. Sa façade, bâtie de 1610 à 1622, est unique: un décor Renaissance marqué par un portail dans le style d’un temple grec antique, construit sur une structure médiévale terminée par un pinacle (partie la plus haute du bâtiment) gothique.

A l’intérieur, au-delà de la chaire baroque de 1651, de la chapelle Sainte-Geneviève néogothique bâtie en 1853 et de l’orgue créé en 1631 (le plus ancien encore d’époque à Paris), l’élément le plus remarquable reste le magnifique jubé sculpté qui apparaît directement au visiteur, comme un mur de dentelle immaculée. Au Moyen-Âge, le jubé servait à séparer le chœur, réservé aux religieux et aux chanoines (dignitaires ecclésiastiques), et la nef, dédiée aux simples paroissiens. C’est une tribune d’où l’on faisait la lecture de l’épître (lettre d’apôtre) et de l’évangile avant l’invention de la chaire. Son nom est d’ailleurs la reprise directe des premiers mots de la prière que fait le lecteur quand il demande la bénédiction du prêtre avant de commencer la lecture: «Jube, domine benedicere», soit «Daigne me bénir, Seigneur…». Réalisé en pierre calcaire de Saint-Leu au 16e siècle, ce jubé de structure gothique et aux décors Renaissance est le seul restant à Paris, la plupart ayant été détruits quand, au 18e siècle, on va décider de rendre visible à tous les cérémonies de la messe.


L’église Saint-Etienne du Mont est un monument à ne pas manquer, et je vous invite à pousser sa porte si vous passer dans le quartier, notamment après vitre visite du célèbre Panthéon.

Sources

14 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout