RETOUR À BERLIN: LA BEBELPLATZ


Rendez-vous à Berlin, au cœur du quartier historique de Mitte, sur la superbe Bebelplatz, une place où les monuments originaires de différentes époques s’harmonisent pourtant pour raconter l’histoire de la ville et du peuple allemand.


Située à l’extrémité sud de la célèbre avenue Unter den Linden (sous les tilleuls) qui traverse la ville d’Est en Ouest, la Bebelplatz est créée en 1740 sur les ruines d’une ancienne fortification par le roi de Prusse Frédéric II dit Frédéric le Grand (1712-1786). L’idée de ce roi passionné d’art, de culture et de musique, et rallié à la philosophie des Lumières qui se propage au 18e siècle, est de créer au cœur de Berlin une place conçue comme un forum romain.


Réalisé par l’architecte Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff (1699-1753), ce ‘Forum Fridericianum’ (Forum de Frédéric), inspiré de ceux que l’on trouvait dans la Rome Antique, devait rassembler le meilleur de la création artistique et culturelle, et faire ainsi rayonner le royaume de Prusse à travers l’Europe. On devait y trouver un opéra, une académie des sciences, une bibliothèque royale et un palais royal. Mais les dépenses liées à la guerre ont obligé le roi de Prusse à revoir ses ambitions.


Des bâtiments prévus, seul l’opéra -le Staatsoper- sera bâti selon les plans d’origine entre 1741 et 1743. Sa façade palladienne donne sur l’avenue Unter den Linden, et son aile ouest longe la place qui prend ainsi rapidement le nom d’Opernplatz (Place de l’opéra).


Derrière l’opéra et à l’arrière de l’Opernplatz se dresse la cathédrale Sankt Hedwig (Sainte Edwige) bâtie entre 1747 et 1773. Avec son architecture inspirée du Panthéon de Rome, c’est la plus ancienne cathédrale catholique de Berlin et c’est, aujourd’hui encore, le siège de l’évêché catholique du Land du Brandebourg.


Tournée vers l’opéra, sur le côté ouest de la place, la bibliothèque royale (Staatsbibliothek) est érigée entre 1775 et 1780. Surnommée la ‘commode’ en référence à son architecture courbe et massive, elle change bientôt de fonction et devient l’un des principaux bâtiments de l’Université Humboldt, fondée en 1810 par le linguiste et réformateur de l’éducation Wilhelm von Humboldt, et qui s’y trouve toujours. C’est l’une des plus anciennes universités de Berlin qui verra passer des personnalités aussi illustres que Friedrich Hegel, Karl Marx ou Albert einstein (30 Prix Nobels en sont sortis).


L’Université Humboldt investira ensuite un autre bâtiment de la place: l’ancien palais royal situé de l’autre côté de l‘avenue Unter den Linden, face à l’Opernplatz. Ce château, imaginé selon les dessins et les plans des architectes Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff et Johann Boumann, devait accueillir la résidence du roi Frédéric II. Finalement bâti entre 1749 et 1766 par l’architecte Carl Ludwig Hildebrandt, il devient le palais résidentiel du frère du roi, le prince Henri. En 1809, le roi Frédéric-Guillaume III (1770-1840) cède le bâtiment à l’Université Humboldt qui y loge toujours.


Enfin, pour rappeler celui qui a impulsé la création de ce quartier de culture et cette place en forme de forum, une impressionnante statue équestre de Frédéric II le Grand (13 m de haut) trône au centre d’Unter den Linden, à quelques mètres de la place.


Cependant, la Bebelplatz, qui s’appelle encore l’Opernplatz après avoir un temps pris le nom de Kaiser-Franz-Jospeh-Platz, est aussi connue pour un épisode tragique de l’histoire allemande: l’autodafé du 10 mai 1933. Cette nuit-là, ce lieu initialement dédié aux Lumières va en effet être le théâtre de la folie nazie. A l’instigation du ministre de la Propagande d’Hitler, Joseph Goebbels, des étudiants vont brûler 20 000 livres d’auteurs non approuvés par l’idéologie nazie, parmi lesquels ceux de Karl Marx, Bertolt Brecht, Stefan Zweig, Sigmund Freud, Thomas Mann, ou encore Heinrich Heine. Un événement douloureux rappelé par le mémorial créé par l’artiste Mischa Ullmann: une ‘Bibliothèque engloutie’, visible à travers un carreau de verre au centre de la place, où est inscrit le vers de Heinrich Heine - «Là où on brûle les livres, on finit par brûler les hommes». Seul bémol: je dois dire que l’œuvre n’est pas très bien entretenue et que le verre n’est plus très transparent. Dommage.

Finalement, l’Opernplatz prendra le nom de Bebelplatz en 1947 pour rendre hommage au cofondateur du Parti Social-Démocrate allemand (SPD), Auguste Bebel, dont les livres ont eux aussi brûlé ce 10 mai 1933.


Si vous passez par Berlin, un passage par la Bebelplatz s’impose.

Sources


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